Overblog Suivre ce blog
Administration Créer mon blog

Le dos, Alain Lercher (nouvelles)

Publié le par Jean-Yves Alt

« Le dos » qui donne son titre au livre et « La famine » qui est l'écho cruel des horreurs de notre temps sont des récits, à l'écriture purifiée de tout effet, qui nous conduisent hypnotisés vers d'atroces évidences.

La nouvelle « Un paradis perdu », énième éducation sentimentale d'un Frédéric Moreau des années 60, texte autobiographique (?) sur la sexualité d'un adolescent quand baiser posait problème à qui ne voulait pas illico s'enfoncer dans les perspectives définitives du mariage, alors que la libéralisation des mœurs pointait son bout de sexe revendicatif.

Le dos, Alain Lercher (nouvelles)

« Un paradis perdu » est le récit le plus authentique de ce recueil, et par là même le plus désespéré, sur des relations amoureuses que nous croyons préservées de la tragédie ordinaire. S'exalter ici pour ces braves hétéros peut paraître excessif. Pourtant, sans vouloir pontifier, Alain Lercher est un remarquable conteur en saisissant toute la mélancolie inhérente à la différence des sexes et illustre sans tapage l'essai d'Elisabeth Badinter : « L'un est l'autre : des relations entre hommes et femmes ».

L'hétéro n'est pas plus heureux d'aimer les femmes, ou du moins de ne devoir qu'aimer les femmes comme si au-delà (ou à côté, ou en plus), il souhaitait connaître d'autres repos où il oublierait d'être guerrier, où l'obligation du désir ne se heurterait pas aux codes.

Car ce jeune homme qui se refuse la tendresse s'ampute de la joie, bloque à tout jamais l'épanouissement de la chair...

■ Le dos, Alain Lercher, 160 pages, Editions Verdier, 1992, ISBN : 2864321467

Voir les commentaires

Quand Dürer se prenait pour le sauveur du monde

Publié le par Jean-Yves Alt

C'est un homme qui fait face. Cheveux longs, regard nettement posé sur ceux qui le regardent : presque tout dans ce tableau évoque une représentation du Christ ; sauf la main qui entre en contraste puisqu'elle ne bénit pas.

Car, il ne s'agit pas d'un portrait christique mais d'un autoportrait du peintre. Il n'y a aucun doute puisque ce tableau est publiquement et solennellement daté et signé tout en indiquant qu'il s'agit d'un autoportrait. Dürer avait alors 28 ans.

La main ne se tourne pas vers ceux qui regardent pour bénir, mais vers l'artiste lui-même, en une sorte de questionnement.

Dürer se prendrait-il pour le Christ ? Ou comme un nouveau sauveur du monde ? Ou Dürer nous regarde-t-il pour certifier qu'il est disciple du Christ, autre Christ pour ses frères ?

Albrecht Dürer – Autoportrait à la fourrure – 1500

Huile sur bois, 67cm x 49cm, Alte Pinakothek, Munich

Voir les commentaires

Liberté, Egalité, Propreté : la morale de l'hygiène au XIXe siècle, Julia Csergo

Publié le par Jean-Yves Alt

On a peine à imaginer dans quelle crasse, il y a seulement un siècle, barbotaient nos augustes ancêtres, que ce soit au sein des grandes cités ou dans les campagnes profondes où croupissait une paysannerie faisandée. Mais ce qui est encore plus étonnant, c'est combien ce colletage quotidien avec la saleté était vécu comme une chose « naturelle », saine, et fort chrétienne étant donné le mépris ordinaire dans lequel était tenu le corps. Julia Csergo présente une étude passionnante sur l'émergence de la propreté à Paris.

Ce travail met en évidence le caractère politique, social, idéologique de l'hygiène, et le rôle capital qu'a joué celle-ci dans « la domestication du citoyen. » Esquissée sous Napoléon III, ce n'est véritablement qu'avec l'avènement de la IIIe République que cette politique de la propreté s'est déployée dans toute son ampleur.

Liberté, Egalité, Propreté : la morale de l'hygiène au XIXe siècle, Julia Csergo

Au départ, c'est dans un souci tout médical que sont mises en place des mesures sanitaires (créations de bains publics, de bains-douches populaires) – afin de freiner les épidémies de choléra, de typhus, qui sévissent dans la capitale et entraînent une mortalité infantile assez considérable, en particulier dans les classes laborieuses. Mais très vite, avec l'instauration de l'école « laïque et obligatoire », ce sont les instituteurs qui prennent le relais : aux valeurs de l'hygiène s'ajoutent alors des connotations toutes morales.

Le savonnage intensif de ces chères fesses blondes se double subtilement de l'apprentissage d'autrui et de la famille : « Elle entretient la santé et développe des qualités d'ordre et d'économie. » Même chose du côté des casernes : à l'héroïque puanteur des chambrées militaires, jadis signe de virilité, fait place l'impeccabilité des corps, gage du bon moral des troupes. En même temps qu'elle interdit le corps, aide à son dressage et à son balisage, la propreté est aussi porteuse d'un érotisme sournois – au point que certains prêtres n'hésitent pas à qualifier de « pratiques de mauvaise vie » les ablutions un peu trop intimes perpétrées au moyen du très diabolique bidet.

Quoi qu'il en soit, l'hygiène va peu à peu parvenir à s'imposer comme un mode de vie nouveau, sanctuaire de l'intimité des familles bourgeoises et du quant-à-soi individualiste. La révolution des mœurs passe par le savon.

