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Paragraphe 175 : La déportation des homosexuels, un film de Rob Epstein et Jeffrey Friedman (1999)

Publié le par Jean-Yves Alt

Film événement, Paragraphe 175 lève le voile sur les histoires occultées de milliers d'homosexuels allemands internés dans les camps de concentration de l'Allemagne nazie. Des documents originaux uniques alternent avec les témoignages de survivants, évoquant avec amertume et ironie les traques, les persécutions et les crimes subis.

Avec à l’appui des photos, des vieux films et surtout huit témoignages poignants, Rob Epstein et Jeffery Friedman nous racontent, depuis les persécutions nazies contre les homosexuels jusqu’à leur déportation dans les camps de concentration, un chapitre caché de l’Histoire du troisième Reich. Et c’est au nom du paragraphe 175 du code pénal allemand datant de 1871 que le régime hitlérien arrêta entre 1833 et 1945, 100.000 hommes pour homosexualité et en envoya plus de 10.000 vers des camps. Seulement 4.000 d’entre eux survécurent.

LE PARAGRAPHE 175 : « Un acte sexuel contre nature entre des personnes de sexe masculin ou entre des êtres humains et des animaux est punissable d'emprisonnement ; la perte des droits civils peut aussi être imposée. » Code pénal allemand 1871

Entre 1933 et 1945, selon les archives des Nazis 100.000 hommes furent arrêtés pour homosexualité. Plus de 10.000 d'entre eux furent envoyés dans des camps de concentration. Le taux de mortalité des homosexuels prisonniers dans les camps est estimé à soixante pour cent. À peine 4000 d'entre eux survécurent. "Peu" ont été envoyés dans les chambres de la mort. Esclaves des camps, victimes de tortures physiques, castrés ou cobayes pour des expérimentations médicales, ils devaient tous arborer le triangle rose. Le fait que les homosexuels furent emprisonnés dans les camps de concentration est relativement connu aujourd'hui. En revanche on ignore généralement que beaucoup d'entre eux ont continué à subir des persécutions dans l'Allemagne de l'après-guerre. Le Paragraphe 175 n'a été aboli en Allemagne de l'Ouest qu'en 1969, et nombre d'homosexuels emprisonnés pendant la guerre sont restés en détention après la libération.

Ils n'eurent pas droit à des réparations de la part du gouvernement allemand et tout le temps qu'ils passèrent dans des camps fut déduit de leur retraite. Dans les années 50 et 60, le nombre de condamnations pour homosexualité en RFA ont été aussi importantes qu'à l'époque des Nazis.

Aucune mention de ces crimes ne fut faite au procès de Nuremberg en 1946. Le travail de recherche, les monuments aux morts et les musées passent sous silence le sort des déportés homosexuels dans les camps de concentration Nazis. Dans les années 90, des chercheurs ont commencé à se documenter sur les histoires personnelles de ces hommes qui portaient le triangle rose. Le premier organisme à prendre en compte la persécution des homosexuels par les Nazis fut le Musée pour la Commémoration de l'Holocauste à Washington ; il encouragea des survivants à sortir de leur silence. En 1995, huit survivants ont publié une déclaration collective pour réclamer la reconnaissance de leur persécution.

LES TEMOIGNAGES

PIERRE SEEL : Quand l'Alsace-Lorraine fut annexée en 1940 les Nazis ont systématiquement commencé à éliminer les éléments antisociaux. Ils ont donné l'ordre à la police française d'établir les tristement célèbres "Listes roses" pour suivre la trace des homosexuels. Pierre Seel qui avait alors 17 ans fut une de leurs victimes. Il fut interrogé sur sa sexualité et sur son engagement supposé dans la résistance avant d'être incarcéré dans les camps de Schirmeck et de Struthof. À la fin de l'année 1941 il fut forcé comme des milliers d’Alsaciens de rejoindre l'armée allemande. Libéré par les soviétiques il fut autorisé à rentrer dans sa famille en acceptant la condition de ne jamais divulguer les circonstances de son arrestation.

GAD BECK : Il est né en 1923 dans une famille juive et chrétienne. Il fut étiqueté comme "demi-juif "en 1933. Pour éviter l'intolérable acharnement dont il était la cible, il réussit à convaincre ses parents de l'envoyer dans une école juive de garçons à partir de 1935. En 1941 il rejoint un groupe de résistants juifs dont la tâche était de trouver des cachettes et de la nourriture pour les juifs. Arrêté peu avant la libération, il émigre en Palestine en 1947. De retour en Allemagne en 1979, il devient l'un des responsables de la communauté juive de Berlin.

HEINZ DSRMER : Heinz Dšrmer est né en 1912. Après avoir été scout il fut contraint d'adhérer au mouvement de la jeunesse hitlérienne. Il s'en fit exclure en 1935 à cause de son homosexualité. Incarcéré à plusieurs reprises, il a passé presque dix années de son existence en prison ou dans des camps de concentration. Après la guerre il fut de nouveau arrêté en 1949, 1951 et 1959 pour violation du paragraphe 175 et passa 8 années supplémentaires en prison. Après sa dernière libération en 1963 il retourna vivre à Berlin avec son père. En 1982, il demanda des réparations au gouvernement allemand. Sa demande fut rejetée.

HEINZ F. : Heinz F. (né en 1905) a vécu dans le milieu de la bohème homosexuelle des années 20 et 30 à Berlin et à Munich. A partir de 1935, il fut interné pendant près de neuf ans dans des camps nazis. Au départ, Heinz F. voulait apparaître masqué puis la force de son témoignage l'a emporté, il a parlé à visage découvert.

ALBRECHT BECKER : Le photographe allemand Albrecht Becker est mort le 22 avril 2002. Né en 1906, il fut l'un des rescapés de la répression engagée par le régime nazi contre les homosexuels à partir de 1933, au nom du sinistre paragraphe 175. Arrêté en 1935 pour homosexualité, Becker fut emprisonné pendant trois ans à Nuremberg. Il raconte, dans le film (Paragraph 175, par Epstein et Friedmann, sorti en 2000), que, en rentrant chez lui, l'absence des hommes partis à la guerre ou en prison l'incita à s'engager dans l'armée allemande pour partir vers le front russe. C'est là qu'il se mit à faire des photographies. «Pendant la guerre, j'ai été blessé au bras, ce qui m'a sauvé, mais ma ville, Hambourg, a été entièrement détruite». Entre 1957 et 1988, Albrecht Becker gagne sa vie en tant que chef décorateur, notamment pour des comédies musicales filmées. Mais depuis 1943, pratiquant sur lui-même le tatouage et le piercing, c'est la totalité de son propre corps que Becker a décorée, en modifiant peu à peu son apparence et en photographiant ses transformations. En 1999, le photographe français Hervé Joseph Lebrun présentait en France les images d'Albrecht Becker.


Lire aussi sur ce blog :

- Télévision : Un amour à taire un film de Christian Faure

- Moi, Pierre Seel, déporté homosexuel

- Histoire de l'homosexualité en Europe : Berlin, Londres, Paris, 1919 – 1939

- Les oubliés de la mémoire de Jean Le Bitoux


Lire aussi sur le web : STRUTHOF-NATZWILLER

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