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Revendication homosexuelle dans la littérature

Publié le par Jean-Yves

… qui concerne d'ailleurs plutôt la relation pédérastique


« Cette forme d'amour n'avait-elle pas été en honneur entre toutes, chez les peuples les plus braves, et ne disait-on pas que c'est grâce à la bravoure qu'elle avait fleuri dans leurs villes ? De nombreux capitaines de l'Antiquité avaient accepté le joug de cet amour, car aucune humiliation ne comptait, quand elle était commandée par Eros, et des actes qui eussent été blâmés comme marques de lâcheté s'ils avaient été commis, à toute autre fin, génuflexions, serments, prières instantes et gestes serviles, de tels actes, loin de tourner à la honte de l'amant, lui valaient au contraire une moisson de louanges. »

Thomas Mann, Mort à Venise, 1913


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Freud, le tennis et la sexualité (1/3)

Publié le par Jean-Yves

Quel lien existe-t-il entre le tennis et le pénis ? Dans une lettre du 21 novembre 1897, adressée à Loretta Norelsky, Freud décrit ce que plus tard on appellera «Le fantasme originaire du tennis».


« J'ai fait un rêve éveillé, écrit-il, dans lequel je voyais un petit garçon debout dans un couloir de double, tandis que deux spectres vêtus de blanc caracolaient. Je venais à peine de me reconnaître dans cet enfant observant ses parents en train de jouer au tennis, qu'une terreur m'envahit, m'empêchant de franchir la ligne de côté. Lorsque je me réveillai en sursaut de cette expérience bouleversante, je sus immédiatement que j'avais fait une découverte prodigieuse. »


Ce rêve étrange devait être à l'origine de la fameuse Théorie de la pulsion de tennis :


« Elle est venue à moi tout armée dans un rêve, continue Freud dans L'interprétation des rêves de tennis (1905). Je voyais un homme emporté par une puissante tornade ; des forces mystérieuses semblaient jaillir du plus profond de ses entrailles. Soudain son front s'orna d'un étrange objet que je ne parvenais pas à identifier. C'est alors que je distinguais le mot Frapsh. Perplexe, je ne cessai de me le répéter jusqu'à ce que finalement, je réussisse à en déchiffrer le sens : « Frappe la balle ! » Aussitôt, je reconnus dans cet étrange objet le manche d'une raquette de tennis. Tous ces indices étaient si lumineux que je ne pouvais les ignorer plus longtemps. Ainsi frappais-je aux portes de la destinée. »


L'idée de la raquette génitale, Freud l'avait déjà exprimée en un raccourci saisissant : « La vie est dans le tennis, le tennis est dans la vie. »


« Vu que dans les fantasmes, les rêves et quantité de symptômes, la tête renvoie aux organes génitaux mâles, croire que plus c'est gros mieux c'est, relève d'un mécanisme de compensation parfaitement futile. Désespérés par leurs médiocres performances avec des raquettes conventionnelles, certains patients mettent leur faiblesse sur le compte de leur angoisse de castration et s'imaginent pouvoir y échapper en cherchant refuge dans la sécurité illusoire que procurent les raquettes métalliques à grosse tête. Ces substituts du pénis peuvent effectivement contribuer au succès, mais celui-ci est éphémère et les infériorités de type névrotique ne font que se déplacer ailleurs. » (p.47)



La tenue a aussi son importance : si elle est de couleur blanche, il faut parier que le joueur espère de cette partie tout autre chose qu'un simple trophée supplémentaire à son actif : Freud propose qu'à l'avenir les joueurs de tennis portent « des tenues multicolores, afin de circonvenir les interdits du sur-moi relatifs à la couleur blanche qui, on le sait, connote depuis les temps les plus recu1és une invite homosexuelle ».
(p.104)


Une fois la partie commencée, si on surprend une lueur de meurtre dans les yeux du joueur qui vient de refuser une balle bonne à son adversaire, c'est que « le joueur rusé n'hésite pas à faire flèche de tout bois et à jouer sur les sentiments de culpabilité de son adversaire ». (p.100)



 Un joueur, qui ne dit rien tout au long de la partie, qui se réfugie dans un fair-play parfait et qui investit toute son attention sur l'excellence de son jeu, l'élégance de ses coups ou la splendeur de son look, appartient au type narcissique, dans lequel la libido s'investit électivement sur sa personne propre.