■ Liberté, Egalité, Propreté : la morale de l'hygiène au XIXe siècle, Julia Csergo, Editions Albin Michel, 362 pages, 1988, ISBN : 222603319X

Voir les commentaires

Un garçon peut-il être féministe par Martin Page

Publié le par Jean Yves Alt

ou le féminisme est-ce seulement une affaire de filles ?

Féminisme est un beau mot qui a une belle histoire. Les combats féministes ont apporté une certaine liberté et un commencement d'égalité aux femmes. Rien ne leur a été donné : leurs droits ont été conquis à force de luttes courageuses.

A priori les garçons pourraient penser que la domination masculine a quelques avantages.

Après tout, les hommes sont mieux payés que les femmes et ce sont eux qui prennent la plupart des décisions. Les garçons pourraient se dire : « Quel bonheur d'être dominant. Les femmes me préparent à manger et font ma lessive. C'est la belle vie. »

Mais c'est un mauvais calcul, car dans le même temps la société pousse les hommes à adopter des conduites à risque. Ils se ruinent la santé et le moral à vouloir apparaître importants et puissants : « J'adore conduire vite et boire beaucoup d'alcool. J'aime montrer ma force et me battre pour des raisons futiles. Je suis un vrai mec ». Ce n'est pas pour rien s'ils meurent plus jeunes que les femmes : être dominant est épuisant et dangereux. Certains pensent que le féminisme est contre les hommes. Au contraire, le féminisme offre la liberté aux hommes de ne pas correspondre à leur rôle classique : ils peuvent s'inventer comme ils le veulent, en dehors des obligations et des clichés. Être dominant pose un problème éthique : il n'est pas acceptable qu'un homme désire que les femmes soient reléguées à des positions inférieures. Un homme antiféministe est une caricature virile, un petit tyran ridicule : « Je suis fort, je parle fort, je prends beaucoup de place et je fais des caprices (mais en vérité j'ai très peur de ne pas être pris au sérieux) ».

Le pire c'est qu'il n'y a pas que des garçons qui sont anti féministes : certaines filles le sont ! Elles s'arrangent avec cette inégalité, elles ont tellement été éduquées à l'obéissance qu'elles trouvent ça normal, et trouvent même des avantages à cette soumission.

Le féminisme c'est une éthique qui devrait être partagée et portée par tous ceux qui souhaitent une vie démocratique, enrichissante et harmonieuse.

Dans ses relations amicales, amoureuses, et à l'école, un garçon curieux et intelligent devrait désirer considérer les filles comme ses égales. La démocratie n'est pas seulement un système de gouvernement, c'est aussi un certain comportement dans la vie de tous les jours. Un démocrate ne se contente pas de voter, il instaure la démocratie au quotidien avec ses proches. Donc oui, un garçon peut et même devrait être féministe !

Un homme féministe c'est un homme libre, qui sait qu'être dominant est une aliénation au même titre qu'être dominé, et que les hommes ne seront pas libres tant que les femmes seront dominées.

Le vilain petit canard n°1, Martin Page, septembre-octobre 2014, pp. 26-27

Voir les commentaires

L'homme à la tâche, photographies de Marc Martin à la galerie « Au Bonheur du Jour »

Publié le par Jean-Yves Alt

A l'occasion de la sortie du livre « Dur Labeur », le photographe Marc Martin et la galerie « Au Bonheur du Jour » vous convient à une exposition inédite :

« L'homme à la tâche »

Photographies de Marc Martin

Exposition / Vente du 2 décembre 2015 au 9 janvier 2016

Vernissage, sur invitation, le 1er décembre de 17h à 22h

« A mes yeux, la virilité naturelle n’est pas dans la représentation d’un corps reproducteur. Arborer fièrement un pénis en érection ne suffit pas à se définir en homme. Pas plus qu’un sexe au repos ne libère une situation de son caractère pornographique. A mon goût, l’érotisme au masculin se profile dans les contours et les contre-jours.

Loin d’être hors sujet, le sexe mâle n’est donc pas au cœur de mon travail. Mais l’homme, lui, l’est. Habiter un corps masculin, c’est abriter des énigmes, des failles, des ambiguïtés, des contradictions aussi. Se jouer des codes, se réjouir de compromis, et jouir de tant d’options : mes photos ne montrent pas tous les possibles masculins… La vérité, plurielle, se cache en coulisses. Se pencher sur l’envers du décor, c’est se positionner acteur ou voyeur. Hors champ, l’obscénité côtoie la candeur. »

Marc Martin

L'homme à la tâche, photographies de Marc Martin à la galerie « Au Bonheur du Jour »

L'ouvrier, le paysan, le manuel, constants virils de nos imaginaires, passés ou contemporains, constituent le fil rouge de cette exposition mêlant les installations et photos de Marc Martin aux oeuvres anciennes réunies par Nicole Canet.

Homme à la tâche, a priori, n’est pas en posture de séduction. Pourtant, « Dur Labeur » s'attache à ces hommes à l'ouvrage et s'attarde à la dimension du plaisir qu'ils procurent ; du plaisir que ces hommes donnent à leur insu au plaisir qu'ils prennent à prendre la pose. Dans leur fonction ou leurs fictions.

Un univers masculin, fantasmatique et subtilement érotique : c'est ce voyage sensuel, en terre d'humanité, que vous proposent Marc Martin et Nicole Canet.

Galerie Au Bonheur du jour

11 rue Chabanais - 75002 Paris

01.42.96.58.64

du mardi au samedi 14h30 – 19h30


Lire l'article d'Agnès Giard "Qu’est-ce que c’est un homme ?" paru dans le quotidien Libération

Voir les commentaires