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Karim & Julien, Lionel Labosse

Publié le par Jean-Yves

Karim & Julien : un roman épistolaire entre deux garçons – le premier homo, le second hétéro – à peine sortis de l'adolescence, dont je souhaite qu'il soit le reflet des échanges entre tous les jeunes.

 

Dès les premières pages, le ton est donné. Le combattant Lionel Labosse a affûté son crayon dans un bois sec et précis : il a une plume d'artisan consciencieux, peut-être même trop. A travers ses deux héros, il dénonce les idées reçues et pourfend les omniprésentes hypocrisies que chacun accumule au cours de sa vie.

 

« Ses » deux garçons, Karim, qui vit en banlieue parisienne, et Julien, enfant de divorcés, qui a quitté la région parisienne pour Bordeaux, où il vit désormais avec son père homo, sont ouverts à toutes les questions, sans aucun tabou.

 

Rien de frivole chez Karim et Julien, si ce n'est une forte propension à jouer avec la langue ce qui donne un ton humoristique – plaisant – à leurs échanges. A croire qu'ils ont déjà connu toute la gravité de la grande Histoire, tout en étant éveillés au sentiment tragique de la vie…

 

Les deux garçons possèdent une furia militante : aucun sujet ne leur fait peur. Ils n'hésitent pas à s'invectiver pour défendre, chacun, leur point de vue. La sexualité, le mariage, le voile, la religion, la guerre en Irak, la condamnation en Egypte des homosexuels, la prostitution (avec des idées que Marcela Iacub ne renieraient pas), le mouvement « Ni putes, ni soumises » (dont l'ambiguïté des actions est bien analysée) font partie de leurs sujets favoris. Aussi, l'altermondialisation, le Front National, la publicité, la mode, la musique (le rap, les chanteurs engagés, la musique classique…), le cinéma… Bien qu'ils soient hyper-phallistes, la flamme de la justice et celle de l'honneur semblent passer devant le prurit sexuel. Peut-être parce que le passage à l'acte est moins simple dans la réalité que dans les mots.

 

J'ai regretté le trop grand nombre de sujets (toujours d'actualité) abordés dans ce roman ; au point de me demander parfois, s'il s'agissait bien d'un roman : je connais peu les jeunes de cet âge mais j'ai peine à imaginer dans leurs conversations, une palette si large. Mais peu importe ! La littérature n'a que faire avec le réel.

 

Les « portraits » intimes, des deux protagonistes, m'ont aussi, quelque peu, déçu : je précise que je me retrouve mieux dans ceux brossés par Julien Green dans Moïra (1950). J'ai toutefois été touché et ému par la description que fait Karim de « ses » rencontres avec Nicolas : sa façon de «se colonniser [oui, Karim écrit ce mot avec 2 n] contre son dos», d'élaborer des hasards toujours «calculés» jusqu'à ce «Je t'aime» chantonné et non relevé par celui à qui il était destiné. (pp. 69-72)

 

Le débat tenu par les deux garçons élabore une sorte de moralisation de tous les sujets de société abordés ; l'homosexualité n'y échappe pas. Lionnel Labosse serait-il le Daniel Guérin du XXIe siècle ?

 

Ce roman apporte une leçon de gravité. Il dit : « Ô hommes de tous bords, si la sexualité est le moteur de l'Histoire, elle ne doit pas empêcher de conserver une âme révolutionnaire. »

 

Préface de Gudule, Editions Publibook, 2007, ISBN : 9782748334746

 


Lire aussi une analyse de Psykokwak sur son blog.

 

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