 Un joueur, qui apparaît perpétuellement tracassé par son jeu, qui change souvent de raquette et de cordage et qui finit par confier qu'il aurait pu mieux faire ou encore que son adversaire joue trop bien pour lui, appartient au type obsessionnel. L'obsession chez lui, est un substitut du pénis, tout comme le pénis est symbole de la première raquette qu'il a possédée.



Le livre : Le tennis et la sexualité : Les écrits secrets de Freud, Préface de Gérard Miller, Editions Navarin/Seuil, 126 pages, 1986, ISBN : 2020092727. Les extraits sont tirés de cet ouvrage.


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Clandestin, James Ellroy

Publié le par Jean-Yves Alt

Un roman policier qui a d'abord le mérite de ne pas ménager sa peine : le suspense, les descriptions, la subtilité des analyses psychologiques ne sont jamais gratuits mais les ingrédients parfaitement amalgamés d'une fiction où l'intérêt du récit va crescendo.

Le personnage principal, qui est le narrateur à la première personne, Frederick Upton Underhill, flic de vingt-six ans dans la dernière saison de [sa] jeunesse, est un vrai personnage de roman, courageux et vulnérable, amoureux d'une femme handicapée, ami d'un flic poète mort trop tôt dans l'exercice de son devoir. Bref un homme tendre et attachant, capable d'erreurs et de remords.

Underhill est un homme qui pense, qui doute, qui aime et le choc qui change sa vie arrive très tôt dans sa carrière sous l'aspect le plus étrange, celui du très bel Eddie Engels, homosexuel curieusement coureur de femmes : Eddie si séduisant que l'interrogatoire se disloque.

Eddie Engels est donc supposé homo, donc ennemi des femmes, donc meurtrier des femmes. Les choses vont vite quand la morale et les conventions offrent, dès l'arrestation, toutes les bonnes raisons d'avoir trouvé le bouc émissaire sinon le meurtrier sadique.

L'agent de police Underhill veut la justice, même si le chantage peut permettre de démasquer l'assassin... Et le drame va se produire lorsque le suspect va subir un terrible interrogatoire :

« Eddie, dis-je, tes parents savent-ils que tu es homosexuel ?

─ Non.

─ Tu ne veux pas qu'ils le découvrent, n'est-ce pas ?

─ Non ! 

Il hurla le mot, d'une voix perçante qui se brisait. Il s'enveloppa de ses bras et se mit à se balancer d'avant en arrière.

─ Nous pouvons leur épargner ça, Eddie, dis-je. Tu peux avouer pour Margaret... Écoute-moi, je suis ton ami. »

Eddie va reconnaître le meurtre. Pourtant il est innocent... Et l'agent de police Underhill ne comprend pas, ne devine pas, que l'homme préfère la chaise électrique au déshonneur familial : plutôt passer pour un tueur de femmes que se dire pédé ! Tragique erreur de l'enquêteur, terrible engrenage engendré par des valeurs sociales et morales absurdes et dangereuses.

James Ellroy analyse avec une intelligence et une perspicacité remarquables toutes les nuances d'un processus de l'erreur, quand le policier se sent inconsciemment (ou consciemment) soutenu par la morale ambiante.

Clandestin est, à ce titre de dénonciateur de la société homophobe, un livre magnifique. Mais en plus, l'art d'Ellroy est de placer l'homosexualité dans la trame générale de son récit, avec en parallèle toutes les dérives ordinaires d'individus – homos ou hétéros – en quête de paradis : il ne met pas les méchants d'un côté et les bons de l'autre, mais montre ce manège des faibles, des peureux où les salauds côtoient les fragiles sans oublier que la fragilité parfois conduit à la saloperie, dans un monde où le vice n'est que le cri inversé d'une plus grande espérance.

« Clandestin » : un destin d'homosexuel, un très grand polar qui rend compte d'une époque, de vies brisées, de drames. Rarement un hétérosexuel aura aussi bien parlé de l'homosexualité masculine...

