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Aphorismes sur le mariage par Olivier Hervy

Publié le par Jean-Yves Alt

Après la cérémonie de mariage, le maire offre au couple un livre sur l'histoire locale comme pour lui signifier que c'en est désormais fini des romans d'aventure et des histoires d'amour. (p. 29)

Les mariés qui se rendent à l'église en calèche trahissent ainsi que cette cérémonie est d'une autre époque. (p. 36)

Le Salon du Mariage a lieu le même jour que le Salon de l'Érotisme à deux coins du département, comme pour nous obliger à choisir notre camp. (p. 49)

Les mariés qui arrivent à l'église à l'arrière d'une voiture de luxe révèlent que la vie qu'ils vont mener tout les deux n'est pas celle qu'ils souhaitent. (p. 68)

« Ce sera château et robe blanche ! Je me marie ! Je ne fais pas les choses à moitié ! », me dit A. qui en effet tombe entièrement dans le cliché. (p. 69)

• éditions Pierre Mainard, 72 pages sous couverture à rabats, février 2014, ISBN : 978-2913751514, 11€

Pierre Mainard, éditeur
11, boulevard de Gaujac - 47600 NÉRAC
mainardeditions@free.fr / Fax : 05 53 65 93 92

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L'homosexualité dans « La philosophie dans le boudoir » de Sade (1795)

Publié le par Jean-Yves Alt

Dans « La philosophie dans le boudoir », on trouve dès les premières pages un discours sur l’homosexualité. A cette époque révolutionnaire, où la bourgeoisie est instituée, la « bougrerie » (avoir des mœurs de sodomite) est associée aux aristocrates. Le Chevalier de Mirvel fait un éloge de l'« homosexualité » alors que pour les révolutionnaires, seule l'hétérosexualité peut être triomphante : le Chevalier de Mirvel s'en prend aux Don Quichotte de ces goûts ordinaires. Il dit à la fois accepter tous les goûts et, en même temps, établit une hiérarchie entre les goûts naturels et ceux de l'homosexuel, en qualifiant ces goûts de « bizarres » et de « singuliers », ce qui sous-entend que l'homosexuel reste contrefait, non normal.

Le Chevalier : « Je ne te cacherai point mes extravagances avec lui : tu as trop d'esprit pour les blâmer. Dans le fait, j'aime les femmes, moi, et je ne me livre à ces goûts bizarres que quand un homme aimable m'en presse. Il n'y a rien que je ne fasse alors. Je suis loin de cette morgue ridicule qui fait croire à nos jeunes freluquets qu'il faut répondre par des coups de canne à de semblables propositions ; l'homme est-il le maître de ses goûts ? Il faut plaindre ceux qui en ont de singuliers, mais ne les insulter jamais : leur tort est celui de la nature ; ils n'étaient pas plus les maîtres d'arriver au monde avec des goûts différents que nous ne le sommes de naître bancal ou bien fait. Un homme vous dit-il d'ailleurs une chose désagréable en vous témoignant le désir qu'il a de jouir de vous ? Non, sans doute ; c'est un compliment qu'il vous fait ; pourquoi donc y répondre par des injures ou des insultes ? Il n'y a que les sots qui puissent penser ainsi ; jamais un homme raisonnable ne parlera de cette matière différemment que je ne fais, mais c'est que le monde est peuplé de plats imbéciles qui croient que c'est leur manquer que de leur avouer qu'on les trouve propres à des plaisirs, et qui, gâtés par les femmes, toujours jalouses de ce qui a l'air d'attenter à leurs droits, s'imaginent être les Don Quichotte de ces droits ordinaires, en brutalisant ceux qui n'en reconnaissent pas toute l'étendue. »

Donatien Alphonse François de Sade, « La philosophie dans le boudoir » ou Les instituteurs immoraux - Dialogues destinés à l'éducation des jeunes demoiselles

Premier dialogue entre Mademoiselle de Saint-Ange et le Chevalier de Mirvel, Londres, 1795

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Mélancolie Nord, Michel Rio

Publié le par Jean-Yves Alt

Ce roman raconte l'histoire d'un homme qui entreprend un voyage en solitaire, accompagné de son chat Erasme, entre la Bretagne et la Norvège.

