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Priorité de l'homme chez les Grecs par Jean de Nice

Publié le par Jean-Yves Alt

Chez les Grecs, le corps de l'homme primait tout. Maeterlinck a écrit : « Le Grec avait trouvé d'instinct la beauté dans la forme de son propre corps. C'est de la beauté de ce corps nu et parfait que dérive l'architecture de ses palais et de ses temples ainsi que le style de ses demeures, la forme, la proportion et l'ornement de tous les objets usuels de sa vie. Ce peuple chez qui la nudité et sa conséquence naturelle – l'irréprochable harmonie des muscles et des membres – étaient pour ainsi dire un devoir religieux et civique, nous a appris que la beauté du corps humain est aussi diverse dans sa perfection, aussi profonde, aussi abondante, aussi spirituelle, aussi mystérieuse que la beauté des astres et de la mer. Tout autre idéal, tout autre étalon égara et égarera nécessairement les efforts et les tentatives de l'homme. Toutes autres beautés sont possibles, réelles, profondes, diverses, complètes, mais ne partent pas de notre point central. Ce sont des roues sans moyeu. Dans tous les arts, les peuples de race intelligente se sont éloignés ou rapprochés de la beauté indubitable selon qu'ils se rapprochaient ou s'éloignaient de l'habitude d'être nus. »

Les Doriens, d'après Thucydide, furent les premiers à pratiquer le nudisme. Cependant, dès l'époque archaïque, les sculpteurs reconnaissant la supériorité du corps de l'homme sur celui de la femme, représentaient les garçons nus et les filles habillées. Aux Jeux olympiques, les athlètes apparaissaient entièrement nus. Ce n'était pas uniquement question d'aisance dans les mouvements, mais aussi dans un but esthétique. Les spectateurs jugeaient ainsi pleinement de la perfection des corps qui leur étaient présentés, puisqu'aucun maillot ni culotte ne dissimulaient les formes. On suivait mieux le jeu des muscles. A l'attrait de la compétition s'ajoutait le spectacle de la beauté. Celle-ci était servie par une véritable culture. Pour devenir semblable aux dieux, beaux hommes (Apollon, Héraclès, Hermès), le Grec sculptait son corps comme les croyants sculptent leur âme pour devenir semblables aux saints.

Ce fut grâce au climat de la Grèce qu'ils avaient envahie que les Doriens purent vivre nus... Ces Nordiques n'auraient pu se dispenser de vêtements dans leur pays d'origine. Ils eurent la possibilité de le faire dans le pays conquis. Les Spartiates blonds aux yeux bleus du siècle de Périclès, solides et bien bâtis, possédaient ce que les culturistes actuels appellent un beau départ, c'est-à-dire une anatomie impeccable. Avant d'embellir leur corps par les exercices physiques, ils étaient déjà naturellement bien proportionnés. N'oublions pas que le Doryphore constitue le « canon » de la beauté masculine.

Ainsi le corps nu de l'homme a été le plus grand sujet d'inspiration des statuaires et des peintres de vases. Il est inutile de rappeler ici les chefs-d'œuvre qui n'ont jamais été égalés au cours des siècles : ils sont universellement connus. Mais on doit signaler que lorsqu'il s'agissait pour les Grecs de représenter un personnage illustre, on le statufiait en tenue héroïque, c'est-à-dire doué d'un corps superbe et entièrement nu.

« C'est de la beauté de ce corps nu et parfait que dérive l'architecture de ses palais et de ses temples. »

Jean-Germain Tricot (Les harmonies de la Grèce) compare le Parthénon à un athlète : « Il y a en lui du bel homme râblé, s'appuyant sur des jambes musclées. Comme l'Agios de Lysippe, il s'appuie de tout son poids sur le sol. »

Les vases peints nous révèlent la beauté des éphèbes qui servirent de modèles aux Euphronios, Euthymidès, Douris. Sur ces vases nous lisons l'admiration des artistes ou des donateurs pour les beaux garçons. Chaque nom gravé est précédé du qualificatif Kalos (beau). Point de noms de filles.

Constatons enfin que la Grèce antique sut trouver la beauté dans la simplicité du vêtement.

Il s'agissait de couvrir le moins possible ce corps nu et parfait. Le Grec se drapa dans un simple rectangle de lin ou de laine, court (tunique) ou long (manteau).

Le « chiton » est logique : il couvre seulement les parties du corps qui demandent à ne pas être exposées aux variations de température : le torse et le dos. La tête, les bras et les jambes restent nus. Il ne serait jamais venu à l'idée d'un Grec de dissimuler ses jambes sous un ridicule pantalon. Il réservait ce déguisement aux acteurs comiques. On peut imaginer les éclats de rire qui devaient accueillir pareil spectacle.

