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Vivre à travers les autres…

Publié le par Jean-Yves

Dans Tonio Kröger de Thomas Mann comme dans Le sémaphore de Jacques Almira (1), il y a l'idée que le créateur en général, ne peut vivre qu'à travers les autres et non par lui-même.


Dans le roman de Jacques Almira, monsieur Kempf est complètement bloqué depuis son enfance. Il ne peut pas affronter les autres. Son comportement n'est absolument pas normal. Il a une sorte d'incapacité de vivre normalement et ça le pousse peu à peu à une retraite absolue, il ne peut exister que dans la solitude.


Pour lui, au fond, les autres ne sont que des personnages de romans ; il les utilise, décrit leurs passions, leurs amours, puis considère ensuite qu'ils peuvent mourir. C'est ce qu'il dit à la fin à la jeune fille :

« Vous m'avez fait rêver, écrire, mais vous pouvez mourir maintenant, je n'ai plus besoin de vous. »

... et il la tue !



(1) Le sémaphore, Jacques Almira, Editions Gallimard, 1988, ISBN : 2070713040


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Encore un film que j'aimerais voir…

Publié le par Jean-Yves

Le maire (Der Gemeindepräsident), un film de Bernhard Giger (1983)




Figure politique locale, le maire, interprété par Mathieu Gnadinger, s'accommode des tensions entretenues par des administrés peu scrupuleux ou carrément crapuleux. Partial et tempéré, il arrive toujours avec plus ou moins de succès à régler les affaires courantes. Jusqu'au jour où son ami le plus proche se donne la mort. Le mot est lâché. Ce garçon était homosexuel. Et si le maire, célibataire endurci, était lui aussi touché par cette perversion ? Et si ça rejaillissait sur le parti ?


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Villes - Journal de voyage 1920-1984, Julien Green

Publié le par Jean-Yves

Dans les pas de Julien Green


Plus de soixante ans, passés à découvrir le monde et les hommes, sont retracés dans ce journal de voyage qui dévoile un Julien Green différent, promeneur amoureux.


Villes est un passionnant itinéraire à travers toute l'Europe (et également les Etats-Unis). De 1920 aux années 80, Julien Green n'a cessé de voyager, guidé par son goût de la découverte et des rencontres. Ce journal de voyage, qu'il offre ici sous la forme d'un abécédaire particulièrement propice au rêve, fait partager l'émotion d'autrefois, l'absurde et délicieuse nostalgie des pays lointains.


Est-il besoin de souligner que Julien Green n'appartient pas à la cohorte des touristes qu'il compare justement à des monstres ? Son mode d'emploi des villes est un mélange harmonieux de sobriété et d'émotion, d'élégance et d'humilité.


« Se glisser dans une ville inconnue à l'heure où la lumière se fait entre chien et loup, mais un peu avant, il y a là une joie secrète. » Ces mots écrits à Berne marquent bien la singularité du regard de Julien Green voyageur, attentif à l'atmosphère des lieux et au caractère des habitants.


L'art avec lequel il fait le portrait – à la manière d'un peintre – de villes aimées ou inconnues est tout entier en nuances, en impressions, en sensations.


Quand à Tromsoe, en Norvège, il écrit qu'« ici la beauté humaine des deux sexes est en accord avec une nature qui tient du rêve », quand il parle de la ville éternelle en ces termes : « Le bonheur est dans la lumière et celle de Rome est plus légère que nulle autre au monde », lorsqu'il évoque « la magie des premiers instants » à Istanbul ou « le mystère indéchiffrable » de L'Escurial, il secoue ma paresse et m'invite à le suivre sans délai.


« Les villes sont des personnes, on a pour elles les mêmes coups de foudre et les mêmes éloignements que pour les êtres humains. » Julien Green est un homme de passions et d'émotions. Ses 47 clichés reproduits ici sont la marque d'un véritable talent d'amateur, de celui pour qui aimer passe avant toute chose.


