Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog

Moustique, Henry de Montherlant

Publié le par Jean-Yves

Un coeur gros comme un moustique : "Moustique", le récit posthume de Montherlant.

 

Aventure amoureuse ou pas ? L'auteur est-il sincère ou non lorsqu'il laisse entendre qu'entre lui et le jeune guide recruté pour débrouiller ses pistes il n'y a qu'une relation de maître à serviteur, de père à fils dans le meilleur des cas ? Impossible de le savoir.



L'auteur, c'est Montherlant. Un Montherlant d'à peine trente ans, déjà visité par la gloire mais déjà agacé d'elle. Un Montherlant pris par une frénésie de voyages, une instabilité douloureuse, ces itinéraires toujours recommencés sur les rivages méditerranéens qui ont seuls sa faveur. Le guide, c'est "Moustique". Vincent en réalité. Petit Algérien de treize ans rencontré sur le pavé de Marseille, débrouillard et rusé mais capable aussi d'affection, de générosité.

 

La relation entre l'homme de lettres et le garçon du peuple facilement enrôlé pour ce travail (servir de guide au « patron » entre Espagne, Maroc, Algérie, Tunisie, prendre les billets de train, rabattre des « proies »...) se noue sous les mauvais auspices d'un commissariat de police, et s'achèvera quelque cinq ans plus tard sur une rupture prenant les apparences dramatiques d'une fin de liaison passionnelle.

 

Voici un... roman ? récit ? curieux à plus d'un titre. Il y a ce point d'observation où se place malgré lui Montherlant : celui d'une curiosité jamais lasse pour son petit accompagnateur, d'un soin à le cerner, à le dire, d'une amitié antérieure, indéfectible qui, étant donné le goût profond de l'écrivain pour ces jeunes existences, semble précéder le voyage à deux, en tout cas lui survit.

Jaillissant, vif, honnête à sa façon, fier, patient, adorable petit mec sensible et rétif. "Moustique" passe et ne demande rien.

Les réductions du couple sont certes atrophiantes et chacun des protagonistes a à y perdre beaucoup.

 

Roman ou récit... car le livre, pas plus que la relation, ne parvient à trouver, à dire son nom. "Moustique", seul, donne sa définition au premier comme il envahit la seconde. Censé suivre l'écrivain, il le précède en réalité de par ce capital de tendresse ou d'attention inentamable, inentamé.

Et par-delà les ratés du quotidien laisse cet émouvant, ce durable sillage derrière lui... Un sillage intact. "Moustique" vaut tout à fait le trajet.

■ Editions LGF - Livre de Poche, 1987, ISBN : 225304136X

 


Du même auteur : Le songe - Thrasylle - Les garçons - Correspondance avec Roger Peyrefitte 1938-1941

 

Lire aussi : Montherlant sans masque de Pierre Sipriot

 

Commenter cet article