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Une zampogne pour départager Marsyas et Daphnis

Publié le par Jean-Yves Alt

Le personnage d'Apollon se reconnaît aisément grâce à ses attributs caractéristiques : arc, carquois et lyre. Le personnage de Marsyas, beaucoup moins.

Marsyas est un satyre phrygien. Les satyres, dans les premières représentations artistiques, montraient des personnages ayant les oreilles, les membres inférieurs et la queue d'un cheval.

Le Marsyas du Pérugin n'est pas représenté ainsi. S'agit-il alors d'un autre personnage ?

La représentation mi-hommes, mi-chevaux pour les satyres disparut avec le temps si bien qu'il est difficile d'affirmer que ce personnage de gauche n'est pas Marsyas.

Un autre détail permet de faire une nouvelle hypothèse : le jeune homme joue de la zampogna (zampogne), un instrument qui aurait été inventé par Daphnis.

Alors… ce tableau longtemps dénommé, « Apollon et Marsyas », pourrait représenter plutôt « Apollon et Daphnis », jeune pasteur mort d'amour pour Apollon.

Pietro Vannucci (dit Le Pérugin) – Apollon et Marsyas (Apollon et Daphnis ?) – 1495

Huile sur bois, 39cm x 29 cm, musée du Louvre

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Principe d'un travail de soi sur soi par Jean Paul Sartre

Publié le par Jean-Yves Alt

« L'important n'est pas ce qu'on fait de nous, mais ce que nous faisons nous-même de ce qu'on a fait de nous. »

Jean Paul Sartre

in Saint Genet comédien et martyr, éditions Gallimard, 1952

 

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L'amant de l'au-delà, Jean-Paul Sermonte

Publié le par Jean-Yves Alt

Ce roman est destiné à ceux qui sont amoureux de l'amour. L'histoire profonde, indélébile, c'est la passion de deux jeunes garçons de quatorze et dix-sept ans : Thierry et François, dans les années 60.

Les lettres qu'ils ont échangées (seconde partie du récit) sont très belles.

La première partie du roman est moins réussie : les multiples détours ont appauvri et altéré l'intensité du récit. C'est dommage.

Thierry, qui s'est suicidé à seize ans, appelle François au secours, de l'au-delà. Le narrateur, témoin et médiateur, part à la recherche de l'ami toujours vivant, gigolo à Paris.

L'amant de l'au-delà, Jean-Paul Sermonte

Pour que Thierry accède vraiment à la paix du ciel, il faut que « son » François change de vie.

La passion entre deux adolescents est encore aujourd'hui un très beau thème.

■ Éditions Textes Gais, mars 2015, ISBN : 979-1029400322

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Au Moyen Age, être homosexuel n'est pas tabou par Jean Verdon

Publié le par Jean-Yves Alt

L'amour courtois que manifestent les chevaliers envers les dames n'est qu'une façade tant les relations amoureuses entre preux guerriers sont loin d'être rares. Le milieu monastique pratique lui aussi l'homosexualité. En toute sérénité...

Pour les Anciens, l'homosexualité ne constitue pas un problème particulier. Ils pensent, en effet, selon des concepts autres que sexuels, à savoir la liberté, l'activité, la condition sociale. De sorte que l'homophilie active apparaît aussi bien dans les textes grecs que romains. Au cours du haut Moyen Age, l'homosexualité n'a pas été condamnée ni réprimée d'une manière aussi violente que les historiens le prétendaient autrefois. Grâce à la renaissance carolingienne, à l'essor des villes, au développement de la culture ecclésiastique, elle aurait même connu entre le XIe et le XIIe siècle un développement qu'elle ne retrouvera qu'à notre époque.

Il est bien évident que les milieux monastique et chevaleresque – les guerriers vivant bien souvent loin de la chambre des dames, et même s'ils connaissent des compensations hors de leur foyer – constituent des terrains propices à l'homosexualité. Saint Benoît, auteur d'une règle monastique célèbre, prend conscience du danger. Il indique que les moines doivent, si possible, dormir tous en un seul local. Une lampe brûlera toute la nuit dans la pièce. Les plus jeunes frères n'auront pas des lits voisins, mais seront répartis parmi ceux des anciens.

