Overblog Suivre ce blog
Administration Créer mon blog

Effets spéciaux, Max Perry

Publié le par Jean-Yves

Un film, en cours de tournage, dans les rues de New York est au centre d'une controverse. Ce film s'appellera « Gay Street » et son metteur en scène est un des plus respectés de sa génération. Quelle est la raison de la controverse ? C'est que ce film est l'histoire d'un homme, tueur psychopathe et… homosexuel.

 

L'assassin sera un avocat prospère, apparemment hétérosexuel, dont le sombre secret est qu'il aime se faire faire des choses sadiques par de jeunes hommes. Quand un de ces garçons meurt inopinément dans sa maison, victime d'un régime insalubre de drogue et d'alcool, l'avocat doit se débarrasser du corps. Il recrute l'aide d'un autre de ses jeunes amis qu'il tue aussi, pour s'assurer qu'il ne parlera pas. Ayant tâté du meurtre, il y prend goût…

 

L'important et très militant milieu homosexuel de New York pense que la thématique de ce film portera préjudice à sa campagne pour l'égalité des droits devant la loi.

 

Pendant le tournage, un des acteurs, Tom Egan, est réellement assassiné. Le lieutenant Joseph Sparks démarre son enquête avec un gros paquet de préjugés, d'autant que peu de temps auparavant, il a chassé son fils, Joe Junior, pour avoir dit être homosexuel :

 

« Il a été surpris, quand l'émission a commencé, de voir à quel point Tom Egan ressemble à Joe Junior. Joe Junior ne zozote pas et ne se promène pas en agitant une main molle. Il ne pouffe pas et il n'ondule pas des hanches. Il ne porte pas de vêtements extravagants… » (pp. 43/44)

 

La recherche du meurtrier, que la hiérarchie policière et municipale situe chez les pédés, amène le lieutenant Sparks à rencontrer, côtoyer des homos militants ou vivant en couple et même à sympathiser.

 

Parallèle à celle de l'enquête, l'évolution de Sparks, bien que rapide, n'est pas trop caricaturale :

 

« — Si j'étais sur l'affaire, reprend Sparks, je penserais qu'il y a de fortes chances qu'un pédé l'ait tué, une pédale qui tenait vraiment à ce que ce film ne soit pas tourné, une tante qui... » (p. 56) « Sparks se rend compte que c'est la première conversation polie qu'il ait jamais eue avec quelqu'un qu'il savait homosexuel. Il a eu des conversations avec des homosexuels – des hommes traînant autour des toilettes publiques, des hommes habillés en femmes, des hommes à la voix venimeuse – mais elles ont toujours été coléreuses car les interlocuteurs ne voulaient pas se parler… » (p. 77)

 

Le Haut-Commissaire McNeil trouve en Arthur Brennan un suspect idéal : il aurait tué le jeune acteur afin d'arrêter définitivement le tournage du film qui aurait contribué – selon lui – à perpétuer l'homophobie.

 

Le lieutenant Sparks est relevé de son commandement parce qu'il refuse de céder aux pressions pour accepter les prétendus aveux de Brennan.

 

Les élus de New York craignent, dans cette affaire, des conséquences sur le choix de la ville pour la Convention nationale démocrate, mais aussi sur leur avenir politique et sur la visite prochaine de la reine Elizabeth d'Angleterre. Ils souhaitent donc un dénouement rapide qui n’arrivera pas puisqu'un assistant du Maire est retrouvé mort…

 

Il n'y a que le producteur qui se frotte les mains : une publicité pareille, ça ne peut pas s'acheter.

 

Malgré son évincement, Sparks poursuit, en coulisses, son enquête.

 

Les militants homosexuels de ce roman défendent une homosexualité propre, rangée, digne. Ainsi, les dragueurs sont-ils évoqués avec un petit grincement de plume :

 

« — Je [Stephen Foner, journaliste au Village Voice] vous téléphone pour vous dire que si vous tournez ce film, vous ferez beaucoup de tort au mouvement gay. Vous perpétuerez l'image des homosexuels dragueurs, violents, malades, des gens incapables d'amour et d'émotion ordinaires.

— Stephen, une grande partie du film sera pratiquement un documentaire sur la vie gay dans le Village. Je ne vois pas comment je pourrais être accusé de perpétuer un stéréotype.