Lorsque, par le fait de l'âge, le corps du Grec devenait moins parfait, il le voilait par la tunique longue des vieillards. Ainsi fut inventé le « drapé ». L'himation est purement grec. Les Romains imitateurs ne surent pas conserver l'esthétique de ce vêtement et tombèrent dans l'outrance de la toge aux plis trop compliqués.

Quoi de plus seyant et de mieux adapté à la structure du corps de l'homme que la chlamyde des éphèbes et des cavaliers, retenue sur l'épaule droite par une fibule et tombant par devant jusqu'à mi-cuisse ? Aujourd'hui nous pouvons constater que la façon de s'habiller des Grecs n'a jamais été détrônée par les différentes « modes » pratiquées au cours des siècles, pour la bonne raison que seul le drapé s'accouple harmonieusement avec les lignes du corps, base de la beauté, de même que l'architecture antique s'associe parfaitement aux sites naturels de la Grèce.

Pour d'autres parties du costume, approuvons Michel-Ange disant : « Nul ne contestera qu'un pied d'homme est plus beau que son soulier », et avouons que la sandale spartiate est plus logique et plus esthétique, pour un pied normalement constitué, que nos modernes chaussures.

Quant à l'exomide, tunique des travailleurs, en découvrant la moitié du torse, constatons qu'elle créa un effet d'esthétique inattendu et toujours admiré.

Il aurait paru illogique, même au guerrier grec, de cacher ses jambes. Pourquoi l'aurait-il fait ? Il en était fier. Il s'agissait uniquement de préserver les parties du corps où les blessures auraient été mortelles : la tête et le torse.

Ne songeant pas un instant à s'engoncer tout entier dans une armure complète comme le firent plus tard les chevaliers du moyen-âge, il laissa nus bras et jambes et l'ensemble produisit le plus beau soldat de tous les temps : l'hoplite.

Comme les vases grecs, le costume du guerrier a une forme logique et rationnelle; il épouse la forme du corps sur les parties qu'il dissimule. La calotte du casque emboîte le crâne. Elle est surmontée du cimier à queue de cheval qui, avec le nasal et les protège-joues donne à l'hoplite sa fière silhouette. La cuirasse faite simplement (sous Périclès) de bandes transversales de métal et de couvre-épaules, s'arrête à la taille. Elle se prolonge dans le bas par les « lambrequins », courtes languettes de cuir recouvertes de métal et recouvrant le bord de la chemise ondulé et plissé. Le Grec avait trouvé l'effet esthétique que l'on peut tirer de cet agencement à condition que le bord de cette chemise et les lambrequins ne dépassent pas le haut de la cuisse. Cette subtilité a complètement échappé aux Romains. Leurs statues d'empereurs guerriers exhibent les lambrequins grecs mais ceux-ci tombent jusqu'aux genoux, ce qui les rend aussi ridicules que le sont de nos jours les Anglais aux shorts trop longs. Nos sportifs modernes ont repris le goût grec et portent des culottes très courtes (coureurs, campeurs, scouts). Ceci non seulement pour la commodité mais par un goût retrouvé de l'esthétique. Comparons les photos d'un coureur à pied 1900 et celles d'un basket-balleur actuel...

On ne peut être que de l'avis de Maeterlinck : les Grecs avaient compris la beauté du corps de l'homme. Lorsqu'il s'agissait de le statufier, les Miron, Polyclète, Lysippe, Praxitèle, Phidias, tous plus ou moins homophiles, le faisaient dans des attitudes simples, naturelles, sans recourir aux poses compliquées, tourmentées, des sculpteurs de la renaissance italienne, ou aux effets de musculature hypertrophiée présentée par les modernes athlètes américains. Le Doryphore, le Diadumène, l'Hermès d'Olympie ne se contorsionnent ni se gonflent. Ils restent dans le juste milieu : le « rien de trop » delphien.

Si les Grecs ont compris la beauté du corps de l'homme, c'est qu'ils n'ont jamais été gênés par ce sentiment hypocrite que nous appelons la pudeur. Ce préjugé antinaturel (il n'existe pas chez les enfants avant qu'on le leur ait enseigné) a provoqué une sorte de complexe chez les artistes qui, depuis des siècles, se creusent la tête pour dissimuler sur leurs tableaux et sur leurs statues les organes de l'homme. Un morceau de draperie, une fleur surgissent. La trouvaille la plus sensationnelle fut la feuille de vigne, comble de l'enlaidissement.

Déplorons le « progrès, qui dans le domaine de l'art, a détruit la beauté, et reconnaissons combien, dans cet ordre d'idées, le siècle de Périclès nous dépasse.

