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La Storia, un film de Luigi Comencini (1986)

Publié le par Jean-Yves

La Storia du cinéma est la version abrégée d'une vaste fresque tournée pour la télévision italienne.


Les héros en sont Ida [Claudia Cardinale], institutrice d'origine juive, veuve et mère de Nino [Antonio Degli Schiavi] qui se lance avec autant de passion dans le fascisme, puis dans la Résistance, puis dans la contrebande ; et Useppe, l'enfant qu'elle a mis au monde à la suite du viol que lui a fait subir un jeune soldat allemand beaucoup plus en mal d'amour et de tendresse qu'enclin à une réelle violence.


Useppe [Andrea Spada] est l'enfant qui n'aurait pas dû naître, il est un défi d'innocence et d'amour dans un monde où triomphent la cruauté et la haine. Un monde qu'on voit d'abord avec le cœur d'Ida, mère angoissée et apeurée mais capable de dominer angoisse et peur quand il s'agit d'étendre son aile protectrice sur son rejeton.


Un monde qu'on observe ensuite par les yeux du petit garçon, lorsqu'il a atteint les cinq, six ans (fin de la Deuxième Guerre mondiale et immédiate après-guerre), et qu'il découvre le décor de la vie, sa solitude, son besoin d'une présence paternelle et virile.


La Storia, drame dédié aux humbles et persécutés d'hier et d'aujourd'hui, est aussi le film du père absent, inexistant et recherché désespérément.


Useppe s'investit ainsi totalement dans son admiration pour Nino, le grand demi-frère si beau, qui tombe les filles et fait de la moto, si sûr de lui et si rarement présent.


Quand Nino ne revient plus, Useppe attend de Carlo [Lambert Wilson], la même affection. Mais l'anarchiste déchu sombrant dans l'alcool et la dépression est une déception de plus, comme le petit adolescent homo des bords du Tibre en qui l'enfant espérait trouver un ami.


Un film admirable de justesse, de pudeur et de force intérieure venue du fond des personnages. Un film d'une beauté poignante et intensément douloureuse. Comencini sait communiquer les émotions les plus subtiles, les plus fortes, les plus secrètes et les plus vraies.


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Quand les célibataires étaient vus comme des dépravés

Publié le par Jean-Yves

« Ce sont ces idées toutes philanthropiques qui m'animent en ce moment et m'encouragent à vous conseiller un nouvel impôt, une source nouvelle de revenus pour l'État, source abondante et féconde pour votre caisse, mais qui le sera bien plus encore pour la régénération de la France, en montrant du doigt, en corrigeant, peut-être, un des plus grands vices de notre époque, entre tous les vices, le plus égoïste et le plus anti-patriotique. Je viens vous conseiller, Monsieur le Ministre, d'imposer une taxe aux célibataires. […]


Mais le célibataire n'est pas seulement un être stérile, il est encore un mauvais exemple, bien plus, un agent de corruption. Non content de ne plus remplir son devoir, il cherche souvent des complices, et il tend toujours à pervertir et à corrompre autour de lui ; il est, dans la société, une cause incessante de désordres, de malheurs et de dépravation. Autant la famille consolide l'édifice social, autant le célibat est un agent actif de destruction. »


Docteur Tardieu

Lettre à Monsieur le ministre des Finances, août 1871


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Des eunuques pour le royaume des cieux : l'Eglise catholique et la sexualité, Uta Ranke-Heinemann

Publié le par Jean-Yves

La religion catholique a eu notamment pour objet de condamner le plaisir sexuel, au supplice de devoir concéder la part inévitable du coït nécessaire à la procréation.



A l'origine, il y a le christianisme qui en butte au paganisme ambiant a développé son intégrisme. Il faut pourtant admettre que si le christianisme et plus tard le catholicisme ont si durement condamné l'hédonisme et l'amour des garçons, c'est parce qu'une partie de la société aspirait à cette contrainte masochiste.


Cet essai est une somme prodigieuse. L'auteure fut la première femme à occuper une chaire de théologie catholique, mais en 1987 on lui retira son enseignement parce qu'elle avait donné une interprétation théologique – et non biologique – de la virginité de Marie. Le nœud du problème est là. Les apôtres pour la plupart étaient mariés. Mais très vite le christianisme développe cette idée que le plaisir est le plus grand des péchés. Il fallait que Marie fut vierge coûte que coûte avant et après l'enfantement de Jésus. On réinventa l'histoire de Marie, et la femme à cause de la tentation qu'elle représente pour l'homme, devint suspecte d'une manière encore plus catégorique que chez les Anciens qui lui refusaient un rôle social.


