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Recherche pour “ jacques de langlade”

Cinéma et Homosexualité : répertoire des articles

Publié le par Jean-Yves Alt

Pour retrouver rapidement un article de la rubrique "Films", le lecteur trouvera ci-dessous, un index par ordre alphabétique des titres, avec lien direct en cliquant dessus.

GENERALITES

30 ans de culture gay au cinéma

Hollywood : un monde tristement gai

Laurel & Hardy : couple le plus gay de l'histoire du cinéma ?

A la recherche du temps perdu : le film que Luchino Visconti n'a pas réalisé

Sodome et Gomorrhe au cinéma par Claude Aziza

L'ado, la folle et le pervers : Images et subversion gay au cinéma par Marc-Jean Filaire

Le cinéma, au carrefour des genres par Gaël Pasquier

Des rôles bien rodés au cinéma par Geneviève Sellier

FILMS

0 - 9

20 centimètres, un film de Ramon Salazar (2005)

2 garçons, 1 fille, 3 possibilités, un film d'Andrew Fleming (1994)

 

A

A Strange Love Affair, un film de Eric De Kuyper et de Paul Verstraten (1985)

Adieu Bonaparte, un film de Youssef Chahine (1984)

Adieu, je t'aime, un film de Claude Bernard-Aubert (1987)

Adieu mes jolis, un télé-film de David Delrieux (1989)

Adjuster (the), un film de Richard Benner (1977)

After Hours, un film de Martin Scorsese (1985)

Agosto, un film de Jorge Silva Melo (1987)

Aids, trop jeune pour mourir, un film de Hans Noever (1986)

Amitiés particulières (les), un film de Jean Delannoy (1964)

Amour à taire (un), un téléfilm de Christian Faure (2004)

Amour de Swann (un), un film de Volker Schlöndorff (1983)

Angel, un film de George Katakouzinos (1982)

Another Country, un film de Marek Kanievska (1984)

Apology (Confessions criminelles), un film de Robert Bierman (1986)

Apparence féminine, un film de Richard Rein (1979)

Arthur Rimbaud : une biographie, un film de fiction documentaire de Richard Dindo (1991)

Au-delà du bien et du mal, un film de Liliana Cavani (1977)

Avis de recherches, un film de Stanley R. Jaffe (1983)

 

B

Baiser de la femme araignée (le), un film d'Hector Babenco (1984)

Beau Serge (le), un film de Claude Chabrol (1958)

Beautiful Thing, un film de Hettie MacDonald (1996)

Beefcake, un film de Thom Fitzgerald (1999)

Belles manières (les), un film de Jean-Claude Guiguet (1978)

Ben Hur, un film de William Wyler (1959)

Bent, un film de Sean Mathias (1995)

Berlin Alexanderplatz, un film de Rainer Werner Fassbinder (1980)

Berlin-Harlem, un film de Lothar Lambert (1974)

Beyond Therapy, un film de Robert Altman (1987)

Billy Elliot, un film de Stephen Daldry (2000)

Birdy, un film d'Alan Parker (1984)

Blue, un film de Derek Jarman (1993)

Bon fils (le), un téléfilm d'Irène Jouannet (2001)

Bras de fer, un film de Gérard Vergez (1985)

Brésiliennes du Bois-de-Boulogne (les), un film de Robert Thomas (1984)

Brokeback Mountain, un film de Ang Lee (2005)

 

C

Café des Jules (le), un film de Paul Vecchiali (1988)

Caravaggio, un film de Derek Jarman, (1985)

Cavaliers de l'orage (les), un film de Gérard Vergez (1983)

Celluloïd Closet (the), un film de Rob Epstein & Jeffrey Friedman (1995)

Cercle du pouvoir (le), un film de Bobby Roth (1981)

Chant d'amour (un), un court-métrage de Jean Genet (1950)

Chatte à deux têtes (la), un film de Jacques Nolot (2002)

Chatte sur un toit brûlant (la), un film de Richard Brooks (1958)

Chose très naturelle (une), un film de Christopher Larkin (1974)

Ciel de Paris (le), un film de Michel Bena (1992)

Clochard de Beverly Hills (le), un film de Paul Mazursky (1986)

Colonel Redl, un film de d'Istvan Szabo (1985)

Comizi d'Amore : enquête sur la sexualité, un film documentaire de Pier Paolo Pasolini (1964)

Compagnon de longue date (un), un film de Norman René (1990)

Confesse (la), un film de Pascal Rémy (1980)

Confiture, un film de Lieven Debrauwer (2005)

Confusion des sentiments (la), un film de Etienne Périer (1979)

Corde (la), un film d'Alfred Hitchcock (1948)

Crime d'amour (le), un film de Guy Gilles (1981)

Cruising, (La chasse) un film de William Friedkin (1980)

Crustacés & coquillages, un film de Olivier Ducastel & Jacques Martineau (2004)

 

D

De jour comme de nuit, un film documentaire de Renaud Victor (1991)

De sable comme de sang, un film de Jeanne Labrune (1987)

Déclin de l'empire américain (le), un film de Denys Arcand (1985)

Deep end, un film de Jerzy Skotimowski (1970)

Deux heures moins le quart avant Jésus-Christ, un film de Jean Yanne (1982)

Deuxième couteau (le), un film de Josée Dayan (1985)

Droit du plus fort (le), un film de Rainer Werner Fassbinder (1974)

E - F

Eat the rich, un film de Peter Richardson (1987)

Eclipse Totale (Rimbaud-Verlaine), un film d'Agnieszka Holland (1997)

Ecrin de l'ombre (l') [The Shadow Box], un téléfilm de Paul Newman (1980)

Edward II, un film de Derek Jarman (1991)

Encore (Once More), un film de Paul Vecchiali (1987)

Enfant miroir (l'), un film de Philip Ridley (1990)

Equilibristes (les), un film de Nico Papatakis (1991)

Ernesto, un film de Salvatore Samperi (1979)

Esclaves de New-York, un film de James Ivory (1989)

Europa, Europa, un film de Agnieszka Holland (1990)

Faut-il tuer Sister George ?, un film de Robert Aldrich (1968)

Festin nu (le), un film de David Cronenberg (1991)

Fils (un), un film de Amal Bedjaoui (2003)

Flesh, un film de Paul Morrissey (1968)

Fracture du myocarde (la), un film de Jacques Fansten (1991)

Furyo (Merry Christmas, Mr. Lawrence), un film de Nagisa Oshima (1983)

 

G - H

Glen or Glenda (Louis ou Louise), un film de Ed Wood (1953)

Go Fish, un film de Rose Troche et Guinevere Turner (1995)

Gossenkind, un film de Peter Kern (1991)

Grains de sable, un film de Ryosuke Hashiguchi (1995)

Groupes à risques, un film documentaire d'Andreï Nikichine (1987)

Hairspray, un film de John Waters (1988)

Haltéroflic, un film de Philippe Vallois (1983)

Happy together, un film de Wong Kar-Wai (1997)

Hombo, un film de Daniel Ringold (1985)

Homme blessé (l'), un film de Patrice Chéreau (1983)

Homme de cendres (l'), un film de Nouri Bouzid (1986)

Hours (the), un film de Stephen Daldry (2001)

 

I - J - K

Inconnu du Nord-Express (l'), un film d'Alfred Hitchcock (1951)

Inferno New-York City, un film de Marvin Merkins (1978)

Innocents (les), un film d'André Téchiné (1987)

Invitation au voyage, un film de Peter del Monte (1982)

Ixe, un film de Lionel Soukaz (1980)

J'aimerais. J'aimerais, un film Jann Halexander (2007)

Je t'aime toi, un film de Dmitri Troitsky et Olga Stolpovskaya (2004)

Jeunes filles en uniforme, un film de de Géza von Radványi (1958)

Johan, (carnet intime d'un homosexuel), un film de Philippe Vallois (1976)

Journée particulière (une), un film d'Ettore Scola (1977)

Ken Park, un film de Larry Clark & Edward Lachman (2002)

 

L

Leçons de ténèbres, un film de Vincent Dieutre (2000)

Lettres d'amour en Somalie, un film de Frédéric Mitterrand (1982)

Lianna, un film de John Sayles (1982)

Lien de parenté, un film de Willy Rameau (1985)

L.I.E. (Long Island Expressway), un film de Michael Cuesta (2001)

Loin du Brésil, un film de Jean Claude Tilly (1991)

Loin du paradis, un film de Todd Haynes (2002)

Lonesome cowboys, un film d'Andy Warhol (1968)

Looking For Langston, un film d'Isaac Julien (1989)

Loulou, la boîte de Pandore, un film muet de Georg Wilhem Pabst (1929)

Love ! Valour ! Compassion !, un film de Joe Mantello (1997)

Lunettes d'or (les), un film de Giuliano Montaldo (1987)

M

Ma vie en rose, un film d'Alain Berliner (1997)

Macho Dancer, un film de Lino Brocka (1988)

Maison Russie (la), un film de Fred Schepisi (1990)

Maman que man, un film de Lionel Soukaz (1982)

Matiouette (la), un moyen métrage d'André Téchiné (1982)

Maurice, un film de James Ivory (1987)

Mauvaise éducation (la), un film de Pedro Almodovar (2003)

Mery pour toujours, un film de Marco Risi (1989)

Mes meilleurs copains, un film de Jean-Marie Poiré (1989)

Messe est finie (la), un film de Nanni Moretti (1986)

Milan bleu, un film de Jean-François Garsi (1979)

Minuit dans le jardin du bien et du mal, un film de Clint Eastwood (1997)