Si Charlemagne apprend avec stupeur que certains moines pratiquent la sodomie, il ne publie pourtant aucun texte réprimant l'homosexualité. Un édit conseille cependant aux prêtres et aux évêques de supprimer ce comportement sexuel sans indiquer de sanction. […]

Vers 1051, saint Pierre Damien compose Le Livre de Gomorrhe où il décrit de façon détaillée les différentes variétés de rapports homosexuels.

Il accuse certains prêtres d'être homosexuels et de se confesser entre eux pour éviter d'être repérés et bénéficier ainsi de pénitences plus légères. Le pape Léon IX refuse toutefois d'accéder à sa demande, à savoir les exclure de l'Église. L'homosexualité n'empêche d'ailleurs pas les promotions. Yves de Chartres signale au légat du pape, puis au pape lui-même, que l'archevêque de Tours, Raoul, a persuadé Philippe Ier, roi de France, de nommer un certain Jean évêque d'Orléans. Or, il s'agit d'un amant de l'archevêque. « C'est un être ignominieux dont la déshonnête familiarité avec l'archevêque de Tours et son frère défunt et avec beaucoup d'autres débauchés est publiquement honnie dans toutes les villes de France. Quelques-uns de ses camarades de débauches l'ont surnommé Flora [courtisane alors célèbre], et ils ont composé sur son compte des couplets qui sont chantés à travers la France, sur les places et aux carrefours, par de jeunes dépravés dont, vous le savez, notre pays est affligé », (traduit par dom Jean Leclercq). Le pape Urbain ne s'oppose pourtant pas à l'élection de Jean, consacré évêque en mars 1098. En Angleterre, le concile de Londres en 1102 insiste pour que dorénavant la « sodomie » soit considérée comme un péché à confesser. L'archevêque de Canterbury, saint Anselme, demande de ne pas publier cette décision, parce que ce péché a jusqu'alors un caractère si public que peu de gens en sont embarrassés ; beaucoup, ajoute-t-il, l'ont d'ailleurs commis parce qu'ils n'ont pas conscience de sa gravité. Lors de la réforme grégorienne qui impose le célibat aux prêtres, les contemporains notent que les prêtres homosexuels sont plus ardents que les hétérosexuels à le faire respecter. Un texte satirique, évoquant le cas d'un évêque réformateur homosexuel, signale que « les services d'une épouse le laissent indiffèrent ». John Boswell parle du « volume stupéfiant d'œuvres gays alors produites par les clercs ». Bien qu'il note que ces écrits vont de « l'épaisse sensualité » à « l'idéalisme sublime », il nous semble juger ces œuvres un peu trop avec le regard d'un contemporain sensible avant tout à l'amour comme passion humaine, donc charnelle.

Il n'en reste pas moins qu'Aelred, abbé du monastère de Rievaulx en Angleterre, a su exprimer de façon intense l'amour entre personnes du même sexe dans un cadre chrétien. Aelred est attiré par les hommes, et dans sa jeunesse il a sûrement eu des expériences d'ordre sexuel puisque dans une lettre à sa sœur, il parle de l'époque où elle garde sa vertu alors que lui-même perd la sienne. Devenu moine, il accepte de renoncer à toute relation sexuelle. Il y parvient avec peine mais n'en éprouvera pas moins de l'attirance à l'égard de deux moines faisant partie de son ordre. […]

Il faut toutefois se demander si cet amour implique des relations charnelles. Il semble bien, à en croire Yannick Carré, que l'amour masculin médiéval constitue une forme originale d'amour véritable que le monde actuel ne connaît plus. Les rites d'amitié, tels que se donner des baisers, partager le même lit, permettent à cet amour de s'exprimer librement lorsqu'il est charnel. […]