Arcadie n°33, Jean de Nice, septembre 1956

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Trois poèmes de Strabon

Publié le par Jean-Yves Alt

Le baiser rêvé

Hier, à l'heure où l'on souhaite bonne nuit

— Est-ce réalité ? n'est-ce qu'un songe preste ?

Un baiser de Noeris vint calmer mon ennui.

Je garde un souvenir précis de tout le reste ;

Des moindres questions qu'il m'a voulu poser.

Et des réponses qu'il m'a faites.

Mais nie l'a-t-il vraiment accordé, ce baiser ?

J'en doute encore et ne puis le supposer.

Si c'était vrai, porté sur le plus haut des faîtes,

Et bien loin de ce triste lieu

Moi, je serais devenu Dieu !

 

A Diphile

Nous voici tous les deux, Diphile, en bon chemin,

Il s'agit maintenant de faire longue route

Ensemble, la main dans la main,

Ecoute

Tous les deux nous tenons en ces divins instants

Qui nous joignent ici des trésors inconstants :

Moi, l'Amour et toi, la Beauté. Ce sont choses

Qui durent souvent moins que ne durent les roses,

L'Amour et la Beauté s'accordent aisément,

Dans les yeux de l'Amour la Beauté se regarde.

Dès l'abord, au premier moment

Ensuite, et si l'on n'y prend garde

De part et d'autre, on voit l'Amour et la Beauté

S'en aller librement chacun de son côté...

 

Le juste milieu

Moi, je hais les baisers qu'il faut prendre de force,

Les protestations qu'on crie ou dit tout bas, Les dérobades, les débats,

Les mains qui repoussent le torse

Il ne me plait pas plus, j'en atteste le dieu !

Qu'à peine entre mes bras un garçon s'abandonne,

Et s'offre sans réserve aux baisers que je donne,

Entre ces deux excès est un juste milieu,

J'aime qu'on se montre et se cache

Dans la crainte du repentir

Et ce qui me plaît, c'est qu'on sache

A la fois résister et pourtant consentir...

 

Strabon de Sardes (Troisième siècle avant J.-C.)

(Version inédite de Guillot de Saix)

Arcadie n°60, décembre 1958

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L'évaluation de l'amour homosexuel par Serge Talbot

Publié le par Jean-Yves Alt

« Je vous en prie, ne soyez pas comme ces salauds qui me jettent la pierre... Ils ne me reprochent pas seulement ce que j'ai fait, ils me reprochent ce que je suis ; comment pourrais-je m'en défendre ? »

Maurice Pons (Métrobate)

Après avoir traité de l'homosexualité en tant que fait, Edward Westermarck, dans L'Origine et le développement des Idées morales (Payot, 1929) passe à l'évaluation morale dont elle est l'objet chez les peuples non civilisés, chez les Anciens Péruviens, chez les Anciens Mexicains, Mayas et Chibchas, chez les Mahométans, chez les Hindous, en Chine, au Japon, chez les anciens Scandinaves, dans la Grèce antique, dans le zoroastrisme, chez les anciens Hébreux, dans le christianisme primitif, dans la Rome Païenne, dans la Rome Chrétienne, dans l'Europe du Moyen-Age et dans l'Europe actuelle. Quand elle constitue une habitude nationale, l'homosexualité n'est pas blâmée, ou ne l'est que légèrement. Ainsi, chez les Aléoutes d'Atkha, le « coupable » désireux de décharger sa conscience choisissait un jour où le soleil brillait sans nuages. Cueillant certaines herbes, il les portait sur lui ; puis, les déposant, il leur faisait passer son péché, prenant le soleil à témoin, et quand il s'était soulagé de tout ce qu'il avait sur le cœur, il jetait les herbes au feu, et dès lors se regardait comme purifié de ce péché. L'opinion publique chinoise reste tout à fait indifférente à ce genre de distraction, et la morale ne s'en émeut en rien, remarque le Dr Matignon ; puisque cela plaît à l'opérateur et que l'opéré est consentant, tout est pour le mieux ; la loi chinoise n'aime guère à s'occuper des affaires trop intimes. La pédérastie est même considérée comme une chose de bon ton, une fantaisie dispendieuse, et partant un plaisir élégant. La seule objection que le Dr Matignon ait entendu soulever contre la pédérastie, c'est qu'elle est mauvaise pour les yeux ! A l'époque de la Chevalerie japonaise, il était plus héroïque pour un homme d'en aimer un autre que d'aimer une femme.

