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Trash, un film de Paul Morrissey (1970)

Publié le par Jean-Yves

Flesh, Trash, Heat, la célèbre trilogie de Paul Morrissey demeure une des productions les plus originales de la Factory d'Andy Warhol.



Certes, ces films ont beaucoup vieilli en peu d'années, mais ils conservent une indéniable valeur documentaire et la caméra féroce de Morrissey est loin d'avoir perdu son mordant.


Personnage central du triptyque : Joe Dallesandro le plus souvent nu ou presque, est au sommet du naufrage dans Trash qui, comme Flesh, se passe à New York (tandis que Heat se déroule à Los Angeles).


Trash donc, que la censure n'avait jamais libéré intégralement et que les puristes et amateurs des versions originales et intégrales à tout prix seront heureux de voir.


A vrai dire, Trash, avec ses presque deux heures, m'a paru à certains moments ennuyeux : les longs bavardages écrits par Morrissey ont parfois des effets somnifères qu'il m'a fallu combattre et qu'heureusement viennent effacer des passages toujours très forts : par ses gros plans impudiques sur les visages, Paul Morrissey réussit à capter la vérité profonde des êtres, dans un regard, dans un mouvement de bouche, dans un mot épousant une ride sur la joue.


Dallesandro touche, dans Trash, le fond du gouffre, Morrissey le conduit avec une certaine jouissance vers les derniers degrés de la déchéance due à l'usage de la drogue.


Morrissey n'est pas un défenseur du monde qu'il a fréquenté, il en est au contraire un ennemi acharné : toute son œuvre le montre, la morale l'a toujours emporté chez lui sur les manifestations plus ou moins illusoires de la libération des mœurs et du laxisme. Dans Trash, sa condamnation de la drogue à travers ses effets est sans appel, son humour dur et caustique, presque noir, est celui du censeur : quand Joe, impuissant, ne peut baiser sa femme, on est en plein théâtre de boulevard moralisateur !


Outre le témoignage sans complaisance sur une marginalité sans espoir, Trash est aussi un essai d'esthétique cinématographique, qu'il convient, malgré ses faiblesses, de ne pas oublier.



Du même réalisateur : Flesh - Le Neveu de Beethoven


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