Miss Mona, un film de Mehdi Charef (1986)

Mishima, un film de Paul Schrader (1985)

Mois à la campagne (un), un film de Pat O'Connor (1988)

Mon voyage d'hiver, un film de Vincent Dieutre (2003)

Mort à Venise, un film de Luchino Visconti (1971)

My beautiful laundrette, un film de Stephen Frears (1985)

My Own Private Idaho, un film de Gus Van Sant (1991)

 

N

Neveu de Beethoven (le), un film de Paul Morrissey (1985)

Nighthawks, un film de Ron Peck et Paul Hallam (1978)

Nijinsky, un film d'Herbert Ross (1980)

Noir et Blanc, un film de Claire Devers (1985)

Nous étions un seul homme, un film de Philippe Vallois (1978)

Nuit docile, un film de Guy Gilles (1987)

Nuits fauves (les), un film de Cyril Collard (1992)

 

O - P

Œuvre au noir (l') un film d'André Delvaux (1987)

Oiseaux de nuit (les) un documentaire musical de Luc Barnier et Alain Lasfargues (1977)

Oublier Venise un film de Franco Brusati (1980)

Outrageous un film de Richard Benner (1977)

Paragraphe 175 : La déportation des homosexuels, un film de Rob Epstein et Jeffrey Friedman (1999) 

Parking, un film de Jacques Demy (1985)

Parting Glances, un film de Bill Sherwood (1986)

Partners, un film de James Burrows (1982)

Passagers (les), un film de Jean Claude Guiguet (1998)

Pavillon interdit (le), (An Indecent Obsession), un film de Lex Marinos (1985)

Paysage dans le brouillard, un film de Théo Angelopoulos (1988)

Péril en la demeure, un film de Michel Deville (1985)

Perm (la), un court métrage de Eytan Fox (1990)

Petits fils (les), un film de Ilan Duran Cohen (2004)

Photo (la), un film Nico Papatakis (1986)

Pink Narcissus, un film de James Bidgood (1971)

Pirate (la), un film de Jacques Doillon (1984)

Pixote, un film d'Hector Babenco (1981)

Poison, un film de Todd Haynes (1991)

Poneys sauvages (les), un téléfilm de Robert Mazoyer (1982)

Pour un soldat perdu, un film de Roeland Kerbosch (1992)

Pourquoi pas ?, un film de Coline Serreau (1977)

Prêchi-prêcha, un film de Glenn Jordan (1987)

Preuve (la), un film de Jocelyn Moorhouse (1991)

Prick Up Your Ears, un film de Stephen Frears (1987)

Printemps de glace (un), un film de John Erman (1985)

Priscilla, folle du désert, un film de Stephan Elliott (1994)

 

Q - R

Quatrième homme (le), un film de Paul Verhoeven (1982)

Querelle, un film de Rainer Werner Fassbinder (1978)

Race d'Ep, un film de Lionel Soukaz et Guy Hocquenghem (1979)

Rebelle (le), un film de Gérard Blain (1980)

Robby, Kalle et Paul, un film de Dani Levy (1988)

Roi des roses (le), un film de Werner Schroeter (1984)

Route des Indes (la), un film de David Lean (1984)

 

S

Saisons du plaisir (les), un film de Jean-Pierre Mocky (1987)

Scènes de chasse en Bavière, un film de Peter Fleischmann (1969)

Sebastiane, un film de Derek Jarman (1976)

Sergent (le), un film de John Flynn (1968)

Servant (the), un film de Joseph Losey (1963)

Soleil assassiné (le), un film de Abdelkrim Bahloul (2004)

Son frère, un film de Patrice Chéreau (2002)

Spartacus, un film de Stanley Kubrick (1960)

Storia (la), un film de Luigi Comencini (1986)

Streamers, un film de Robert Altman (1983)

Surexposé, un film de James Toback (1983)

Swoon, un film de Tom Kalin (1992)

 

T

Taxi zum Klo, un film de Frank Ripploh (1980)

Temps qui reste (le), un film de François Ozon (2005)

Tenue de soirée, un film de Bertrand Blier (1986)

Tête dans le sac (la), un film de Gérard Lauzier (1984)

Tirésia, un film de Bertrand Bonello (2002)

To be or not to be, un film d'Alan Johnson (1983)

Together Alone, un film de P. J. Castellaneta (1991)

Tootsie, un film de Sydney Pollack (1983)

Torch Song Trilogy (Personne n'est parfait), un film de Paul Bogart (1989)

Tout contre Léo, un film de Christophe Honoré (2002)

Trash, un film de Paul Morrissey (1970)

Travestie (la), un film d’Yves Boisset (1987)

Triche (la), un film de Yannick Bellon (1984)

Tropical Malady, un film de Apichatpong Weerasethakul (2004)

Tu marcheras sur l'eau, un film de Eytan Fox (2004)

Twist and Shout, un film de Bille August's (1984)

 

U - V -W

Victor-Victoria, un film de Blake Edwards (1982)

Vie sur un fil (la), un film de Chen Kaige (1991)

Vincennes-Neuilly, un film de Pierre Dupouey (1991)

Voyage au bout de l'enfer, un film de Michael Cimino (1978)

Weisse Reise, un film de Werner Schroeter (1980)

Wilde Side, un film de Sébastien Lifshitz (2002)

 

X - Y -Z

Yentl, un film de Barbara Streisand (1983)

Young Soul Rebels, un film d'Isaac Julien (1991)

Zero Patience, un film de John Greyson (1993)

 


D’autres films, n’entretenant aucun rapport avec une thématique homosexuelle, sont chroniqués sur ce blog, ça et là, dans la rubrique « Films ». Je laisse à chaque lecteur le soin de les retrouver… comme, par exemple, l'inoubliable Ballade de Narayama de Shohei Imamura.

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Le grand maître par Marc Daniel (sur les Templiers)

Publié le par Jean-Yves Alt

Comme toutes les chroniques historiques que nous publions ici, celle-ci est strictement authentique, et tous les faits, de même que toutes les dates, qui y sont cités, sont prouvés par des documents de l'époque. J'ai même, à l'intention de mes amis les lecteurs d'Arcadie, compulsé, en personne, sans me fier aux éditions qui en ont été faites, le gros rouleau manuscrit de parchemin du XIVe siècle où se trouve relatée la plus grande partie du procès des Templiers, et qui porte la cote J 413 (l8) aux Archives Nationales : ainsi les esprits critiques peuvent-ils être rassurés quant à la véracité de la tragédie évoquée en ces pages.

Marc Daniel

En ce 24 octobre 1307 pesait sur Paris un ciel gris qui s'effrangeait en brume et se diluait en une petite pluie fine, faisant luire les ardoises des tourelles, transformant en bourbiers les rues non encore pavées, effeuillant les arbres des jardins de couvents par-dessus les murs... Les bons bourgeois – et les moins bons – se hâtaient vers les tièdes abris des boutiques ou des églises ; mais ceux du quartier du Temple prenaient cependant le temps de lever les yeux vers le haut donjon des Chevaliers (1), où brillait, inquiétante, insolite, une rouge lueur derrière les fenêtres du premier étage. Torches vacillantes, qui n'étaient pas sans évoquer, pour les plus superstitieux, quelque flamme diabolique, en raison des événements dont elles étaient les témoins : car, dans la tour aux murs épais, en cette sombre journée, frère Guillaume de Paris, de l'ordre de Saint Dominique, « inquisiteur de la perversité hérétique député dans le royaume de France par l'autorité apostolique », procédait à l'interrogatoire de frère Jacques de Molay, Grand-Maître des Chevaliers du Temple, accusé d'hérésie et de sodomie. Et les bourgeois, craignant Dieu – ou le Diable – conjuraient le mauvais esprit d'un signe de croix et passaient leur chemin, pour rentrer chez eux et discuter, bien au chaud, les péripéties du procès.

Fragment de l'interrogatoire de Frère Rainier de Larchant, Templier, le 29 octobre 1307, (Archives Nationales, J. 413 (18) n° 1). On lit ceci : « ... Et il avoua sous serment que, après avoir promis d'observer les statuts et secrets de l'Ordre, on le revêtit d'un manteau, puis que le chevalier qui le recevait l'embrassa, d'abord au bas de l'épine dorsale, puis au nombril, enfin sur la bouche ; et qu'ensuite ledit chevalier que le recevait lui fit renier une croix apportée à cet effet, ou plutôt Celui qui était figuré sur cette croix, c'est-à-dire Notre Seigneur Jésus-Christ, et qu'il le fit cracher trois fois sur ce crucifix. »

Dans la grande salle du donjon, frère Jacques de Molay, les mains enchaînées, assis sur un escabeau, écoutait, comme en une caverne aux multiples échos, la voix monotone du greffier :

— « Jacques de Molay, grand-maître des Templiers, confirmez-vous ce que vous venez d'avouer ?

— « Je le confirme. » A ses propres oreilles, la voix du grand-maître sonnait comme venant d'un autre monde. Il ne parvenait plus à s'intéresser aux débats.

— « Reconnaissez-vous que vous avez parlé librement, sans contrainte, sans menaces et sans torture ? »

— « Je le reconnais. » Sans contrainte... que signifie ce mot ? D'ailleurs...

— « Vous allez entendre lecture du procès-verbal de votre interrogatoire. Vous y apposerez ensuite votre signature et vous serez reconduit à votre cellule. Au nom du Christ, amen. Par devant nous, etc..., l'an du Seigneur 1307, le 24 octobre, etc... frère Jacques de Molay, etc..., après avoir juré sur les Saints Evangiles de dire la vérité pure, simple et entière, interrogé sur l'époque où il fut admis dans l'Ordre des Templiers, a répondit sous serment… »

Et la lecture du procès-verbal se continuait, telle une dérisoire liturgie. Mais le Grand Maître ne l'entendait pas ; interrogé sur l'époque où il fut admis dans l'Ordre des Templiers...

