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Drôle d'épreuve pour Nestor Burma, Léo Malet

Publié le par Jean-Yves

Écrit à la fin des années cinquante, et publié en 1968, ce roman conserve une indiscutable actualité pour tous ceux dont la sexualité n'est pas encore totalement admise socialement.

 

On tue dans « Drôle d'épreuve... » pour une série de photos cochonnes et une bobine de film X. La carrière d'une vedette est en jeu.

 

Nestor Burma traque la photo polissonne, mais ne s'en émeut guère : il préfère des joies simples, comme la vue d'une paire de « bas bien tirés à la couture rectiligne ». Aussi pourrait-on croire le détective comblé lorsque l'assassin, « remontant sa robe d'un mouvement pervers » va « se refaire une beauté, rouge à lèvres et tout le toutim... » parce que « ses bas s'étaient mis en vrille ». Eh non, jamais content Nestor Burma : « Détraqué sexuel et exhibitionniste total ! », s'exclame-t-il, quelque peu dépassé par les événements...

 

MALET DROLE EPREUVE BURMAIl faut préciser que le tueur est en réalité un homme, cinéphile, assassin et fétichiste. On comprend qu'il parvienne à brouiller les pistes et à égarer aussi bien la police, officielle et privée, que le lecteur qui aperçoit le coupable à plusieurs reprises sans l'identifier, et pour cause.

 

La morale de « Drôle d'épreuve pour Nestor Burma » est tirée par le privé, professoral en diable : « Il ne faut pas partager l'erreur du populo intellectuellement sous-développé... pour qui tout type qui "chiffonne" est une tante... »

 

Léo Malet se pique d'avoir des lettres et cite « Herr Doktor Magnus Hirschfeld » pour conclure que le travesti ne « traduit aucun penchant pour l'homosexualité. Au contraire ».

 

De tels propos amènent à s'interroger sur l'image d'un Léo Malet, vieil anar sympa : le mépris des « tantes » et du « populo » associés dans un même mouvement de rejet, était-il un indice de progressisme ?

 

■ Éditions 10/18, 1993, ISBN : 226401315X

 

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