Pris dans une violente tempête, son petit bateau endommagé dérive au beau milieu de l'Atlantique Nord. C'est l'hiver et « les creux de la mélancolie succédant aux lames de la peur », le narrateur oscille entre la vie et la mort, entre l'espoir et l'angoisse.

Réflexion sur le destin autant qu'hymne à la vie envers et contre les éléments, Mélancolie Nord – récit houleux et grave, à l'écriture subtilement cultivée – est une manière de suspense à voile version métaphysique.

Réflexion sur l'écriture et la solitude, les deux faces d'une même manière d'être et de vivre, ce roman illustre à la perfection cette phrase que l'auteur prête à Olaf Borgström, un éminent historien de l'art que le narrateur entreprend de rejoindre en Norvège :

« Peut-être la fiction est-elle le dernier discours du désordre, devant les conquêtes successives de la méthode. »

■ Editions du Seuil, 1997, ISBN : 2020320789


Du même auteur : Archipel

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Le marquis de Sade et la sodomie

Publié le par Jean-Yves Alt

Le concept de sodomie n'a désigné uniquement le rapport sexuel entre individus du même sexe que fort tard. Même au XVIIIe siècle, on préférait rester flou sur l'existence de telles pratiques.

Au Moyen-Age, les pénitentiels désignent ainsi sous le vocable de sodomie des actes qui relèvent de la masturbation ou de l'éjaculation en dehors du sexe féminin. La réprobation des activités sexuelles remonte seulement à la fin de cette période, quand la syphilis commence à faire des ravages. On promulgue alors des édits pour interdire les bordels. La prostitution devient une activité délictueuse. On peut estimer que l'incrimination des pratiques homosexuelles s'inscrit à cette époque dans un souci général de contrôler la débauche.

La sodomie, dans la mentalité des intellectuels français du XVIIIe siècle, est considérée comme une pratique sexuelle liée à l'apprentissage de l'érotisme. Ce n'est pas seulement un acte homosexuel. Il suffit de lire Sade, mais aussi les romans libertins et pornographiques de l'époque pour se rendre compte que c'est une pratique qui prend une valeur symbolique détachée du sujet avec lequel on l'exerce. « Tenons-nous donc pour bien assurés qu'il est aussi simple de jouir d'une femme d'une manière que de l'autre, qu'il est absolument indifférent de jouir d'une fille ou d'un garçon », écrit Sade (in « La philosophie dans le boudoir / Français, encore un effort si vous voulez être républicains / Les mœurs).

La sodomie enfreint l'interdit religieux et cela suffit avant tout pour lui donner une totale légitimité sensuelle.

Chez les gens raffinés, le plaisir compte avant tout. Qu'importe la façon dont il a été obtenu. En fait, le XVIIIe siècle invente l'érotisme. Il est polymorphe et sans tabou. Sade fait dire au chevalier de Mirvel qui vante ses expériences sexuelles avec des hommes : « Je ne me livre à ces goûts bizarres que quand un homme aimable m'en presse. Il n'y a rien que je ne fasse alors. » Le chevalier décrit ensuite à madame de Saint-Ange une partie avec trois de ses amis masculins pour ajouter aussitôt : « Mais quoi qu'on en dise, tout cela, ce sont des extravagances que je ne préférerai jamais au plaisir des femmes. » (in « La philosophie dans le boudoir / Premier dialogue »).

Dans la sensibilité érotique du XVIIIe siècle, la sodomie est un acte en soi. Si un homme la pratique avec quelqu'un de son sexe, cela reste quand même « bizarre » ou « extravagant ». Mais, ce faisant, il n'est pas atteint dans son identité masculine. Cela ne veut pas dire que la réprobation de tels actes n'ait pas existé. L'opinion y était aussi hostile qu'aujourd'hui au Caire ou à Tunis. La police se chargeait de poursuivre les débauchés.

En fait, Sade, en émettant certaines restrictions sur la valeur de l'acte homosexuel, anticipe des discriminations futures. Les libertins de l'époque s'intéressent déjà à la personnalité non conformiste de ceux uniquement attirés par une personne de leur sexe. On leur reproche une spécialisation sexuelle incompréhensible alors qu'il faut jouir de tout. La sodomie oui ! mais les sodomites non ! Même si le chevalier de Mirvel condamne ceux qui répondent par des coups de canne aux propositions homosexuelles, il ajoute : « L'homme est-il maître de ses goûts ? Il faut plaindre ceux qui en ont de singuliers mais ne les insulter jamais : leur tort est celui de la nature. » (in « La philosophie dans le boudoir / Premier dialogue »).