Il revoyait le temps de sa jeunesse, avide d'aventures et de grandes chevauchées, l'enthousiasme de son adolescence nourrie des récits merveilleux de la Croisade, le vieux curé qui lui avait conseillé de se consacrer à Dieu sous l'habit des Chevaliers ; il revivait ce matin de 1265 – quarante-deux ans déjà ! – où il était venu frapper à la porte de la Commanderie des Templiers de Beaune, et où le vieux frère Humbert de Payraud l'avait revêtu du manteau blanc par-dessus son armure, en lui donnant le baiser fraternel... Merveilleux havre de paix que le Temple, pour un jeune soldat tourmenté du désir de reconquérir la Terre Sainte sur les Sarrazins ! Les Templiers, en effet, étaient à la fois moines et guerriers, et leurs Commanderies tenaient autant de la caserne que du couvent. Une rigoureuse discipline leur permettait chaque jour à la fois d'accomplir leurs exercices militaires et de réciter leurs prières communes ; et une organisation exemplaire, qui pliait à un unique commandement des maisons disséminées à travers toute l'Europe et le Moyen-Orient, avait fait d'eux longtemps la force principale de la Palestine française face aux Musulmans. Les récits qui circulaient, de ville en ville, de château en château, racontaient les exploits légendaires de ces pieux chevaliers, qui faisaient vœu de chasteté et portaient, en guise d'armoiries, une grande croix rouge cousue sur leur cotte d'armes blanche. Le jeune Jacques de Molay avait décidé, lui aussi, de devenir soldat du Christ, et il se rappelait cette belle cérémonie de sa réception, à Beaune, en attendant de partir pour l'Orient par le premier vaisseau... « Beaux seigneurs frères », avait dit frère Humbert de Payraud à ses compagnons, « vous voyez bien que nous sommes d'avis de faire de celui-ci, Jacques de Molay, notre frère dans la Milice du Temple. S'il y en a parmi vous qui sache en lui quelque chose qui l'empêche d'être frère selon la Règle, qu'il le dise... » Puis on l'avait conduit dans la salle attenante, et on lui avait exposé les duretés de la Règle, et qu'il n'aurait plus jamais de liberté, qu'il ne s'appartiendrait plus, qu'il ne ferait plus qu'un avec les autres frères, qu'il lui faudrait renoncer aux femmes, fruit de perdition et d'amertume... Il avait juré, et, selon la mode d'Orient, tous s'étaient levés pour le baiser sur la bouche, même le frère chapelain ; et on lui avait enfin donné le manteau blanc, avant de le conduire à sa chambre.

Le greffier continuait sa lecture : « L'accusé a ensuite affirmé sous serment qu'après l'avoir revêtu du blanc manteau de l'Ordre, on lui avait apporté un crucifix en lui ordonnant de cracher dessus et de le renier, et qu'il l'avait fait, mais en crachant par terre, de la bouche et non du cœur... .

Le sommeil faisait vaciller le vieillard. Depuis deux jours et deux nuits on le tourmentait de questions, en le nourrissant à peine, en lui insinuant que, s'il avouait, il sauverait ses frères, que son obstination n'apporterait à l'Ordre que ruine et destruction. Il languissait du désir de revoir l'Orient, de remonter à cheval, de reprendre les chevauchées de sa jeunesse. Les murs du donjon de Paris suintaient d'humidité, et, pire que tout, la voix bien connue de sa propre faiblesse lui susurrait sans trêve aux oreilles des mots de défaite et d'abandon. S'il se refusait indéfiniment à avouer – avouer quoi ? quel crime imaginaire ? – pour satisfaire l'Inquisiteur et le ministre du roi, il savait qu'on finirait par le mettre à la torture. Et il savait qu'il n'était pas taillé pour le martyre. Deux jours et deux nuits, on lui avait suggéré les réponses de la trahison : « Lorsque vous fûtes reçu dans l'Ordre, ne vous fit-on pas cracher sur un crucifix ? ne vous fit-on pas renier le Christ ? ne vous obligea-t-on pas à commettre l'acte charnel avec d'autres frères ? ne vous fit-on pas donner, ou recevoir, des baisers obscènes et contre-nature ? ne vous fit-on pas adorer une idole en forme de tête barbue ?... » Ainsi s'était précisé à ses yeux le plan des ennemis du Temple : convaincre l'Ordre d'hérésie, d'idolâtrie et de sodomie, pour le condamner, confisquer ses biens et le supprimer...

Et voici qu'après deux jours et deux nuits d'angoisses et de luttes, il avait cédé, vieillard exténué, et qu'il allait signer le procès-verbal ignominieux qui reniait tout ce que le Temple avait réalisé de beau et de grand.

« Interrogé sur le point de savoir s'il avait parlé sans contrainte ou menaces, l'accusé affirme sous serment que non, mais qu'au contraire il a dit toute la vérité pour le salut de son âme. En foi de quoi, etc... » La plume aux doigts, le Grand-Maître, à demi-conscient, apposait son nom au bas du document infâme. Dès le lendemain, dans Paris et dans toute l'Europe, l'annonce des aveux du plus haut dignitaire du Temple allait sceller le sort de l'Ordre.

Force nous est maintenant de revenir quelque peu en arrière pour comprendre les raisons de cette parodie de justice, et les dessous de cette grande entreprise de calomnies dirigée contre les Templiers.

La vérité est qu'ils étaient trop riches. Pour entretenir leurs énormes forteresses-couvents de Palestine (dont certaines abritaient plus de mille moines-soldats), ils s'étaient fait donner d'innombrables domaines en Europe : maisons, châteaux, terres, bois, redevances de toutes sortes, dont les revenus alimentaient leurs caisses de Terre Sainte, et qui faisaient d'eux une des plus grandes puissances financières de leur temps. Les rois même leur empruntaient de l'argent, et se servaient d'eux comme banquiers. Et, précisément, en ce début du XIVe siècle, le roi de France, Philippe le Bel, était leur débiteur pour de grosses sommes qu'il ne parvenait pas à leur rendre ; déjà il se livrait à toutes sortes d'opérations financières pas très claires – telles que la dévaluation arbitraire des monnaies – ; et voici qu'une voix s'élevait près de lui, pour lui suggérer une solution inouïe : pourquoi ne pas faire supprimer les Templiers par le Pape ? et, ainsi, au lieu d'avoir à leur rendre de l'argent, s'approprier leur immense fortune sur le territoire français ?

Cette voix, c'était celle du plus diabolique des ministres du roi – une des plus vilaines figures de notre histoire, à tout prendre – : Guillaume de Nogaret. Cependant l'opération projetée contre l'Ordre du Temple n'allait pas sans difficultés. Il s'agissait, non seulement d'obtenir l'accord – la complicité – du pape Clément V – personnage sans énergie, sans prestige et sans moralité – mais surtout d'éviter que l'opinion publique s'indignât de voir disparaître une institution consacrée au service de Dieu et à la reconquête de la Terre Sainte. Or, Guillaume de Nogaret avait l'expérience de ce genre d'affaires. « Calomniez, calomniez, il en restera toujours quelque chose », telle aurait pu être la devise de ce sinistre personnage.

Il savait qu'aux yeux du « Français moyen » du XIIIe ou du XIVe siècle, le crime impardonnable, celui qui soulevait l'indignation populaire et la colère des foules, c'était celui qui bouleversait les lois de la création, et qui, par conséquent, outrageait personnellement Dieu – source de châtiments terribles pour toute l'humanité. Que survînt une guerre, une épidémie, un cataclysme, une famine, le cri unanime était : « Mort aux hérétiques ! Mort aux sodomites ! » Car l'hérésie, dans l'opinion publique d'alors, c'est la négation des lois divines dans le domaine de l'esprit, et la sodomie, c'est la négation des lois divines dans le domaine de la chair. L'une et l'autre, du reste, étaient passibles de la même peine, après récidive : le bûcher.

Guillaume de Nogaret savait tout cela d'expérience personnelle. Il était né de parents hérétiques, et, même parvenu au sommet de la carrière politique à force d'intrigues et de laides besognes, il s'entendait encore traiter, à mi-voix de « patarin ». Du coup, en affichant un grand zèle pour la poursuite des hérétiques, il faisait coup double : il abattait aisément ses ennemis, et il se faisait à bon compte une réputation de catholique irréprochable.

La méthode, précisément, venait de donner des résultats excellents dans l'affaire du pape Boniface VIII : Nogaret l'avait accusé de sorcellerie, de croyances damnables et de mœurs contre nature ; et le pape avait fini quasi-détrôné, réduit à la misère, ayant subi, dit-on, le suprême affront d'un soufflet reçu en public de la main même du ministre français.

Aussi, lorsqu'il s'était agi de s'attaquer aux Templiers, Nogaret avait-il proposé les mêmes méthodes. Et le roi, au beau visage impassible et, disaient les uns, stupide (ou seulement dissimulé, disaient les autres), avait approuvé. On avait mis au point une sorte de scénario. Des plis cachetés, ultrasecrets, avaient été expédiés dans toute la France, et, le 13 octobre 1307, tous les Templiers résidant dans le royaume furent, à la même heure, arrêtés et emprisonnés.

