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Les petits garçons, Guy Hocquenghem

Publié le par Jean-Yves Alt

Pour ce roman, Guy Hocquenghem n’a pas choisi la facilité. L'auteur s'attèle ici au pamphlet. Brill, Kurtz, Stratos, Salomon. Criquet, ..., Romanov, Bouquin, autant de pseudonymes qui cachent mal la véritable identité des personnages, et nous rappelle que nous avons à faire à un « fait divers » que certains « Transe-Soir » et autre «Seconde» qualifièrent à l'époque de « Scandale des Ballets bleu » : l'affaire du Coral.

À la manière d'un pamphlétaire, dans ce roman, Guy Hocquenghem n'en déplaise à certains, se fait délateur. Il dénonce en effet tous ces journaleux, ces policiers minables, ces fonctionnaires miteux, ces indics véreux qui, à l'origine du scandale, n'hésitèrent pas sur la base de faux témoignages et d'un faux procès-verbal à traîner dans la boue des éducateurs, un directeur de centre alternatif, mais aussi un ministre (Kurtz), un philosophe (Stratos), un écrivain (Romanov)...

« Délateur » mais aussi « accusateur », Hocquenghem prend la défense et parti pour tous ceux qui durant de longs mois furent impliqués dans cette triste histoire et inculpés « d'attentats à la pudeur » et autres méfaits graves sur la personne d'enfants mineurs.

Vengeance personnelle ou règlement de compte ? Non point. Ce livre, roman mené de main de maître et construit à la façon d'un policier est aussi un document. L'auteur a voulu retracer le récit d'une affaire et cherché à rétablir la vérité, que si elle vit enfin le jour (on ne peut pas toujours mentir impunément.) fut quelque peu tronquée et déformée par une certaine presse. Rétablir une vérité, mais aussi réhabiliter tous ces êtres qui furent bafoués et calomniés injustement et abusivement. Usant d'un langage acerbe, corrosif, et d'une écriture violente et cinglante, Guy Hocquenghem ne va pas par quatre chemins pour dire ce qu'il a à dire.

À cet égard « Les Petits Garçons » est un livre courageux. Cependant, son parti pris le conduit peut être un peu dans l'excès, et ces personnages sont par trop caricaturaux. Les « gentils » étant gentils, et les « méchants » brutes, sales et bêtes : la morve leur pend au nez, ils sont « mal rasés » s'habillent « en costard Belle Jardinière bleu pétrole » et ont de « courtes mains grasses »...

Se terminant sur la vision idyllique et paradisiaque d'un pays où les enfants sont rois, l'auteur veut apporter une conclusion sereine et optimiste à ce scandale sordide. Peut être est-ce un message d'espoir dans l'avenir, l'homme, et la justice ? Rien de moins sûr.

Roman, document et pamphlet, « Les Petits Garçons » est en tout cas et sûrement, une œuvre choc qui prouve si besoin était que Guy Hocquenghem était un grand écrivain.

■ Les petits garçons, Guy Hocquenghem, Editions Albin Michel, 1983, ISBN : 2226018042


Du même auteur : L'amour en relief - Les voyages et aventures extraordinaires du frère Angelo - L'âme atomique (avec René Schérer) - Comment nous appelez-vous déjà ? (avec Jean-Louis Bory) - La colère de l'Agneau - Le désir homosexuel - Race d'Ep - La dérive homosexuelle

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Jean-Claude Féray 12/05/2018 12:05

Le problème que pose ce pamphlet est qu'il nous est impossible de démêler le vrai, transposé par le talent du romancier, de l'invention pure, justifiée par le sous-titre " roman " qui figure sur la page de garde. Cela nous met quelquefois mal à l'aise, par exemple concernant les mœurs du président de la République. Seuls les proches des acteurs de cette affaire savent ce qu'il en est en réalité. Que pourront en conclure les générations futures ?
Je préfère personnellement les allusions fines de Roger Peyrefitte, qui cite les vrais noms, avec des sous-entendus destinés non pas aux familiers, mais à toute personne ayant une certaine culture. Les générations à venir pourront comprendre ces allusions, à la condition d'avoir acquis cette culture…