— Pourquoi ne pas montrer une histoire d'amour homosexuelle ? Un garçon rencontre un garçon, perd le garçon, séduit le garçon ?

Lynch éclata de rire. » (p. 19)

 

Le metteur en scène, Ted Lynch, souhaite montrer que la violence physique de son film n'est qu'une métaphore d'une violence émotionnelle provoquée, dans la société gay réelle, par les turpitudes des gays.

 

L'ambiance générale du livre est plutôt tonique et incite néanmoins plus au « coming out » qu'au repli sur soi.

 

■ Editions Gallimard/Série noire, 1981, ISBN : 2070488489

 

Voir les commentaires

Marcel Jouhandeau : je rends grâce à l'homosexualité

Publié le par Jean-Yves

« J'y reviens. Oui, sans la moindre hésitation, je rends grâce à l' « homosexualité », parce qu'elle a rendu ma vie pathétique, tragique, parce que c'est à partir du jour où j'ai découvert en moi cette « étrangeté », dont personne n'avait fait état encore (Gide ni Proust n'avaient encore écrit), que j'ai dû spontanément et seul inventer de toutes pièces, à mon usage privé, une éthique. »

 

Marcel Jouhandeau

 

in Aux cent actes divers : Journalier XVI, Février, Mars, Avril 1964, Editions Gallimard, 1971, page 73

 

Voir les commentaires

Grâce, Béatrix Beck

Publié le par Jean-Yves Alt

Dans le célèbre film de Pasolini intitulé « Théorème », l'arrivée, à l'improviste d'un « ange », provoquait un sacré remue-ménage dans les corps et dans les âmes.

Beatrix Beck, dans ce court récit, s'attache à développer un thème un peu semblable, avec une économie de moyens et une originalité qui coupent le souffle.

Du souffle, il est d'ailleurs beaucoup question dans ce livre traversé par le sain courant d'air de la fantaisie et de la parabole. Grâce, jeune fée androgyne venue de nulle part, fait irruption, armée de sa candeur malicieuse, dans la très bourgeoise maison des Godron-Mèchevin.

La consternation, la stupeur indignée font place à l'émerveillement, puis à la fascination, à mesure que la visiteuse multiplie, mine de rien, sous les yeux encroûtés de conventions de ses hôtes, les miracles dictés par la plus élémentaire poésie. Le divertissement vire progressivement au drame métaphysique.

Beatrix Beck apprivoise à force d'humour, de férocité et de tendresse, un petit arpent sauvage de surnaturel dans une trame narrative réaliste.

■ Éditions Actes Sud/Babel, 1995, ISBN : 2742705775


Du même auteur : La prunelle des yeux - Recensement - Stella Corfou - Un(e)

Voir les commentaires

Deux dames sérieuses, Jane Bowles (1965)

Publié le par Jean-Yves

Péché et culpabilité sont, dans ce roman, les mots stigmates.

 

Miss Christina Goering et Mrs Frieda Copperfield, les deux héroïnes sont d'entrée de jeu frappées de péché et elles n'auront de cesse, pour exorciser cet état de leur être, de le fustiger.



- La première, Miss Goering, est décidée à assurer son salut en luttant contre sa nature profonde, autrement dit en se contraignant à accepter les avances d'un homme.

 

- La seconde, Mrs. Copperfield, mariée à un homme, prend conscience de ses aspirations véritables en goûtant aux plaisirs de la compagnie de dames charmantes.

 

Mais ces deux dames sérieuses, détériorées par l'image qu'elles ont définitivement d'elles-mêmes, en toute circonstance, n'arrivent pas à dépasser leur sentiment d'infériorité.

 

Lorsque Miss Goering et Mrs Copperfield se retrouvent à la fin du roman, dans un restaurant de la ville, elles se scrutent. Miss Goering remarque que Mrs Copperfield a l'air démolie :

 

« En effet », dit Mrs Copperfield en abattant le poing sur la table, l'air très irritée. « Je me suis démolie, oui, et c'est exactement ce que je voulais, depuis des années. Je sais bien que je suis une grande coupable, mais j'ai atteint le bonheur et je le défendrai, avec l'acharnement d'une louve, sachez bien que j'ai de l'autorité, maintenant, et une certaine dose d'audace ; si vous avez bonne mémoire ; il n'en était pas ainsi autrefois. »

 