A tous, on posait les mêmes questions : n'avaient-ils pas adoré une idole, renié le vrai Dieu, craché sur un crucifix, lors de leur entrée dans l'Ordre ? le frère qui les avait reçus ne les avait-il pas baisés successivement « au bas de l'épine dorsale sur le nombril et sur la bouche, après les avoir fait mettre nus ne les avait-on pas obligés à s'unir charnellement et à commettre l'acte contre nature avec leurs compagnons ? ne leur avait-on pas enseigné que la sodomie entre Templiers est plus agréable à Dieu que l'acte de chair commis avec une femme ?

Pour obtenir ces aveux, on les avait isolés, privés de sommeil, torturés même, en leur promettant la liberté s'ils « disaient la vérité ». Et voici que le Grand-Maître, le chef de tout l'Ordre (qui, par malchance, se trouvait en France le jour de l'opération de police montée par Nogaret, et qui avait ainsi été arrêté avec les autres chevaliers), voici que Jacques de Molay venait, à son tour, d'avouer ! Le ministre du roi de France dut, ce soir-là, se frotter les mains avec satisfaction : l'affaire était en bonne voie.

Cependant, ramené à sa cellule, le vieillard pleurait. Pour la première fois depuis son arrestation, on l'avait laissé seul. Avec le silence la conscience lui revenait, et il mesurait l'atrocité de sa chute. Même si l'Ordre devait survivre, jamais plus ses frères ne lui reconnaîtraient le droit de porter le manteau blanc ; son nom serait honni pour l'éternité. Il ne pouvait croire que d'autres eussent aussi lâchement cédé aux tentations de l'abandon et de la trahison...

Mais il cherchait aussi ce qui, dans la vie des Templiers, avait pu donner naissance à de telles calomnies, ce qui avait pu servir de base à des accusations si monstrueuses. Et, peu à peu, il revoyait les Chevaliers au temps de leur puissance – trop souvent arrogants, et qui ne faisaient rien pour flatter les préjugés populaires. Quelle imprudence ç'avait été d'afficher, en toutes circonstances, cette étroite fraternité qui liait les Templiers les uns aux autres, alors qu'en Palestine de telles amitiés n'étaient si souvent qu'un paravent pour des liaisons homosexuelles ! Quelle folie, d'avoir adopté la coutume orientale du baiser sur la bouche, que les ennemis de l'Ordre pouvaient si aisément mal interpréter ! Quelle inconscience, d'avoir figuré sur le sceau du Temple deux Chevaliers sur le même cheval, symbole, certes, pour les initiés, de la fraternité d'armes, mais si facile à considérer comme un étalage de sodomie ! Quelle faiblesse, d'avoir admis dans les Commanderies des esclaves turcs ou arabes, sur lesquels la médisance devait si naturellement s'exercer !

Et pourtant... Le Grand Maître se remémorait le chapitre de la Règle des Templiers où il était stipulé que les Chevaliers coupables d'avoir commis l'acte contre-nature seraient à tout jamais exclus de l'Ordre, dépouillés de leur manteau et transférés en quelque abbaye d'une congrégation sévère telle que Cisterciens ou Chartreux...

Mais, de toute façon, le pis était que le Temple avait perdu sa popularité en raison même de l'excès de ses richesses, et, de la, vaste opération policière de Philippe le Bel et de Nogaret, les bonnes gens se montraient surpris, impressionnés, mais nullement indignés.

La résistance vint – qui l'eût cru ? – de ce piètre pape Clément V que le roi et son ministre avaient cru pouvoir manœuvrer à leur guise. Après avoir longtemps hésité, il se décida à exiger la remise des prisonniers à deux cardinaux, chargés de réexaminer les dépositions.

Le Grand Maître, toujours dans sa cellule de Paris, vit là l'occasion de réparer, dans une certaine mesure, l'ignominie de ses aveux du 24 octobre : il savait, le malheureux, qu'à la suite du déplorable exemple qu'il avait donné, presque tous les dignitaires de l'Ordre et un grand nombre de frères avaient eux aussi, cédé à la pression et signé leur confession. C'est pourquoi, devant les cardinaux venus l'interroger en sa prison, il rétracta toute sa déposition précédente, affirma que le Temple était innocent de tous les crimes dont on l'accusait, et obtint même des deux prélats l'autorisation de faire passer à plusieurs de ses compagnons de captivité des billets les invitant à rétracter, eux aussi, leurs aveux.

Avec ce redressement moral du Grand Maître et de quelques-uns des dignitaires, commençait la deuxième phase du procès. Dès lors, au sein des conflits entre juridictions royales et papales, se déroulent, pendant plusieurs années, interrogatoires, contre-interrogatoires, avec ou sans tortures, jeux de procédure et artifices de juristes.

Il semble bien qu'avec le temps, les privations, les angoisses, les remords, la tête du malheureux Grand Maître ait fini par se perdre quelque peu. Sa déposition devant les commissaires pontificaux, le 26 novembre 1309, est presque incompréhensible ; c'est tout juste s'il ne provoqua pas en duel les envoyés du Pape, selon la coutume des Sarrazins, et, pour finir, il se reconnut « illettré et pauvre » et s'en remit à la clémence du Souverain Pontife... Pendant ce temps, certains Templiers avouaient tout ce qu'on voulait, d'autres niaient, ou avouaient puis se rétractaient, ou niaient puis avouaient ; quelques-uns qui montraient trop d'éloquence véhémente dans leurs protestations d'innocence, étaient torturés, ou même brûlés vifs. Pour le peuple, il devenait certain que les Templiers étaient tous des hérétiques, des sodomites, des traîtres qui avaient pactisé avec les Musulmans, des renégats et des apostats.

Enfin, le 3 avril 1312, l'Ordre fut déclaré dissous, ses biens confisqués et confiés aux Chevaliers de l'Hôpital. (Nogaret ne put obtenir leur attribution au roi.)

Mais le Pape s'était réservé de juger en dernier ressort les principaux dignitaires emprisonnés à Paris. Il fit attendre encore deux ans sa sentence : le 19 mars 1314, le Grand Maître, avec ses compagnons, fut condamné à la prison perpétuelle.

Alors, dans cette âme affaiblie de vieillard, se réveilla une dernière fois le courage des Chevaliers et l'enthousiasme de jadis. Il se dressa, et, devant trois cardinaux et l'archevêque de Sens, sur le parvis de Notre-Dame, d'une voix cassée, il jura que « les hérésies et les péchés dont on accusait l'Ordre n'étaient pas vrais, que la Règle du Temple était sainte, juste et Catholique, et que lui, indigne, pour les aveux qu'il avait faits par peur des tortures et pour plaire au roi de France et au Pape, il avait bien mérité la mort, qu'il s'offrait à souffrir avec résignation. »

Le jour même, le bûcher se dressa dans une petite île de la Seine, à la pointe de la Cité. Dans la lumière rose et or du soir de printemps, une barque amena le vieillard et son compagnon

Geoffroy de Charnay, qui avait, lui aussi, proclamé l'innocence de l'Ordre. Les bourreaux attendaient déjà, avec leurs seaux de résine et d'étoupe, et leurs torches. Le Grand Maître et son compagnon se dévêtirent jusqu'à la chemise, et montèrent sans aide, au haut du bûcher, où on les attacha. La flamme jaillit, crépitante, et l'atroce odeur de chair grillée commença à se répandre dans le crépuscule. Sur la rive, la foule angoissée priait.

Un long gémissement montait des deux corps suppliciés. Plus tard, la légende affirma qu'au moment de mourir, le Grand Maître avait assigné à comparaître devant Dieu, dans le délai de six mois, le roi et le pape.

Six mois plus tard, tous deux avaient répondu à la convocation.

(1) Le Temple de Paris (nom du couvent des Templiers ou « Chevaliers du Temple »), se trouvait à l'emplacement actuel du square du Temple. C'est là que furent enfermés Louis XVI et sa famille en 1792.

Arcadie n°25, Marc Daniel (pseudo de Michel Duchein), janvier 1956

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Pontus de Tyard, un prélat humaniste de la Renaissance par Jacques Fréville

Publié le par Jean-Yves Alt

Mes chers cousins (et vous aussi, mes chères cousines, « car c'est à vous que ce discours s'adresse », comme disait Chrysale).
 
Écoutez-vous, de temps à autre, la Radiodiffusion Française ? Pour ma part, je ne vous le cèlerai pas plus avant, j'en fais mes choux gras quotidiens. Et, plus singulièrement, il est sur toutes autres une émission de ce foyer culturel qui fait ma dilection première : celle qu'à treize heures, le dimanche comme en semaine, dispense le poste dit « Paris-Inter », ou mieux : « France I », et qui s'intitule « mille nouveaux francs par jour ». Cela consiste en un petit jeu par lequel des inconnus – auteurs de questions amoureusement mijotées – télé-torturent d'autres inconnus qui, sous cette action maligne, réagissent en secrétant des réponses alambiquées.
 
L'audition de ces échanges quotidiens culturels, qui tiennent à la fois du sadisme intellectuel (chez les questionneurs) et du masochisme, cérébral (chez les « candidats » bénévoles) vaut généralement son besant d'or (ou pesant du même, puisque l'un ou l'autre, etc.).
 
Mais là n'est pas le seul intérêt de cette exhibition de gymnastique mentale et verbale : elle apprend à tous quelque chose, toujours. A ceux qui connaissent déjà la réponse, elle peut apprendre – et c'est réconfortant – que d'autres l'ignorent. Et puis, çà et là, de pittoresques fantaisies se glissent dans l'engrenage du jeu, qui donnent aux réponses l'allure de canulars « héneaurmes » et « bien de chez nous ».
 
