Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog

Les ragazzi, Pier Paolo Pasolini

Publié le par Jean-Yves Alt

Pour Dominique Fernandez qui publiait en 1982 « Dans la main de l’ange » (une biographie imaginaire de Pier Paolo Pasolini), le génie de Pasolini résidait bien plus dans sa vie (et dans sa mort tragique) que dans son œuvre.

Dans les livres de Pasolini, on retrouve les deux composantes essentielles de son inspiration : sensuelle et stylistique d’une part, naturaliste et documentaire avec un arrière-plan politique d’autre part.

Les ragazzi, que l’auteur lui-même présente comme « le monde des faubourgs et du sous-prolétariat romain vécu parmi les garçons », est une galerie de portraits sur fond de bidonvilles, accompagnée par la musique de l’argot. Ces petits durs, ces gouapes en guenilles qui subsistent tant bien que mal grâce aux chapardages, ces bandes d’enfants toujours dehors, pour lesquels une baignade dans le Tibre, sale et puant, représente le suprême loisir, ont presque tous abandonné leur état-civil pour des surnoms : Le Frisé (le fil conducteur de l’histoire). Le Futfutte, Bourg Antique, Casse-Pot, Le Fromegi, etc.

Les gosses traînent leur ennui dans un monde presque exclusivement masculin. Ces enfants misérables, pour lesquels le fric est source de tout plaisir, de toute consolation dans cette putain de vie, se prostituent quelques fois (en truquant) pour ramasser quelques lires, ce qui ne les empêche pas de crier constamment pédés. Dans cet univers sordide et impitoyable, leurs assauts de virilité tentent de cacher, sans vraiment y parvenir, l’émotion sous-jacente qui se révèle, par exemple, à l’occasion de la mort courageuse d’un de leurs camarades.

Pier Paolo Pasolini a bien su décrire, l’univers marginal de ces garçons pour lesquels il éprouvait une attirance particulière. Son travail sur le langage qu’ils emploient est d’une grande richesse.

Pourtant ces garçons qui vivent, si l’on peut appeler cela vivre, à l’échelon le plus bas, au rang des miséreux, ne suscitent que rarement ma tendresse. L’écriture de Pasolini ne me touche plus aujourd’hui. Le charme est rompu. Dominique Fernandez aurait-il eu raison ?

■ Editions 10/18, 1999 (réédition), ISBN : 2264027258


Du même auteur : Descriptions de descriptions - L'odeur de l'Inde - Actes impurs suivi de Amado mio


Lire encore : Pier Paolo Pasolini, une biographie de Nico Naldini

Commenter cet article