Lorsque les pratiques homosexuelles sont l'objet d'un blâme, le degré de ce blâme varie à l'extrême. Les Odonga, les Waganda et les Anciens Hébreux ont en haine et punissent cruellement ceux qui s'y livrent. Mais il faut se souvenir que les primitifs sont en général extravagants dans leurs châtiments. Constance et Constant firent de l'homosexualité un crime capital, passible de l'épée. Allant plus loin encore, Valentinien voulut que les « coupables » fussent brûlés devant le peuple. Justinien, épouvanté par des famines, des tremblements de terre, des épidémies, renouvela l'édit qui condamnait les homosexuels à la mort par l'épée, « de peur, disait cet homme intelligent, qu'en conséquence de leurs actes impies, des cités entières ne viennent à périr avec leurs habitants, car l'Ecriture nous apprend que pareille calamité s'est déjà produite ». On fondait, dit Gibbon, une sentence de mort ou d'infamie sur le frêle et douteux témoigne d'un enfant, d'un domestique, et la pédérastie devint le crime de ceux à qui l'on n'en pouvait imputer d'autre. Pendant tout le Moyen-Age, et même plus tard, les législateurs, d'un cœur léger, firent torturer, brûler, enterrer vifs, bouillir les homosexuels. En France, on en brûle jusqu'à la seconde moitié du XVIIIe siècle. « Les grands crimes, écrit Voltaire, n'ont guère été commis que par de célèbres ignorants » ; c'est le mouvement rationaliste du XVIIIe siècle, qui déclara que punir de mort la sodomie était une atrocité, et que la loi devait l'ignorer complètement, si elle se perpètre sans violence.

Westermarck établit que le degré de culpabilité excessif qu'assignent à l'amour homosexuel les religions zoroastrique, hébraïque et chrétienne est dû au fait qu'il était intimement associé à l'incrédulité, l'idolâtrie ou l'hérésie. D'après la doctrine de Zoroastre, l'homosexuel est « dans son être tout entier un Daeva », or un adorateur de Daeva n'est pas un mauvais zoroastrien, c'est un homme qui n'appartient pas au système zoroastrique, un étranger, un non-aryen. Pour qu'un tel péché soit inexpiable, il faut que le pécheur professe la religion de Mazda, ou ait été élevé dans cette religion. Sinon, son péché lui est enlevé, moyennant qu'il se convertisse à la religion de Mazda, et se promette de ne plus accomplir ces actes interdits. C'est en tant que signe d'incrédulité, en tant que pratique d'infidèles que l'homosexualité est condamnée par la doctrine de Zoroastre. Cette doctrine s'opposait un système Chamanique en honneur chez les Asiatiques de source touranienne. Souvent, chez les Tchoukchis, dit le Dr Bogoraz, un jeune homme de 16 ans, sous l'influence d'un chaman, ou prêtre, quitte soudain son sexe, et se croit une femme. Il adopte un vêtement féminin, laisse pousser ses cheveux, s'adonne entièrement à des occupations de femme, il prend un mari et assume toutes les besognes qui incombent normalement à l'épouse. Ces changements de sexe sont encouragés par les chamans. Souvent ils vont de pair avec la perspective de devenir chaman ; en fait la plupart des chamans l'ont accomplie en leur temps. Aussi le changement de sexe apparaissait-il comme une invention diabolique à l'adorateur de Mazda.

On voit que c'est à tort que beaucoup d'historiens et de philosophes rendent l'Eglise chrétienne responsable de l'orientation monosexualiste de la morale sexuelle. Nietzsche, lui aussi, est tombé dans cette erreur. En réalité cette nouvelle orientation sexuelle a débuté avec la doctrine Zoroastrique. Comme l'a dit Wilhelm Stekel, « en même temps que le monothéisme, le monosexualisme a fait son apparition ». On pourrait rapprocher cette idée d'une théorie de Renouvier : sous l'influence de son ami, Louis Ménard, celui-ci avait conçu qu'une religion polythéiste convient mieux à la démocratie qu'une religion monothéiste qui s'accorde plus facilement avec le respect pour les rois.

La lutte contre l'homosexualité devient très sévère avec le judaïsme. Elle est due, en grande partie, à la haine des Hébreux de tout culte étranger. Suivant la Genèse, l'homosexualité était le péché des peuples qui n'étaient pas le peuple de Dieu. Le lévitique écrit : « Si un homme couche avec un homme comme on fait avec une femme, ils ont fait tous deux une chose abominable, ils seront punis de mort » (chap. XX, 13). Il prévoit d'ailleurs la même peine pour la femme adultère et son complice pour le mariage simultané avec une femme et sa fille (10, 14).