Les sodomites ont tort et il faut les plaindre. Les révolutionnaires, au moment où Sade écrit ces lignes, pensent la même chose. Pour Condorcet, « c'est un vice bas, dégoûtant, dont la véritable punition est le mépris » (in « Œuvres complètes de Condorcet / Vie de Voltaire / note : sodomie »).

Mais le Code pénal ne doit pas se préoccuper d'eux, leur problème n'est pas du ressort de la justice des hommes. C'est là le grand progrès réalisé par la pensée révolutionnaire. La sodomie est une pratique privée. Quant aux sodomites, on pense que moins on en parlera, moins ils seront nombreux. Chez les philosophes, l'idée commune était que la répression de telles conduites avait l'inconvénient d'en faire la publicité et de créer des vocations. D'une certaine manière, l'argument a pu jouer chez les rédacteurs du Code pénal. Marat ne disait-il pas : « Sévir contre certains crimes fort rares, c'est toujours en faire naître l'idée » ? En fait, pour Marat, ce n'était pas tant la sodomie qui était rare que les sodomites, personnages minaudant qu'il côtoyait sous les voûtes du Palais-Royal.

Sade, dans le cinquième dialogue de « La philosophie dans un boudoir », fait prononcer par Dolmancé ce qui est sans doute le premier plaidoyer défendant l'homosexualité. Décrivant celui qui trouve deux plaisirs à « être à la fois amant et maîtresse », Dolmancé précise : « Examinez sa conformation, vous y observerez des différences totales avec celle des hommes qui n'ont pas reçu ce goût en partage. » et plus loin : « Serait-il donc possible que la nature, en les assimilant de cette manière à des femmes, pût s'irriter de ce qu'ils ont leurs goûts ? »

Pour Sade, la sodomie est naturelle. Il suffit de voyager pour s'en rendre compte : « Découvrons-nous un hémisphère, nous y trouvons la sodomie. » (in « La philosophie dans le boudoir / Cinquième dialogue »). A l'aide de multiples exemples, il prouve qu'elle est partout présente, en tout temps, et que c'est le vice des peuples guerriers.

La philosophie dans un boudoir de Sade paraît en 1795 à Londres. Pour important que soit ce texte, il ne représente pas l'opinion de l'époque : il permet de saisir au-delà de la problématique sadienne la vision de l'homosexualité d'un intellectuel noble de l'époque. D'autant que Sade a été poursuivi et condamné à mort par contumace en 1772 pour crime d'empoisonnement et de sodomie : « Est-il possible d'être assez barbare pour oser condamner à mort un malheureux individu dont tout le crime est de ne pas avoir les mêmes goûts que vous ? On frémit lorsqu'on pense qu'il n'y a pas encore quarante ans l'absurdité des législateurs en était encore là. » La philosophie dans le boudoir / Français, encore un effort si vous voulez être républicains / Les mœurs)


Lire aussi : Le marquis de Sade, précurseur de la libération homosexuelle par René Soral

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Mains explicites par Philippe de Champaigne

Publié le par Jean-Yves Alt

L'immédiateté des relations qui existe entre les adultes et l'enfant m'émeut dans ce tableau.

Le peintre est allé au plus simple pour montrer ce qui se noue entre Jésus et ses parents : les retrouvailles après un moment de séparation.

Point d'artifice. Aucune allégorie ne vient perturber le message : ce sont les mains des personnages qui servent à nous faire entendre les mots prononcés.

La main droite de Marie dit son soulagement pour avoir retrouvé son fils. Sa main gauche implique Joseph dans l'angoisse qu'elle a partagée avec son mari pendant toute la durée de l'absence de leur fils.

La main droite de Joseph semble suggérer à Jésus qu'il a affolé sa mère tandis que son autre main, tenant fermement un bâton de marche, exprime la confiance qu'il accorde à son fils.

Philippe de Champaigne – L'enfant Jésus retrouvé au temple – 1663

Huile sur toile, 238 cm x 185, musée des Beaux Arts, Angers

La main gauche de Jésus déclare que ce n'était pas la peine que ses parents s'inquiètent, tandis que sa droite rappelle les liens qu'il entretient avec son père céleste.

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