Par exemple, récemment, l'organisateur de ces hautes festivités intellectuelles demandait à un « candidat » de lui nommer deux – je dis bien : deux – des sept poètes de la Pléiade. Il fallut au pauvre torturé le secours de deux valeureux « renforts » pour nommer, au vif soulagement d'un public qui, de confiance, commença immédiatement d'applaudir : Apollinaire et... Victor Hugo (ou je ne sais qui d'approchant...).
 
Cessons de brocarder, et reconnaissons que le nom de Ronsard, celui de du Bellay ne sauraient fleurir sur toutes les lèvres : où serait alors le plaisir de ceux qui, au détour de telle ou telle période de leur vie, découvrent soudain un frère dans le chantre des « Amours », ou un consolateur chez l'auteur des « Regrets » ?
 
Mais qu'il soit tout de même permis de rêver, une seconde, aux flots de cocasseries qu'eussent charriés les ondes radiophoniques, si, au lieu de deux noms, l'auteur de la question en eût demandé sept !...
 
C'est de l'un des cinq autres, que, précisément, je veux vous parler ce soir, chers cousins, d'un poète qui, avouons-le, n'est guère plus qu'un nom, assez curieux d'ailleurs, dont la pompe sent un peu la poussière, somnolent, en note et en bas de page de manuels d'histoire littéraire eux-mêmes bien oubliés dans nos arrière-mémoires : Pontus de Tyard.
 
Mon maître, le Larousse en deux volumes, lui consacre cinq lignes et trois dates. C'est peu. Il est vrai que cette vie fut simple, et que nulle anecdote capable de l'enrichir d'une piquante parenthèse ne l'orna.
 
Et j'avoue que je préfère ça. Cette vie sans heurt, de « prélat épicurien » (magister dixit), je la préfère à une existence turbulente dont les remous expliqueraient trop aisément une tolérance doctrinale. Ici, rien de tel. C'est par les voies de l'esprit que Pontus de Tyard est arrivé à un humanisme souriant, ouvert, compréhensif, par les seules voies de l'esprit.
 
Né en 1521 au château de Bissy, dans le Mâconnais, voué dès son enfance, par ses parents (et semble-t-il, à son malgré), à la carrière ecclésiastique, il en suivit le cours tout uniment, sans intrigues comme sans emphase, et, s'il n'accéda pas à la pourpre, il fut tour à tour chanoine de la cathédrale de Mâcon, protonotaire apostolique, aumônier de Henri III, puis évêque de Chalon-sur-Saône. De 1553, date de son élévation au protonotariat, jusqu'à 1570, il vécut dans son château de Bissy, en grand seigneur lettré, ne connaissant, ainsi que l'écrit M. Albert-Marie Schmidt dans sa notice des « Poètes du XVIe siècle » aux éditions Gallimard (collection de la Pléiade, p. 368), « dans son opulente retraite que les silencieuses orgies de la méditation ».
 
En 1573, il édite l'ensemble de ses Œuvres Poétiques. Le 16 juin 1578, il accède au trône épiscopal de Chalon-sur-Saône.
 
Et M. Schmidt, dans le texte que je citais à l'instant, résume ainsi son pontificat : « Ce prudent, à la vie précautionneuse, devient un très sage évêque qui, abhorrant le relâchement des mœurs du clergé, prend à cœur de bien administrer son diocèse et de veiller au salut de ses ouailles. »
 
Malgré quoi, les passions du temps vinrent l'attaquer. Cet humaniste délicat, ce prélat gentilhomme de la meilleure tradition fut chassé de son évêché par les ligueurs, et vit piller son château de Bissy. Accablé par la sottise et la hargne, il quitte alors les honneurs. Le 29 juillet 1589, il résigne son évêché en faveur de son neveu, Cyrus de Thiard (ou Tyard) ; il se retire dans ses terres de Bragny-sur-Saône. C'est là qu'il mourra, âgé de quatre-vingt-quatre ans, le 23 septembre 1605.
 
J'avoue que cette vie, droite et nette, cette vie consacrée à faire le bien, à aimer le beau et à tenter de le faire aimer, cette vie d'humaniste, de poète, de prélat et de gentilhomme amis des Lettres, des Arts, toute vouée à l'étude, à la méditation, au culte de la sagesse, j'avoue que cette vie me séduit beaucoup. Et il me plait que ce soit d'un tel homme que nous vienne la leçon de sagesse qui fait mon propos de ce soir.
 
C'est surtout par ses « Erreurs Amoureuses » que reste connu Pontus de Tyard. Mais il a également publié, dans son « Recueil des nouvelles œuvres poétiques », moins connu, une Elégie (la deuxième qui s'intitule « Elégie pour une dame énamourée d'une autre dame »), et dont je vais vous donner les passages les plus importants :
 
(Pléiade, op. cit., p. 403 sq.) C'est l'une des deux dames qui parle, et elle commence de la sorte :
 
« J'avais tousjours pensé que d'Amour et d'honneur,
 
Les deux seulles ardeurs qui me bruslent le cœur,
 
Se pouvait allumer une si belle flame
 
Que plus belle clarté ne luisait dedans l'Ame
 
Mais je ne me pouvais en l'Esprit imprimer
 
Comme ensemble on devait ces deux feux allumer...
 
(...)
 
Hélas, beauté d'Amour, te choisiray-je aux hommes !
 
Ha, non : je cognais trop le siècle auquel nous sommes.
 
L'homme aime la beauté et de l'honneur se rit,
 
Plus la beauté luy plait, plus tost l'honneur périt,
 
Ainsi du seul honneur chèrement curieuse,
 
Libre je desdaignois toute flame amoureuse,
 
Quand de ma liberté Amour trop offensé
 
Un aguet me tendit subtilement pensé.
 
Il t'enrichit l'Esprit : il te sucre la bouche
 
Et le parler disert : En tes yeux il se couche,
 
En tes cheveux il lace an noeud non jamais vue,
 
Dont il m'estreint à toy : il fait ardoir un feu
 
Hélas ! qui me croira ! – de si nouvelle flame
 
Que femme, il m'en amoure, hélas, d'une autre femme. »
 
Après ces deux magnifiques vers, dont le beau cri est de tous les temps, dont le feu reste aussi ardent qu'au siècle où le poussa la femme à qui notre prélat-poète prêta sa voix, l'élégie se poursuit, avec des intonations blessées, plaintives, comme déjà parfois raciniennes :
 
« Jamais plus mollement Amour n'avait glissé
 
Dedans un autre cœur : car l'honneur non blessé
 
Retenait sa beauté nullement entamée,
 
Et l'Amant jouissait de la beauté aimée
 
En un même sujet, ô quel contentement !
 
Si – légère – il t'eust plu n'aimer légèrement:
 
Mais le cruel Amour m'ayant au vif blessée
 
S'est tout poussé dans moy, et vuide il t'a laissée
 
>Autant vuide d'Amour, vuide d'affection,
 
Comme il remplit mon cœur de triste passion,
 
">Et de juste dépit, qu'il faut que je te prie,
 
Ingrate, et que de moy ta liberté se rie.
 
Où est ta foy promise et tes sermens prestez ?
 
Où sont de tes discours les beaux mots inventez ? »
 
(...)
 
Et le ton monte, se fait plus ample, plus prenant, comme enveloppant ; il atteint à une véritable perfection :
 
« Hélas! que j'ay en vain espanché mes discours !
 
Que j'ay fuy en vain tous les autres Amours !
 
Qu'en vain seule je t'ay – dédaigneuse – choisie
 
Pour l'unique plaisir de ma plus douce vie !
 
Qu'en vain j'avais pensé que le temps à venir
 
Nous devrait pour miracle en longs siècles tenir
 
Et que d'un seul exemple, en la française histoire,
 
>Nostre amour servirait d'éternelle mémoire,
 
Pour prouver que l'Amour de femme à femme épris
 
Sur les mâles Amours emporterait le prix. »
 
Après cette strophe digne des chefs de la Pléiade, dont l'ardeur est sœur de celle d'un Ronsard, dont la mélancolie est sœur de celle d'un Bellay, Pontus de Tyard énumère les amours célèbres des annales de l'homophilie, pour souligner la rareté des liaisons saphiques :
 
« Un Daman à Pythie, un Enée à Achate,
 
Un Hercule à Nestor, Cherephon à Socrate,
 
Un Hoppie à Rimante ont seurement montré
 
Que l'Amour d'homme à homme entier s'est rencontré ;
 
De l'Amour d'homme à femme est la preuve si ample
 
Qu'il ne m'est jà besoin d'en alléguer l'exemple.
 
Mais d'une femme à femme, il ne se trouve encor
 
Souz l'Empire d'Amour un si riche thrésor,
 
Et ne se peut trouver, ô trop et trop légère,
 
Puis qu'à ma foi la tienne est faite mensongère... »
 
Fièvre, colère, succèdent alors aux langoureux préludes, aux raisonnements accumulés pour séduire la rétive, pour convaincre l'obstinée, pour adoucir la cruelle ; et voici la péroraison de cette élégie :
 
« Hélas, que le despit loing de moy me transporte !
 
Ouvre à l'Amour, ingrate ! Ouvre à l'Amour la porte
 
Souffre que le doux traict, qui nos tueurs a percé,
 
R'entame de nouveau le tien trop peu blessé,
 
Recherche en tes discours l'affection passée
 
Resserre les doux nœuds dont était enlacée
 
L'affection commune et à toy et à moy,
 
Et rejoignons ces mains qui jurèrent la foy
 
La foy dans mon esprit tellement asseurée,
 
Qu'elle ne sera point par la mort parjurée.
 