Mais il convient d'ouvrir ici une parenthèse. C'est dans la Genèse que se trouvent les épisodes de Sodome (chap. XIX) et d'Onan, qui a donné son nom à l'onanisme (chap. XXXVIII). C'est le lévitique, qui est presque exclusivement occupé à reproduire les règlements culturels dictés par Dieu à Moïse. La Genèse, le Lévitique, avec l'Exode, les Nombres et le Deutéronome constituent les cinq livres, censés écrits par Moïse sous l'inspiration divine, et dont l'ensemble est appelé : Pentateuque.

Or la critique moderne, pour l'étude de la législation et des récits historiques du Pentateuque a montré que les ouvrages qui le constituent sont l'œuvre d'une équipe de faussaires (Amos (vers 780 av. J.-C.) et Jérémie (vers 606 av. J.-C.) ne connaissaient pas la législation des sacrifices promulguée dans le lévitique (censé écrit vers 1640 avant J.-C.). Le Deutéronome est de beaucoup postérieur à Moïse, car, il prescrit une centralisation du culte, qui était encore inconnue à l'époque d'Elisée et d'Elfe, c'est-à-dire aux environs de 850 av. J.-C. Il a fait son apparition 800 ans après Moïse. Impostures, par conséquent, toutes ces prescriptions rituelles qu'Iahvé, au dire du Lévitique, a dictées à Moïse. Les documents rassemblés dans le Pentateuque sont divergents et les raccords destinés çà et là à dissimuler les divergences sont, comme le dit un des plus récents et des mieux informés historiens des dogmes, « des expédients artificiels inventés par le compilateur... Moïse, qui a beaucoup agi, n'a rien écrit, pas même le décalogue ». (Abbé Joseph Turmel, La Bible Expliquée, Ed. De l'Idée Libre). Le Pentateuque n'a pas été écrit par Moïse sous l'inspiration divine. Il est l'œuvre d'un compilateur, le Rédacteur définitif, qui, aux environs de 444, composa l'écrit sacerdotal. « L'allégation consignée dans les livres dit mosaïques est une imposture », écrit l'abbé Joseph Turmel. Or toute la législation européenne anti-homosexuelle, du Moyen-Age à nos jours, repose sur cette imposture Elle n'a rien à voir avec l'idéalisme évangélique.

« Nous ne disons pas qu'aucun rite n'existait à l'époque de Jérémie ou d'Amos, écrit encore Turmel. Plusieurs pouvaient exister et même existaient certainement avant David, avant les Juges. Ils existaient à l'état de coutumes immémoriales, mais ils n'étaient pas considérés comme des ordres dictés par Iahvé à Moïse. » C'est cette différence que j'ai tenu à souligner.

Le Lévitique représente les « abominations » des Chananéens comme la raison principale de leur atroce extermination : « Vous ne suivrez pas les usages des nations que je vais chasser de devant vous... » (chap. XX, 23). C'est que la Sodomie était un élément de la religion des Chananéens. « A côté des Kadeshoth, ou prostituées, il y avait les Kadeshim, ou prostitués, attachés aux temples, dit Westermarck. Le mot Kadesh, traduit par Sodomite, signifie proprement un homme consacré à une divinité ; et il semble qu'il y ait eu de tels hommes consacrés à la mère des dieux, la fameuse déesse Syrienne, dont ils étaient considérés comme les prêtres ou les dévots. Sans doute la condition de ces hommes à l'égard de cette déesse, ou d'autres, était-elle analogue à celle qu'occupaient autour de certains dieux, des femmes adoratrices, puis courtisanes ; et les actes de sodomie accomplis à l'intérieur des temples sur ces prostitués ont peut-être pour objet, comme les rapports avec les prêtresses, le transfert de bénédictions aux fidèles. Les Marocains attendent des avantages surnaturels de leurs rapports non seulement hétérosexuels, mais aussi : homosexuels avec les personnages sacrés. Pour Rosenbaum, les prêtres eunuques de l'Artémis d'Ephèse et ceux de la Cybèle phrygienne étaient aussi des sodomites. On parle souvent des Kedeshim dans l'Ancien Testament, surtout à l'époque de la monarchie, ou des rites d'origine étrangère pénétrèrent tant en Israël qu'en Juda. Et il est naturel que l'adorateur de Iahvé ait regardé ces pratiques avec la plus extrême horreur parce qu'elles faisaient partie d'un culte idolâtre. » De là ces anathèmes, ces fables terrifiantes, auxquels l'équipe de faussaires qui a rédigé le Pentateuque n'a pas hésité à donner le poids de l'autorité de Moïse, inspiré par Iahvé lui-même.