Dans le droit fil de ce péché originel, tout ce qui se rattachait au plaisir fut puni, en même temps qu'on excluait les femmes (qui ne pouvaient être qu'impures) des lieux du culte jusqu'à préférer des castrats dans les chorales.


La répression fut considérable.


L'idéal, c'était un état impossible de célibat ou de mariage sans désir. Le coït interrompu par exemple était passible d'une peine aussi grande que le meurtre d'enfant ! Toute pollution nocturne ou éjaculation (même dans le vagin) qui n'était pas à fin procréatrice devenait un acte criminel.


Uta Ranke-Heinemann répertorie l'accumulation insensée de textes auxquels se livrèrent pendant des siècles moines et doctes (dont saint Augustin divorcé et père d'un garçon adoré qui mourut à dix-huit ans), ergotant pour savoir exactement quand l'acte conjugal pouvait être pratiqué sans pécher.


Il faut comprendre que la masturbation et la sodomie auraient permis la jouissance et la régulation des naissances : elles furent donc impitoyablement réprimées (et par conséquence les relations homosexuelles), passibles de peines très lourdes. Au point que femmes et hommes encore aujourd'hui, les regardent comme perversions dégradantes. Poids énorme des lois religieuses qui dictent toujours aux hommes d'aujourd'hui la manière de jouir.


Pourquoi l'homme se punit-il de jouir sexuellement, alors qu'il s'autorise si allègrement l'injustice, le crime et la guerre ?


■ Editions Hachette/Pluriel, 1992, ISBN : 2010190068


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Schweissdissi du XXe siècle par Thierry Deveyre

Publié le par Jean-Yves

Tout est parti d'une petite annonce très sérieuse :


« Photographe cherche modèles masculins, 18 à 30 ans environ, 1.70 mètre minimum, de préférence sportifs et musclés, pour incarner devant l'objectif le Schweissdissi du XXe siècle. »


Le Schweissdissi, qu'est-ce donc ? C'est une sculpture mulhousienne monumentale vieille de cent ans, installée square du Tivoli, et qui représente un fort bel homme, les fesses dénudées, appuyé sur sa pioche. Le symbole du travail, bien fait.


Thierry Deveyre, qui aime photographier le corps des hommes, a voulu à sa manière fêter le centenaire de cette statue en proposant à 14 jeunes gens de prendre la pose.




Thierry Deveyre – Schweissdissi, 100 ans après – 2006


Sans rechercher un effet de mimétisme avec le Schweissdissi original, le photographe a réussi à montrer la diversité humaine, qui ne me laisse pas de marbre.


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Ignominie

Publié le par Jean-Yves

« Si la démographie révélait que le tiers au moins du territoire français est occupé par une population tellement misérable que chaque âge est frappé par une mortalité une fois et demie à deux fois plus forte que le reste du territoire ; que ses naissances ne réparent que les 45 centièmes de ses pertes annuelles ; si elle nous apprenait de plus que cette partie de la population française, comparée à l'autre, compte annuellement deux fois plus de cas d'aliénation, deux fois plus de suicides, deux fois plus d'attentats contre les propriétés, deux fois plus de meurtres ou de violences contre les personnes ; que, par suite, l'administration doit pour elle entretenir deux fois plus de tribunaux, deux fois plus de prisons, deux fois plus d'asiles et d'hôpitaux, deux fois plus de croque-morts ; certes ce serait un grand émoi.


D'un avis unanime, on demanderait à la science, à la loi, à l'instruction, à l'éducation, à l'impôt, à la faveur du souverain, aux mœurs, de s'employer pour diminuer un si humiliant et si onéreux supplément de mortalité et d'ignominie.


Eh bien, nous avons prouvé que ce peuple misérable existe sur notre sol : seulement, au lieu d'occuper un territoire à part, les deux peuples sont mêlés intimement sur toute la surface ; et, ostensiblement, une seule chose les distingue : l'un vit sous le régime du mariage, l'autre sous celui du célibat. »


in Dictionnaire encyclopédique des Sciences médicales

article « Mariage », tome 5, 1872


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