«Mais si nouvel Amour t'embrase une autre ardeur,
 
Je supply Contr'Amour, Contr'Amour, dieu vengeur !
 
Qu'avant que la douleur dedans mon cœur enclose
 
Me puisse transformer, et me faire autre chose
 
Que ce qu'ores je suis, soit que ma triste voix
 
Reste seule de moy errante par ce bois,
 
Ou soit qu'en peu de temps ma larmoyante peine
 
Me distille en mi fleuve, ou m'escoule en fonteine,
 
Et pendant que je dy et aux Cerfs et aux Daims,
 
Seule en ce bois touffu, ingrate, tes dédains,
 
Tu puisses, d'un suject indigne consumée,
 
Aimer languissamment, et n'estre point aimée ! »
 
Il n'y a rien, mes cousins, il n'y a rien, mes cousines, à dire après cela, qu'à se taire et à écouter l'écho de ces beaux accents mourir longuement, ce soir, au fond de nos cœurs, ou renaître, demain, pour calmer nos chagrins.
 
Et là-dessus, laissez-moi vous dire le bonsoir, car mon chat Auguste et ma chatte Tibère, qui sentent par trop l'arrivée du printemps, exigent que je les mette dehors. Le clair de lune les appelle.
 
Dieu vous garde longtemps bonne mine.
 
Votre cousin de Béotie,
 
Jacques Fréville
 
Arcadie n°90, Jacques Fréville, juin 1961
 
 
 

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Jean-Paul Sartre a-t-il imité Paul Bourget ?

Publié le par Jean-Yves Alt

L'ouvrage intitulé « Le Roman français depuis la guerre », que Maurice Nadeau vient de faire paraître en livre de poche, dans la collection « Idées », déconcerte par des absences et des présences également injustifiables. Par quel cheminement de pensée ce représentant de l'intelligentzia a-t-il pu en arriver à passer sous silence l'auteur des « Amitiés Particulières » et à consacrer une demi-page à celui de... « Caroline Chérie » ? Il est vrai que c'est pour nous apprendre que Cecil Saint-Laurent, sous le nom de Jacques Laurent, a rompu des lances contre Sartre, en le rapprochant de Paul Bourget, autre romancier à thèse.

Au lieu de se couvrir de ridicule en publiant un essai intitulé « Des raisons par lesquelles un intellectuel, s'il lit Kant, abuse d'une vierge et la tue », Paul Bourget publie « Le Disciple ». Il gagne l'adhésion du lecteur en lui faisant voir un garçon sympathique et studieux. Ce brave garçon lit Kant. Sa lecture terminée, il séduit lâchement et empoisonne la fille du château dont il est précepteur. Et voilà le lecteur convaincu. (Malebranche aurait vu là un bel exemple de l'effet contagieux des imaginations fortes).

La leçon de Bourget n'a pas été perdue, pense Jacques Laurent. Un demi-siècle plus tard, Jean-Paul Sartre s'est gardé de publier un traité ayant pour titre « De l'homosexualité considérée comme la phase préparatoire au fascisme ».

« C'est Lucien dans « L'Enfance d'un Chef », et Daniel dans « Les Chemins de la Liberté », qui se chargeront d'imposer le tandem illégitime (de l'inversion et du fascisme) aussi dociles à Sartre que Robert Greslou à Bourget » cité par Maurice Nadeau. La formule est amusante, surtout quand on la rapproche de la tentative de ce psychanalyste américain, cité par Francis Jeanson dans Sartre par lui-même (Seuil), qui identifie précisément Sartre avec Lucien et pousse la candeur à expliquer l'œuvre de Sartre par le grand trauma conté dans une scène (transposée naturellement!) où Lucien (environ 3 ans) passe une nuit dans la chambre de ses parents. Jacques Laurent touche au moins à un point délicat de la philosophie de Sartre : quelle est sa position sur le problème de l'homosexualité ?

Les Arcadiens sont des « jansénistes » : on l'a dit, et c'est vrai. Mieux que personne, ils savent que l'homosexualité n'est ni un caprice, ni une perversion, ni le résultat d'une finalité consciente bien qu'implicite. Ils savent que les biologistes, les psychiatres, les psychologues ont raison de voir en elle un tropisme, une loi biologique mystérieuse, mais singulièrement plus forte que les volontés individuelles et les lois de la société. Comment ne seraient-ils pas sceptiques en lisant les termes par lesquels Sartre, balayant le déterminisme, conclut son essai sur Baudelaire : « Le choix libre que l'homme fait de soi-même s'identifie absolument avec ce qu'on appelle sa destinée ». En ce qui concerne le penchant homophile, il n'y a pas de choix libre. Dès ce monde les jeux sont faits.

Les brillantes démonstrations n'ont jamais porté sur le fait homophile. Dans Saint-Genet, Sartre montre que Jean Genet, pupille de l'Assistance publique, a choisi délibérément d'incarner le vol et le mal parce qu'on l'avait traité de voleur pour un menu larcin qu'il commettait comme un somnambule, sans le savoir, aux environs de sa dixième année :

« Chassé du paradis perdu, exilé de l'enfance, de l'immédiat, condamné à se voir, pourvu soudain d'un « moi » monstrueux et coupable, isolé, séparé, bref changé en vermine... la honte du petit Genet lui découvre l'éternité : il est voleur de naissance, il le demeurera jusqu'à sa mort, le temps n'est qu'un songe : sa nature mauvaise s'y réfracte en mille éclats, en mille petits larcins mais elle n'appartient pas à l'ordre temporel ; Genet est un voleur : voilà sa vérité, son essence éternelle ».

Bien entendu, ce n'est là qu'une illusion : Jean Genet n'est pas un voleur : c'est un petit garçon qui, pour remédier à sa solitude et à son angoisse, pour se donner l'illusion de détenir ce monde où il se sentait de trop, a volé sans le savoir c'est-à-dire qu'il s'est trouvé dans une situation telle qu'il a agi comme il l'a fait. Mais, ayant choisi le Mal, il s'en est fait le chantre inspiré dont le chant « paradoxalement s'élève en une flamme haute et pure » (Nadeau). Si Genet tient volontairement l'homosexualité pour un vice, c'est qu'il cherche la sainteté du mal. « Pour cet homosexuel, le mal c'est la virilité, remarque Maurice Nadeau. C'est après elle qu'il court, tragiquement, sans jamais pouvoir la rejoindre, sans jamais pouvoir la connaître autrement que par le sexe ».

Sartre semble bien rendre ici l'homosexuel responsable de sa destinée. « L'inversion », dit une formule bien contestable de Saint-Genet, « n'est pas l'effet d'un choix prénatal, ni d'une malformation endocrinienne, ni même le résultat passif et déterminé de complexes : c'est une issue qu'un enfant découvre au moment d'étouffer ». Mais le philosophe n'accepte pas ce qu'il appelle « la morale des flics et des procureurs ».

La formule de Sartre appelle des réserves. Sans doute, comme l'écrivait P.-V. Berthier dans Liberté, le journal de Louis Lecoin, du 1er janvier 1964, « les lois humaines qui sont de nos jours en vigueur dans le domaine de la sexualité ont été forgées par des juristes et votées par des députés qui ne savaient de la question que ce qu'on en savait alors, c'est-à-dire à peu près rien, en des temps où les lois biologiques étaient totalement ignorées ». Mais aujourd'hui, à partir d'un certain échelon tout au moins, les représentants des pouvoirs publics ne s'accrochent plus à une morale rigide, archaïque et bornée. Comme Voltaire, il a toujours fait entendre sa grande voix généreuse toutes les fois que venait à sa connaissance un crime, une torture, une injustice. A l'opposé de Cecil Saint-Laurent, il est tout proche d'E. Armand, « L'En-Dehors », et des libertaires qui mettent l'accent sur le rôle que les transgressions jouent dans l'évolution. Il a loué Rimbaud d'avoir tenté de devenir son propre auteur. Lorsque Rimbaud « définit sa tentative par son fameux Je est un autre, il n'hésite pas à opérer une transformation radicale de sa pensée, il entreprend le dérèglement systématique de tous ses sens, il brise cette prétendue nature qu'il tient de sa naissance bourgeoise et qui n'est qu'une coutume » (Baudelaire). C'est une des formules employées par A. Gide dans Corydon ! Si Lucien devient fasciste ce n'est pas parce qu'il est homosexuel : c'est en entrant dans le monde du sérieux, où l'homme se fait tel qu'il soit attendu par des tâches placées sur sa route ; il devient chef comme son père ; il est justifié (comme les salauds de « La Nausée ») par les valeurs de son milieu, de sa classe sociale, il est justifié dans ses convictions les plus imbéciles (il est raciste) et jusque dans son lit (il renie l'âge de la bohème, de la gratuité, de l'émancipation sexuelle).

C'est à Sartre et à Cocteau que Jean Genet doit sa liberté. L'important essai sur Baudelaire est dédié à cet écrivain en marge, dont le « lot aura, de fait, été jusqu'à présent», note Michel Leiris, « de se targuer d'être un coupable en même temps qu'un poète et que la société a, effectivement, tenu derrière des murs nombre d'années durant ».