L'idée que l'homosexualité était une forme du sacrilège fut renforcée chez les chrétiens par la naturelle bisexualité des gentils. Au Moyen-Age on accusait régulièrement les hérétiques de Sodomie. Le même mot désignait sodomie et hérésie. Le mot « hérite », ancienne forme de « hérétique » est employé dans le sens de sodomite dans la « Coutume de Touraine-Anjou « (Littré). Le mot bougre (du latin bulgarus, Bulgare) désigne primitivement le nom d'une secte hérétique venue de Bulgarie au XIe siècle et devient synonyme de Sodomite. A maintes reprises, les lois du Moyen-Age nomment ensemble sodomie et hérésie, et leur réservent les mêmes châtiments. L'homosexualité était un délit religieux de premier ordre, un « crime de Majesté, vers le Roy céleste ».

« Les excommunications, les interdits sont des foudres qui n'embrasent un Etat que quand elles y trouvent des matières combustibles », remarque justement Voltaire. Quelles matières combustibles ont donc pu trouver les foudres lancées par les religions zoroastrique, hébraïque et chrétienne contre l'amour homosexuel ? C'est ce qu'il nous fait examiner maintenant.

Tout d'abord les religions représentent la résultante de nécessités sociales. Aristote considère, dans sa Politique, que les Doriens cherchaient à réduire l'augmentation de la population en favorisant l'amour homosexuel et la mise des femmes à l'écart de la société. Chez les anciens Hébreux, d'autres raisons sociales ont amené à combattre ce penchant. La progéniture, la reproduction, la grande famille, étaient alors des nécessités auxquelles les instincts devaient se soumettre. Actuellement il y a tous les ans dans le monde un excédent de 40 millions de naissances. Devons-nous en rester au point de vue de l'Ancien Testament de la fécondité à tout prix ?

Selon Havelock Ellis, l'homosexualité fut interdite ou permise selon qu'il y avait insuffisance ou excès de population. Il pense qu'il existe un certain rapport entre la réaction sociale contre l'homosexualité et celle contre l'infanticide : « Là où l'un jouit de l'indulgence et de la faveur, l'autre en jouit également ; là où l'un est honni, l'autre l'est aussi en général. » Cependant divers faits sont en désaccord avec cette opinion. Les anciens Arabes pratiquaient l'infanticide, mais non l'homosexualité ; et le cas est exactement inverse chez les Arabes modernes. Chez les Juifs, il est exact que l'accroissement de la population est un besoin social très vif. Pourtant si fortement qu'ils condamnassent le célibat, ils ne le mettaient pas sur le même pied que la Sodomie. Quant aux premiers chrétiens, s'ils voyaient dans l'infanticide et la pédérastie deux péchés également odieux, ce n'étaient assurément pas qu'ils souhaitassent l'accroissement de la population, puisqu'ils glorifiaient le célibat.

Wilhelm Stekel remarque que l'homosexualité féminine se développe parallèlement à l'homosexualité masculine, mais est beaucoup moins sévèrement interdite, parfois même tolérée par prétérition. L'Autriche est le seul pays qui punit comme impudicité les relations sexuelles entre femmes. Il rapproche ce fait du problème de la reproduction dans lequel l'homme entre plus en considération que la femme : le sperme, matière précieuse avec lequel un homme peut féconder plusieurs femmes, ne doit pas être dilapidé sans utilité.

Westermarck pense que le blâme dont l'homosexualité est l'objet est dû, en premier lieu, au dégoût éprouvé par l'hétérosexuel à l'égard de l'acte homosexuel. Cette tendance correspond à la répugnance instinctive si fréquente chez les invertis congénitaux, dit Westermarck, pour les relations sexuelles avec des femmes. Dans une société où la grande majorité des gens éprouvent des désirs hétérosexuels, l'aversion pour l'homosexualité se trouve aisément en blâme moral, et trouve une expression durable dans la coutume, la loi ou les principes religieux. Il convient de rappeler que le dégoût éprouvé par l'hétérosexuel à l'égard de l'acte homosexuel est une réaction parapathique. Le dégoût n'est qu'un désir associé au négativisme. Celui qui l'éprouve manifeste une position négativiste accompagnée d'affect. En effet tout être humain présente primitivement des dispositions bisexuelles. Les Grecs ont officiellement admis cette bisexualité et ils ont accompli des merveilles au point de vue culturel et éthique. L'homme moderne, qui porte en lui les instincts bisexuels des temps archaïques, est au contraire mis en demeure de sacrifier une partie de sa personnalité. Il en résulte ces deux types parapathiques : l'homosexuel qui n'arrive pas à sublimer complètement son hétérosexualité et qui a du dégoût pour la femme, et l'hétérosexuel chez lequel l'homosexualité refoulée et non maîtrisée provoque cette réaction parapathique de défense qu'est le dégoût et la haine de l'homosexuel.