Jean Verdon

Professeur émérite des Universités, Jean Verdon est spécialiste de l'histoire des mentalités au Moyen Age. Il a notamment publié Les Loisirs au Moyen Age (Tallandier, 2e édition, 1996), La Nuit au Moyen Age (Perrin, 1994), Le Plaisir au Moyen Age (1996), et Voyager au Moyen Age (Perrin, 1998)

Historia Thématique : « Un Moyen Âge inattendu », n°65 (pp. 26 à 29), mai-juin 2000


Lire l'article complet


Du même auteur : Les sodomites condamnés à la simple pénitence ou au bûcher par Jean Verdon

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La théorie climatique de Richard Francis Burton sur l'homosexualité (1885)

Publié le par Jean-Yves Alt

Il est à remarquer que partout l'homosexualité existe à quelque degré, mais qu'il semble y avoir une tendance plus accusée à l'homosexualité (avec ou sans inversion sexuelle, la chose n'est pas claire : chez certaines races et dans certaines régions. En Europe, elle est le plus manifeste dans l'Italie du Sud, qui s'oppose sur ce point à l'Italie du Nord, bien que les Italiens avouent plus franchement que les hommes du Nord, leurs pratiques sexuelles. Jusqu'à quel point ces pratiques sont dues à l'influence et au sang grecs, cela n'est pas aisé à déterminer actuellement. On doit se rappeler, en parlant d'un pays septentrional comme l'Angleterre, que les phénomènes homosexuels ne s'y présentent pas de la même manière que dans l'Italie méridionale de nos jours ou que dans l'ancienne Grèce.

Sir Richard Francis Burton, qui avait étudié de près la question, regardait le phénomène comme « géographique et climatique, mais non pas ethnique ». Voici d'ailleurs ses conclusions :

1°) Il existe ce que j'appellerai une Zone Sotadique, bornée par les rives septentrionales de la Méditerranée (43° lat. N.) et ses rives méridionales (30° lat. N.) ; la largeur serait de 780 à 800 milles, en y comprenant la France Méridionale, la péninsule ibérique, l'Italie et la Grèce, et les côtes d'Afrique, du Maroc à l'Egypte.

2°) Vers l'Est, la Zone Sotadique se rétrécit et comprend l'Asie-Mineure, la Mésopotamie, la Chaldée, l'Afghanistan, le Sind, le Penjab et le Kashmir.

3°) En Indo-Chine, la Zone s'élargit de nouveau, avec le Turkestan, la Chine et le Japon.

4°) Puis elle comprend l'Océanie, et le Nouveau-Monde où, lors de la découverte, l'amour sotadique était, à part quelques exceptions, une institution ethnique établie.

5°) Dans la Zone Sotadique, le vice est populaire et endémique, et en tout cas n'est qu'une peccadille, au lieu qu'au Nord et au Sud de la zone il ne se rencontre que sporadiquement, et est entaché d'opprobre de la part de gens, qui, en règle générale, seraient physiquement incapables d'accomplir l'acte, lequel en outre les dégoûte ». Il ajoute : « La seule cause physique que je puisse trouver à cette pratique, et qui d'ailleurs n'est qu'une hypothèse, c'est qu'à l'intérieur de la Zone Sotadique il y a une exacerbation du tempérament masculin et féminin, une crase qui ne se rencontre ailleurs qu'exceptionnellement (Arabian Nights, 1885, tome X, pp. 205-254).

Cette théorie de la Zone Sotadique est très curieuse ; mais comme l'a fait remarquer un critique, elle pas l'existence de la coutume chez les Normands, les Celtes, les Scythes, les Bulgares et les Tatars et de plus dans les mêmes régions, des points de vue divers se sont succédé à des moments différents. Burton ignorait complètement les recherches modernes sur l'inversion sexuelle. 

in L'inversion sexuelle (Etudes de psychologie sexuelle – Tome II), Havelock Ellis, édition française revue et augmentée par l’auteur, traduite par A. Van Gennep, Paris, Mercure de France, 12e édition, 1934, p. 49

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