Loin de chercher à imposer un prétendu tandem de l'inversion et du fascisme, Sartre tient André Gide en haute estime. En présentant « Les Temps Modernes », il oppose l'attitude de Gide mesurant sa responsabilité d'écrivain lorsqu'il dénonçait l'administration du Congo à celle de Flaubert et de Goncourt qu'il tient « pour responsables de la répression qui suivit la Commune parce qu'ils n'ont pas écrit une ligne pour l'empêcher ». Dans son Baudelaire, il oppose l'attitude de Gide à celle de l'auteur des Fleurs du Mal acceptant la fausse vertu « révélée par les prophètes, inculquée de force par le fouet des prêtres et des ministres ».

« Dans le conflit originel qui opposait son anomalie sexuelle à la morale commune, il (Gide) a pris le parti de celle-là contre celle-ci, il a rongé peu à peu, comme un acide, les principes rigoureux qui l'entravaient ; à travers mille rechutes il a marché vers SA morale, il a fait de son mieux pour inventer une nouvelle table de la loi. Pourtant l'empreinte chrétienne était aussi forte chez lui que chez Baudelaire : mais il voulait se délivrer du Bien des autres ; il refusait de se laisser traiter au départ comme une brebis galeuse. A partir d'une situation analogue, il a choisi : autrement dit, il a voulu avoir une bonne conscience ; il a compris qu'il se libérerait seulement par l'invention radicale et gratuite du Bien et du Mal ».

Sans doute, Sartre reste convaincu que, comme dit Francis Jeanson, « le véritable sujet, le sujet agissant, celui qui n'est pas condamné à voir tous ses actes se changer en gestes, c'est celui qui parvient à se dépouiller de son moi, à dépasser en lui tout « caractère », tout souci d'être quoi que ce soit, toute tentation de se laisser « prendre » en une quelconque « nature ». Cependant, il ne dit pas que Gide a choisi son anomalie sexuelle (Et bien entendu il ne dit pas non plus – ce qui serait absurde – que cette anomalie sexuelle l'incline vers le fascisme !). Il présente celle-ci comme un élément de la situation particulière sur laquelle s'engrène la liberté de l'auteur de Corydon. Plus courageux que Flaubert et Goncourt, plus lucide que Baudelaire, celui-ci a surmonté dans une synthèse les deux aspects de sa réalité : sa contingence et sa liberté ; sa facticité (son être de fait, son être-là) et sa transcendance (son pouvoir de se faire). Au lieu de vivre son homophilie dans la mauvaise foi et dans la honte, il l'a vécue dans l'authenticité. Gide est un héros de l'existentialisme parce qu'il a compris que l'homme est l'unique fondement de toutes les valeurs, injustifié, injustifiable.

Selon qu'il parle d'homosexuels imaginaires ou d'homosexuels réels, le ton de Sartre est différent : Lucien, Daniel, Inès (de « Huis-Clos ») sont des personnages déplaisants ; l'autodidacte de « La Nausée » est, comme Bouvard, ridicule et un peu touchant. Ces personnages n'ont pas « le courage de revendiquer la grande solitude libre, le choix de soi-même dans l'angoisse qui seront le lot et le destin d'un Lautréamont, d'un Rimbaud, d'un Van Gogh ». Leurs attitudes sont des attitudes d'échec et de mauvaise foi. Par contre Lautréamont, Rimbaud, Gide, Genet sont des porteurs de lave – et Sartre les préfère aux porteurs de bave. Le rapprochement de Sartre et de Bourget, le projet d'essai ridicule sur l'homosexualité comme phase préparatoire au fascisme ne dépassent pas le niveau de la plaisanterie un peu laborieuse.

Reste à expliquer le cas de Lucien et de Daniel – Daniel, dont le modèle, nous apprend Simone de Beauvoir, cherchait l'amour fou dans les kermesses de Montparnasse. Ils deviennent fascistes parce que ce sont des révoltés qui n'ont pas le courage de devenir des révolutionnaires. L'opposition sartrienne du révolté et du révolutionnaire est une de ces vérités philosophiques que les grands philosophes laissent dans leur sillage, et qui valent indépendamment de la doctrine dont elles sortent.

« Le révolutionnaire veut changer le monde, il le dépasse vers l'avenir, vers un ordre de valeurs qu'il invente ; le révolté a soin de maintenir intacts les abus dont il souffre pour pouvoir se révolter contre eux » (Baudelaire).

Lorsque Jean Genet feint d'accepter la morale bourgeoise, atroce et stupide, qui considère l'homosexualité comme un vice, lorsqu'il souhaite un régime pénitentiaire plus féroce et qu'il admire la structure admirable des lois du monde bourgeois, il est révolté. (Et ce n'est pas sans quelque malice que Sartre lui dédie l'essai qu'il consacre à un autre grand révolté : Baudelaire). Mais il est révolutionnaire quand, en devenant le Poète, en trahissant le Bien pour le Mal et le Mal pour le Bien, il s'oppose seul et victorieusement à toute une société – tel Oreste, dans la scène finale des Mouches, tenant tête à une foule surexcitée.

Rimbaud, révolutionnaire, écrit : « Merde à Dieu », sur son pupitre d'écolier et chante la Commune en vers de sang et d'or. Baudelaire, révolté, accepte le conservatisme étriqué de Joseph de Maistre – le fascisme de l'époque. « Il préfère être condamné par ces valeurs-là que blanchi au nom d'une éthique plus large et plus féconde qu'il devrait inventer lui-même... Dans cette société dont il veut être l'enfant terrible, il faut une élite de fouetteurs ». (C'est à peu près ce que se dit Daniel en voyant défiler les S.S. sur le boulevard Saint-Michel).

Baudelaire ne négligeait rien pour qu'on le crût homosexuel. Il « fut embarqué », dit Buisson, « comme pilotin, à bord d'un navire marchand qui partait pour l'Inde. Il parlait avec horreur des traitements qu'il avait subis » (cité par Sartre). Il est sans doute à l'origine des bruits selon lesquels il aurait été chassé du lycée Louis-le-Grand pour homosexualité. Il teint ses cheveux en vert, porte des ongles de femme, des gants roses, de longues boucles. Camille Lemonnier a laissé de lui ce portrait : « A pas lents, d'une allure un peu dandinée et légèrement féminine, Baudelaire traverse le terre-plein de la porte de Namur, évitant méticuleusement la crotte et, s'il pleuvait, sautillant sur la pointe de ses escarpins vernis dans lesquels il se plaisait à se mirer ».

Comme les prêtres des messes noires, qui conservent ce qu'ils feignent de nier, les homosexuels scandaleux sont des révoltés, quand ce ne sont pas des bouffons. Exhibitionnistes plutôt qu'homophiles, ces pâles imitateurs de Baudelaire s'assimilent à Satan. « Mais qu'est-ce au fond que Satan », écrit Sartre, « sinon le symbole des enfants désobéissants et boudeurs qui demandent au regard paternel de les figer dans le cadre du bien pour affirmer leur singularité et la faire consacrer ? ». Les homophiles d'Arcadie sont des révolutionnaires. Pas nécessairement des révolutionnaires politiques, mais – ce qui est plus rare, et peut-être plus difficile – des révolutionnaires moraux. En contestant par la dignité de leur vie les fausses valeurs et les jugements inauthentiques ils participent à ce qu'Alain appelait « la révolution permanente et diffuse ».

Arcadie n°125, Serge Talbot, mai 1964

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Entre les lignes : Molière, homosexuel par Jacques Fréville

Publié le par Jean-Yves Alt

Proust raconte quelque part, dans « La Recherche » que nous courons, chers cousins d'Arcadie (et je me compte, Béotien, parmi vous) tous les jours un double danger : « en » voir partout, et « n'en » voir nulle part. Il m'est arrivé, comme à tout un chacun de nous, de vérifier l'une et l'autre proposition.

Voici pourquoi j'entends n'aborder mon sujet qu'avec prudence. Aucun texte précis ne nous permet de dire...

Et pourtant ! Il est de fait que, de son temps, Molière fut accusé par ses ennemis de donner dans les goûts « florentins », (d'une façon infiniment plus discrète que Lulli, assurément...) Cela ne s'affirmait pas, et s'affichait moins encore ; cela se chuchotait, sous le manteau, derrière la manchette.

Ses premiers biographes, dès le XVIIIe siècle, ont cru devoir relever l'accusation (pour la réfuter, bien entendu) ; mais ils savaient qu'à Paris on en parlait.

Libre, indépendant, railleur, éclectique, humain, en un mot, au sens plein du terme, il est évident que Molière eut des amis qui, comme on disait alors, tâtaient de la plume et du poil. Il eût pu reprendre à son compte le fameux apophtegme de Terence : « Homo sum ; nihil humani a me alienum puyo ». (Je suis homme ; et rien d'humain ne m'est étranger). (Le bourreau de soi-même, I, 1, 25).

Nous savons, d'autre part, qu'il fréquenta longuement dans son adolescence, et même son âge mûr, les « libertins » du grand siècle. Ils l'étaient, fort évidemment, au sens spirituel, comme le rappellent toujours les sorbonnards puritains. Mais ils ne l'étaient pas moins, libertins, au sens charnel. On le leur reprochait alors assez. Marc Daniel en a traité brillamment dans ses « Hommes du Grand Siècle » opuscule topique et succulent à quoi je ne puis mieux faire que vous renvoyer. Sa lecture s'impose.

Or, ces libertins, ces « gassendistes » rassemblaient notamment d'Assoucy, Saint Pavin, bougres notoires, Théophile de Viau et son tapageur amant Jacques Vallée des Barreaux (tapageur... et volage). Molière fut avec eux sur un pied d'amitié.

Soit, me direz-vous, mais... Tarte à la crème ! Que les amis de Molière, à l'occasion, aient goûté à la chose, l'aient même religieusement savourée, n'implique en rien nécessairement que l'auteur de Tartufe l'ait lui-même dégustée.