Concluons. Parce qu'elles associent intimement amour homosexuel et hérésie, trois religions ont assigné à cet amour une culpabilité sans mesure : les religions zoroastrique, hébraïque et chrétienne. L'équipe de faussaire qui a rédigé le Pentateuque n'a pas hésité à attribuer à Moïse, inspiré par Iahvé, des interdictions qui n'existaient qu'à l'état de coutumes immémoriales. Ces excommunications ont eu un retentissement d'autant plus durable que la fécondité à tout prix était un besoin social chez les Hébreux, et que le renoncement à la bisexualité provoquait chez la majorité sexuelle une tendance parapathique à brimer et à haïr la minorité. C'est à Edward Westermarck, professeur de sociologie à l'Université de Londres et à l'Académie d'Abo, que j'emprunterai cette conclusion très belle et très mesurée : « Aussi, fort naturellement, écrit-il, la loi et l'opinion publique se montrent-elles d'autant plus indulgentes à l'égard de l'homosexualité qu'elles sont plus émancipées des doctrines théologiques. Et les clartés nouvelles qu'a commencé de projeter, dans le domaine obscur de l'homosexualité, l'étude scientifique de l'impulsion sexuelle, influeront nécessairement sur les idées morales qui s'y rapportent, attendu qu'un juge perspicace, en présence d'un acte à juger, ne saurait manquer de tenir compte de la pression exercée sur la volonté de l'agent par un puissant désir d'ordre non volitif. »

Arcadie n°37, Serge Talbot (Paul Hillairet), janvier 1957

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L'amour grec dans la littérature par Jean de Nice

Publié le par Jean-Yves Alt

La plupart des écrivains de la Grèce Antique paraissent réduire l'homophilie aux rapports de l'homme fait et du jeune garçon. L'éraste est toujours d'un certain âge et l'éromène plus jeune que lui. Dans cette union chacun a ses apports et son rôle. L'amant offre son amour qu'il fait accepter grâce à des dons matériels ; l'aimé, fortement encouragé par les offres de l'amant, lui donne en échange sa jeunesse, sa beauté et parfois même également son amour.

Dans l'Ethique à Nicomaque, Aristote s'exprime ainsi (livre 8, chapitre 4) : « L'amant et l'aimé ne tirent pas leur plaisir de la même source ; l'amant le tire de la vue de l'être aimé ; celui-ci l'éprouve à recevoir les prévenances de l'amant. » et plus loin : « C'est surtout de l'opposition que naît l'amitié fondée sur l'utilité. Si l'on se trouve démuni à un certain point de vue, on cherche à obtenir ce qui manque en donnant autre chose en retour. On pourrait être tenté de ranger dans cette catégorie l'amant et l'aimé le beau et le laid. La même raison fait parfois paraître ridicules les amants qui ont la prétention d'être aimés comme ils aiment, ce qui se justifie peut-être quand ils sont aimables, mais devient risible quand ils ne possèdent aucune des qualités propres à se faire aimer. »

Cependant, alors même que tout va bien et que chacun reste dans son rôle, il arrive que l'amour s'évanouit quand se termine chez l'aimé la fleur de l'âge : « La vue de l'être aimé ne charme plus l'amant, les prévenances ne s'adressent plus à l'être aimé. Par contre souvent la liaison subsiste quand un long commerce a rendu cher à chacun le caractère de l'autre grâce à la conformité qu'il a produite. »

Aristote démontre ainsi que la beauté physique est bien l'élément qui différencie l'homophilie de l'amitié : « Nul ne ressent l'amour, écrit-il, sans avoir été agréablement séduit par la forme extérieure. »

Il rejoint ainsi Socrate qui aimait les jeunes gens bons (amitié) mais également beaux (amour).

L'historien Xénophon fait aussi de nombreuses allusions à l'homophilie. Dans Hiéron le tyran se plaint de ne pas être aimé pour lui-même : « Que dis-tu, Hiéron ? Tu prétends que l'amour des garçons n'a point de place dans l'âme d'un tyran ? D'où vient donc que tu aimes Daïloque surnommé le beau garçon ? — J'aime en effet Daïloque, répondit Hiéron, pour certaines choses que la nature pousse sans doute l'homme à demander à ceux qui sont beaux, mais ces choses que je désire c'est de son amitié et de son plein gré que je veux les obtenir ; mais, de les lui ravir de force, je ne m'en sens pas plus le désir que de me faire du mal à moi-même. Prendre quelque chose à l'ennemi, c'est à mon gré le plus grand des plaisirs. Mais, pour les faveurs des jeunes garçons, les plus douces, à mon avis, sont celles qu'ils accordent volontairement. Jouir d'un mignon malgré lui, c'est pour moi de la piraterie plutôt que de l'amour. Le pirate, au moins, trouve du plaisir dans le gain qu'il obtient, dans le dommage qu'il cause à l'ennemi ; mais se plaire à tourmenter celui qu'on aime, se faire haïr en l'aimant, le dégoûter par ses attouchements, n'est-ce pas une chose cruelle et pitoyable ? Pour le particulier, il a tout de suite la preuve, quand l'objet aimé a pour lui quelque complaisance, que c'est à l'amour qu'il le doit parce qu'il sait que rien ne contraint le bien-aimé à lui céder ; mais le tyran n'a jamais le droit de se croire aimé. Nous savons en effet que ceux qui se prêtent à nos désirs parce qu'ils nous craignent contrefont le plus qu'ils peuvent les complaisances de l'amour. Cependant personne ne tend plus de pièges aux tyrans que ceux qui feignent de les aimer le plus sincèrement. »