Quand Julien Green écrit : « La beauté échappe toujours aux mots qui veulent la cerner », il se trompe. Par la magie de son écriture, par la qualité de ses photographies, il révèle la beauté, le charme et parfois la grâce de lieux que personne d'autre que lui n'aurait su voir avec une telle sensibilité.


■ Editions de la Différence et Frédéric Birr, 1985, ISBN : 2729101616




De Julien Green : L'autre sommeil - Histoires de vertige - Moïra - Epaves - Frère François - L'expatrié (journal : 1984-1990) - L’arc-en-ciel : journal 1981-1984


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Haute couture par Jean-Paul Forest

Publié le par Jean-Yves

Jean-Paul Forest serait-il la nouvelle Pénélope des temps modernes ?


Il a l'habitude de coudre à l'aide d'un fil d'acier les pierres fendues qu'il rencontre dans la vallée de Papeno'o, un site mythique de Tahiti.




De l'inattendue réparation à l'acte poétique, il n'y a qu'un pas : celui du retour à la terre, à sa puissance ; pas qui me renvoie aussi à la fragilité des choses, même les plus pérennes.


Un acte minimal, salvateur, qui assied l'homme à sa juste place, au creux de l'univers.





Jean-Paul Forest – Sans titre – Photographie de la série Latitudes 2005


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Une critique du film « Louis II » de Luchino Visconti analysée par Renaud Camus

Publié le par Jean-Yves

Télérama commente en ces termes le « Ludwig » de Visconti, qui est diffusé en plusieurs épisodes, à la télévision, pour les fêtes de fin d'année : « (Louis II) C'est aussi l'esthète que l'ivresse des sens conduit à l'abîme, l'artiste platonique foudroyé par la tentation homosexuelle comme le sera le musicien de Mort à Venise. »


« Luchino Visconti a toujours été le cinéaste de la passion interdite (…) Bientôt ses films ne seront plus hantés que par ses démons intérieurs. »


« C'est donc cette homosexualité longtemps refoulée, ici étalée dans toute sa malédiction, qui rend pathétique ce portrait de Louis II de Bavière en qui nous reconnaissons sans peine l'auteur du film. Ce n'est pas la richesse décorative, le cérémonial majestueux des opéras de Wagner que transcende Visconti, mais cette quête effrénée de la nuit, refuge des rêves interdits et des amours illicites, et de l'eau, miroir glauque d'où surgit le désir (apparition du page se baignant nu) et où l'entraîne la mort (noyade dans le lac de Berg). « Ludwig » est une symphonie funèbre où le roi maudit met lui-même en scène sa déchéance avec une maniaquerie maladive. »


Inutile de souligner, j'imagine, les passages et les mots les plus caractéristiques de ce texte d'un obscur J.-L. D.. C'est encore dans ce style apocalyptique que s'expriment aujourd'hui, lorsqu'ils ont l'occasion de parler de l'homosexualité, la plupart des journalistes français. Voilà ce qui se lit, semaine après semaine, autour de nous. C'est dans ces « miroirs glauques » que nous nous reflétons quotidiennement. Comment s'étonner dès lors que l'homosexualité paraisse encore « maudite » à tellement de gens, et que presque personne ne semble s'aviser que la « malédiction » de Louis II ce n'était pas son homosexualité, mais la répression dont elle faisait partout l'objet en son temps, et d'abord en lui-même : ses « démons intérieurs », c'était d'abord la morale chrétienne, qui le menaçait sans cesse, pour rien, de ses fourches et de son enfer, comme en témoigne le journal qu'il tenait régulièrement, mais qui ne lui reprochait guère apparemment, de se soucier si peu de ses sujets et des devoirs de son état. On ne peut d'ailleurs pas dire que Visconti lui-même ait eu vraiment à coeur, ici non plus qu'ailleurs, de lever ces ambiguïtés, si complaisantes aux images les plus éculées et sulfureuses de l'amour des hommes.


Renaud Camus


■ in Chroniques Achriennes, Editions P.O.L., 1984, ISBN : 2867440173, pp.229-230


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