Je répondrais tout d'abord que Molière, dont le théâtre est l'apologie du bon sens bourgeois, parfois un peu terre à terre, voire prud'hommesque avant la lettre, ne se plaisait guère dans la société quotidienne des Chrysale ou des Orgon. Tranchons le mot : il préférait « les folles ». Enfin... mettons qu'il ne les haïssait point.

Sur le soir de sa vie, Madame de Sévigné a eu pour sa fille un mot que je trouve admirable : parlant de son attachement à Madame de Grignan, elle lui dit : « Ces sentiments sont rares, on voit tous les jours des arrangements bien contraires ; mais jouissons du plaisir de n'être point comme les autres ». (Pléiade, tome III, p. 695. Lettre 1049. 2 avril 1690).

On peut dire, sans forcer les faits, qu'avec ses amis libertins, Molière « jouissait du plaisir de n'être point comme les autres ». Au moins moralement. Ou immoralement.

Eh bien soit ! m'allez-vous dire ! Et puis après ? On peut être croyant sans être pratiquant.

Parfait. C'est une demi-concession déjà ; car cela reviendrait à dire que Molière était homophile faute d'être homosexuel à part entière (pour reprendre une distinction chère à Baudry).

Mais je pense qu'il faut aller un peu plus loin dans la démonstration. (Après tout, pour ma part, je m'ennuierais beaucoup si la pratique n'accompagnait pas la foi depuis beau temps !).

Parlons donc un peu de l'affaire Baron. Si Molière a été accusé par ses contemporains d'avoir quelque pente à « branler les piques » (pour reprendre un mot de son contemporain Tallemant des Réaux), ç'a été à cause de son amitié passionnée pour Baron.

J'ai déniché dernièrement une série de petits bouquins publiés chez Belin en 1813, sous le titre de « Théâtre des auteurs du second ordre ou recueil des tragédies et comédies restées au Théâtre Français, pour faire suite aux éditions stéréotypes de Corneille, Racine, Molière, Regnard, Crébillon et Voltaire, avec des notices sur chaque auteur, la liste de leurs pièces et la date des premières représentations ». Ouf ! Ces titres-là ne s'inventent pas.

Il se trouve que l'auteur est plus laconique dans ses notices biographiques que dans le titre de sa compilation. Baron figure pourtant (notice et comédie) au tome IV de la série « Comédies en prose ».

Voici ce que le présentateur (anonyme) nous dit à son sujet :

« Michel Baron naquit à Paris le 22 octobre 1653. Son père et sa mère étaient comédiens de l'Hôtel de Bourgogne. L'un y jouait les rois et l'autre les premiers rôles tragiques et comiques. Leur véritable nom était Boyron, mais Louis XIII les ayant appelés plusieurs fois Baron, ce nom resta à la famille. Baron fils, devenu orphelin à l'âge de huit ans, entra dans la troupe des petits comédiens de Monseigneur le dauphin. Molière, qui avait remarqué ses dispositions, l'attache à son théâtre et se plut à former son talent. Le jeune acteur, ayant essuyé de mauvais traitements de la part de madame Molière, retourna avec ses premiers camarades qu'il quitta bientôt pour revenir avec Molière. Ce ne fut qu'après la mort de son maître que Baron entra à l'Hôtel de Bourgogne où il acquit la réputation du plus grand comédien, etc. »

Les biographes « officiels » de Molière sont passablement discrets sur cet épisode. Il marqua pourtant profondément Molière (et Baron). Résumée en deux mots, l'histoire est transparente : Molière est pris de passion pour le jeune Baron. Sa femme s'en aperçoit. Scènes de ménage. Baron est sacrifié. Il quitte Molière. Mais la passion est la plus forte. Baron revient. Madame Molière devra le supporter. Son époux le lui impose. Appelons un chat un chat et Rolet un fripon.

Et Baron lui-même, que pensa-t-il de cette passion ? Nous ne possédons évidemment pas ses confidences. Mais nous avons son théâtre. Il peut nous éclairer un peu.

Dans l'opuscule dont je viens de parler figure une comédie en cinq actes et en prose, écrite par Michel Baron, qui fut interprétée le 29 janvier 1686 (treize ans après la mort de Molière) et connut un vif succès (23 représentations) : « L'homme à bonne fortune ».

Le héros, nommé Moncade, est l'amoureux des onze mille vierges... mais l'amant d'aucune d'elles. Toutes ces dames se l'arrachent, et il les tient pour du... tout ce que vous voudrez. Or, à la dernière scène de l'acte III (pivot de toute pièce en cinq actes), ce n'est plus une dame, c'est un jeune homme que rudoie ce bourreau des cœurs. Il faut dire que le jeune homme en question (que Baron appelle « le petit chevalier ») a été envoyé à Moncade par sa tante, laquelle soupire aussi pour « l'homme à bonne fortune ». Cela donne un contexte assez piquant dont le public (qui savait ce qu'on avait dit sur Molière et Baron) devait percer à jour tous les sous-entendus :

Le petit chevalier, à Moncade : Eu ! Bon jour, mon ami Moncade : Eh ! Bon jour, mon enfant. Où vas-tu ?

Le petit chevalier : Je viens vous voir. En êtes-vous fâché ?

(le petit chevalier veut l'embrasser)

Moncade. Non, da ! Tiens toi donc

Le petit chevalier. Je veux vous baiser.

Moncade, l'embrassant. Voilà qui est fait.

Le petit chevalier, l'embrassant une seconde fois : Et, pour ma tante, n'aurai-je rien ?

Moncade, se retirant. Eh bien ! En est-ce assez ? Fi donc, petit fripon ! Tu gâtes toute ma perruque.

Le petit chevalier : Oui, c'est vrai ! Je lui ai fait un grand bobo. (A Paquin) Eh bonjour, Pasquin ! (Allant présenter la main à Pasquin) Touche la.

Pasquin (lui touchant la main) Voilà qui est fait.

Et la scène continue sur ce ton de badinage ambigu, le petit chevalier jette à terre la perruque de Moncade, qui lui barbouille le nez de tabac.

Le petit chevalier : Ah ! Fi ! Peste soit du vilain avec son tabac... Tenez, vous verrez si je ne le dis pas à ma tante... etc.

Une telle situation, bien entendu, n'a rien de particulièrement original dans le théâtre des XVII et XVIIIe siècles. Elle préfigure un peu Cherubin. Seulement, Chérubin « taquine » sa marraine, joue à embrasser sa marraine, cherche à titiller les sens et l'attention de sa marraine, alors que notre petit chevalier « taquine » Moncade, joue à embrasser Moncade (« je veux vous baiser »), cherche à titiller les sens et l'attention du seul Moncade. Il est difficile de ne point songer qu'en écrivant cette scène, Baron, âgé d'une bonne trentaine d'années n'ait pu, peu ou prou, évoquer sa rencontre avec Molière, quand celui-ci était dans la trentaine passée, qu'il jouissait de la faveur (et de l'envie) à la Ville comme à la Cour, alors que Michel Baron, quant à lui, n'était qu'un enfant de l'âge du petit chevalier, avec la même espièglerie perverse, avec les mêmes troublantes fausses naïvetés. L'évènement avait trop marqué l'enfance et la jeunesse de Baron (toute sa carrière, après tout, s'était jouée en marge de cette passion traversée) pour que celui-ci, devenu le continuateur de Molière, et voulant s'imposer comme tel, n'ait pas pu ne pas y penser.

Les spectateurs non plus ne purent probablement pas être dupes. Le succès de cette comédie (au demeurant assez plate) s'explique sans doute un peu par là. Ce fut un petit succès de scandale (de léger scandale, car, après tout, Molière était mort, on devait, dans ce frivole public de l'époque, l'avoir déjà beaucoup oublié).

C'est un peu plus tard (en 1705) que le premier biographe de Molière, Grimarest, va faire allusion à l'idylle virgilienne avec Baron, aux foudres junoniennes de l'épouse courroucée, au piquant ballet d'envoi en disgrâce et de retour en grâce (le tout sur les confidences de Baron et de la veuve Molière).

Un personnage, dans la comédie de Baron, n'est pas dupe de « l'homme à bonne fortune ». C'est une soubrette dans la tradition de Molière, Marthon. Voici comment, à l'acte IV, scène I, elle dépeint les hommes... à bonnes fortunes (entendez l'expression au sens que vous voudrez) :

« C'est une pente naturelle qui me porte à desservir tous ces petits animaux-là, dont tout le mérite n'est presque toujours que dans de certaines manières affectées, qui font mal au cœur : un regard languissant, un sucement de lèvres, tirer son bas, peigner sa perruque, et répondre par un soupir aux choses qu'ils n'ont pas seulement écoutées. Ah ! que si toutes les femmes étaient de mon goût... J'enrage quand je songe à cela, car il est vrai qu'ils font déserter tous les jours de bien plus honnêtes gens qu'eux. Et pourquoi ? Je n'en sais rien. Un diable de jargon qu'ils ont entre eux, qui me fait mourir, des serments, cent minauderies... Ah fi ! n'en parlons plus, cela me mettrait en colère tout de bon... »

Pour les dépeindre avec une jalousie aussi lucide, aussi féroce, il fallait bien, confessons-le, que la vieille Baron... (pardon : la vieille Marthon) eût beaucoup hanté les minets du temps.

Sur ce, mes chers cousins, permettez que vous baise, en tout bien tout honneur, comme le petit chevalier,

Votre affectionné cousin de Béotie,

Jacques Fréville

Arcadie n°337, janvier 1982

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