Mrs Copperfield, a désiré et refusé tout à la fois la jeune Peggy Gladys âgée de dix-sept ans :

 

« Mrs Copperfield fut prise d'une crise de tremblement dès que Peggy Gladys eut fermé la porte derrière elle. Elle tremblait si violemment que le lit semblait agité de soubresauts. Jamais encore elle n'avait souffert comme en cet instant. Elle allait faire ce qu'elle voulait mais cela ne la rendait pas heureuse. Elle n'avait pourtant pas le courage de s'opposer à la réalisation de ses désirs. Elle savait qu'elle ne serait pas heureuse car les rêves des déments sont les seuls à se réaliser. Elle savait qu'une seule chose, une seule, l'intéressait : reproduire de nouveau son rêve, mais alors elle devenait nécessairement et totalement la victime d'un cauchemar. »

 

Miss Goering, si consciente de la faute de sa vie, son homosexualité, ne pourra pas plus faire taire ses tendances masochistes :

 

« Ta première souffrance, tu la portes en toi comme un fardeau de magnétite ; dans ta poitrine, parce que c'est d'elle que te viendra la tendresse. Il faut que tu la portes en toi ta vie durant, mais ne tourne pas en rond autour d'elle. Il faut abandonner la recherche de ces symboles qui ne servent qu'à te dissimuler ton visage. Tu auras l'illusion qu'ils sont disparates et multiples mais ils sont toujours les mêmes. Si tu veux seulement mener une existence supportable, cette lettre ne te concerne sans doute pas. Grâce au Ciel, un vaisseau quittant le port est encore un spectacle merveilleux. »

 

■ (Two Serious Ladies), Éditions Gallimard/L'Imaginaire, 2007, ISBN : 2070784150

 

Voir les commentaires

Robert Mapplethorpe, l'art et le scandale par Bernard Joubert

Publié le par Jean-Yves

Robert Mapplethorpe naît en 1946, à Floral Park, Long Island. A 17 ans, il quitte sa très catholique famille pour s'inscrire dans une école d'art de Brooklyn, le fameux Pratt Instituts où ont étudié bien des artistes de renom. Il fait petit à petit connaissance avec les milieux artistiques de Manhattan et, notamment, avec John Mc Kendry, responsable de la section photo au Metropolitan Museum of Art qui le convainc de devenir photographe professionnel. Soutenu par plusieurs personnalités des beaux-arts – dont le collectionneur Sam Wagstaff et le peintre Andy Warhol – il devient le portraitiste recherché par la jet-set new-yorkaise. Arnold Schwarzenegger et John Paul Getty III posent devant son objectif. Il collabore au magazine Interview et réalise des pochettes de disques. Mais parallèlement, lorsqu'il fait œuvre personnelle, il n'hésite pas à puiser son inspiration dans le sexe et la pornographie. Ses amants sont bien souvent ses modèles. En 1976 il expose à la Holly Solomon Gallery, en 1977 au Kitchen de Soho, en 1979 à la Robert Miller Gallery. En quelques années, en se permettant toutes les audaces, il est devenu une star de la photo.

 

 

Robert Mapplethorpe – Ken Moody – 1984

Photographie

 

Le 10 mars 1989, à New York, en pleine gloire, Robert Mapplethorpe meurt du sida. Il aura été l'un des rares photographes à savoir conjuguer art et pornographie et à connaître, malgré cela, la célébrité dans une Amérique ultra puritaine. Ce ne fut certes pas sans grincement de dents du côté des censeurs. Mapplethorpe, post-mortem, fut notamment au centre d'une vive polémique soulevée par le sénateur Jesse Helms à la fin des années 80. Soutenu par le président George Bush, Helms s'en prenait aux musées qui, bénéficiant de subventions de l'état via le National Endowment for the Arts (NEA), organisaient des expositions et rétrospectives de l'artiste. Mais les procès pour obscénité furent gagnés par les musées et la tentative de législation visant, entre autre, à interdire le sujet de l'homosexualité dans les oeuvres d'art bénéficiant, pour leur exposition, de subsides de l'état tourna court. Moralité : Jesse Helms, aujourd'hui, est retourné dans les noires oubliettes de la pudibonderie tandis que Robert Mapplethorpe demeure l'un des grands plasticiens de notre temps.

 

Bernard Joubert, in Gay Comix n°10, sans date

 

Voir les commentaires