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L'oeuvre au noir, un film d'André Delvaux (1987)

Publié le par Jean-Yves Alt

Le héros est un marginal de la fin du Moyen Age, un alchimiste pourchassé pour son non-conformisme religieux, politique et sexuel, et en quête de la connaissance.

Sur les canaux du vieux Bruges, le cinéaste André Delvaux a du considérablement simplifier le roman, notamment réduire le nombre des personnages.

Dans le livre de Marguerite Yourcenar, on suit Zenon de l'âge de vingt ans à l'âge de soixante ans, lorsque, sous un faux nom, il revient à Bruges, où il est démasqué et traduit en justice. Le cinéaste a décidé de centrer son film sur cette seconde partie : Zenon (Gian Maria Volonte), âgé, revient dans sa ville natale grâce à la complicité du prieur (Sami Frey), et il devient médecin du dispensaire du prieuré. Le spectateur revit toutes les rencontres qui l'ont marqué et fait passer pour hérétique, illustrant cette vérité intemporelle que « la police ne referme jamais un dossier ».

On pourra toujours critiquer la manière dont Delvaux a procédé à son adaptation et la structure plutôt banale des retours de Zenon sur les étapes les plus marquantes de son passé, de son enfance avec son cousin et complice Henri Maximilien (Philippe Léotard) aux épisodes d'autodafés, en passant par l'évocation de sa carrière médicale tout entière tournée vers la recherche, avec ses implications de modernisme qui la mettent hors la loi, en passant aussi par les allusions à la liberté de mœurs de Zenon qui pratiquait sans vergogne la bisexualité (il fut donc accusé aussi pour ses amours masculines). Sans oublier la quête alchimique qui ponctue tout le film.


Il reste que "L'oeuvre au noir" est un film intimiste, qui scrute à travers les gros plans le mystère des gens, et qui, à l'image de Zenon venu se replier sur ses origines, referme l'espace : très rares sont les scènes d'extérieur donnant une impression d'évasion.

Dans le livre de Yourcenar, Zenon maîtrise plusieurs langues.

André Delvaux a conservé la pointe d'accent de ses comédiens flamands. Il a banni tout accent parisien.

C'est un film du Nord : un mélange de voix très harmonieux.

Delvaux ne montre pas les bûchers, les scènes de torture dont parle le livre. Il a banni l'aspect spectaculaire du film d'époque. Il ne réalise, pas une illustration. Ce qu'il fait avec ses acteurs a un côté purement matériel. Il a tourné un film pauvre d'allure, qui se révèle riche à l'arrivée.

A la suite du roman, ce film est aussi un plaidoyer universel en faveur de la liberté, contre l'intolérance et l'asburdité de l'ordre moral. « Les temps sont à la sottise et à la cruauté », dit au début le prieur à Zenon, une réflexion répétée à la fin du film comme pour en accentuer le caractère universel et intemporel.

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