■ Clandestin, James Ellroy, Editions Rivages/Noir, 1990, ISBN : 2869303742


Du même auteur : Le dahlia noir - Le grand nulle part

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Arlequinade par Pablo Picasso

Publié le par Jean-Yves

Qu'il est déroutant ce portrait ! Il y a un traitement cubique dans sa réalisation et pourtant l'atmosphère globale est romantique.


La reine Isabeau, dans sa posture, fait allusion au penseur de Rodin. Son costume évoque celui d'Arlequin, sa coiffe celle que les femmes espagnoles devaient porter quand Picasso était enfant. Le titre du tableau rappelle le Moyen-âge, le roman populaire éponyme de Michel Zévaco.


Les différentes évocations font, de cette représentation, un tableau moins simple qu'il ne semble.


Le visage concentré de la reine et la déconstruction du traitement invitent à s'interroger sur la notion de portrait.



Pablo Picasso – La reine Isabeau – 1909

Huile sur toile – 92cm x 73cm – Musée Pouchkine (Moscou)



J'ai pu admirer cette peinture à l'exposition organisée par le Musée Pouchkine de Moscou, « De Courbet à Picasso » à la fondation Gianadda à Martigny (Suisse) en juillet 2009.


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Saint Sébastien par Jacques de Voragine

Publié le par Jean-Yves

Sébastien, Sebastianus, vient de sequens, suivant, beatitudo, béatitude ; astin, ville, et ana, au-dessus ; ce qui veut dire qu'il a suivi la béatitude de la cité suprême et de la gloire d'en haut.


Il la posséda et l'acquit au prix de cinq deniers, selon saint Augustin, avec la pauvreté, le royaume ; avec la douleur, la joie ; avec le travail, le repos ; avec l'ignominie, la gloire et avec la mort, la vie. Sébastien viendrait encore de basto, selle. Le soldat, c'est le Christ ; le cheval, l'Eglise, et la selle, Sébastien ; au moyen de laquelle Sébastien combattit dans l'Eglise et obtint de surpasser beaucoup de martyrs. Ou bien Sébastien signifie entouré, ou allant autour : entouré, il le fut de flèches comme un hérisson ; allant autour, parce qu'il allait trouver tous les martyrs et les réconfortait.



Martyre de Saint-Sébastien – Chapelle de Roubion (Alpes Maritimes) – fresque du XVe


Sébastien était un parfait chrétien, originaire de Narbonne et citoyen de Milan. Il fut tellement chéri des empereurs Dioclétien et Maximien qu'ils lui donnèrent le commandement de la première cohorte et voulurent l'avoir constamment auprès d'eux. […]


Le préfet de la ville de Rome, Chromace, très malade lui-même, pria Tranquillin de lui amener celui qui lui avait rendu la santé. Le prêtre Polycarpe et Sébastien vinrent donc chez lui et il les pria de le guérir aussi. Sébastien lui dit de renoncer d'abord à ses idoles [...] ; qu'à ces conditions, il recouvrerait la santé. […] Polycarpe et Sébastien, ainsi autorisés, détruisirent plus de deux cents idoles. […] Et comme on brisait tout, un ange apparut au préfet et lui déclara que J.-C. lui rendait la santé ; à l'instant il fut guéri […]


[L'empereur Dioclétien manda Sébastien] et lui dit : « J'ai toujours voulu que tu occupasses le premier rang parmi les officiers de mon palais, or tu as agi en secret contre mes intérêts, et tu insultes aux dieux. » Sébastien lui répondit : « C'est dans ton intérêt que toujours j'ai honoré J.-C. et c'est pour la conservation de l'empire romain que toujours j'ai adoré le Dieu qui est dans le ciel. »




Giovanni Canavesio – Martyre de Saint-Sébastien – Chapelle de Saint Etienne de Tinée (Alpes Maritimes) – XVe


Alors Dioclétien le fit lier au milieu d'une plaine et ordonna aux archers qu'on le perçât à coups de flèches. Il en fut tellement couvert, qu'il paraissait être comme un hérisson ; quand on le crut mort, on se retira. […]



Jacques de Voragine


■ in La Légende Dorée [volume 1], Editions GF-Flammarion, 1990, ISBN : 2080701320, pages 135-140


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