La Cyropédie du même auteur nous apprend que Cyrus ne dédaignait pas l'amour grec et ne faisait pas fi des baisers d'un beau garçon : « Au moment du départ de Cyrus, ses parents prirent congé de lui en le baisant sur la bouche suivant une coutume qui subsiste encore aujourd'hui chez les Perses. Or un Mède très distingué, frappé depuis longtemps de la beauté de Cyrus, voyant les parents échanger leurs baisers, s'approcha à son tour de Cyrus et lui dit : « Suis-je le seul de tes parents que tu méconnaisses ? — Hé quoi, dit Cyrus, serais-tu toi aussi mon parent ? — Certainement, dit le Mède. — Voilà donc pourquoi tu fixais les yeux sur moi, car je crois avoir souvent remarqué que tu me regardais. — C'est que je voulais toujours t'approcher et que je n'osais pas. — Tu avais tort, dit Cyrus... » et en même temps il s'avança pour l'embrasser. Après ce baiser le Mède demanda : « Est-ce que chez les Perses aussi c'est l'habitude d'embrasser ainsi ses parents ? — Oui, répondit Cyrus, lorsqu'on se revoit après une absence et que l'on se quitte. — Voici donc l'occasion, reprit le Mède, de m'embrasser de nouveau car, comme tu le vois je m'en retourne. » Cyrus l'embrassa de nouveau, le congédia et se mit lui-même en route. Mais le Mède revint sur son cheval couvert de sueur. Cyrus lui demanda : « As-tu donc oublié quelque chose ? — Non, dit-il, mais je reviens après une absence. » Et Cyrus de répondre : « Oui, mais une courte absence... — Comment ? courte ? dit le Mède... Ne sais-tu pas qu'un clin d'œil sans voir un garçon tel que toi me paraît d'une bien longue durée ? » Cyrus se mit à rire et lui dit en le quittant que dans peu de temps il serait de retour et qu'il pourrait le regarder sans cligner des yeux s'il le voulait.

C'est dans la Guerre du Péloponnèse de Thucydide que nous trouvons la vérité sur l'épisode des Tyrannicides à laquelle nous avons fait allusion à propos de la sculpture : « Quand Hippias obtint le pouvoir, Harmodios était dans la fleur de l'âge. Aristogiton, un citoyen de la classe moyenne, s'éprit de lui et l'obtint. Harmodios se vit l'objet des sollicitations d'Hipparque, autre fils de Pisistrate, mais il repoussa ses avances et en fit part à Aristogiton. Celui-ci, vivement blessé dans son amour et craignant qu'Hipparque ne profitât de sa puissance pour faire violence à son aimé, résolut d'user de tous ses moyens pour mettre fin à la tyrannie. » (Livre VI, chapitre LIV). On sait comment ils abattirent le tyran.

Plusieurs épigrammes de l'antiquité consacrées à l'homophilie sont connues ; d'autres peuvent trouver ici leur place : « Ah, tu me dis bonjour, méchant, maintenant que voilà parti ton visage à la peau plus douce que le marbre ; tu viens badiner avec moi, maintenant qu'on ne voit plus ces boucles qui flottaient sur ton cou plein de jactance. Ne t'approche plus de moi présomptueux ; ne te trouve plus sur mon chemin : une ronce au lieu d'une rose, moi, je n'en veux pas. » (Ruffin, Anthologie grecque, livre 5, p. 23).

« Lorsque j'embrassais Agathon, j'avais mon âme sur les lèvres. Elle y était venue, la malheureuse, comme pour passer en lui. » (Ibid., page 49). « Regarde cette statue, étranger, regarde la bien et dis, quand tu seras de retour chez toi : J'ai vu à Théos l'image d'Anacréon, poète lyrique éminent s'il en fut au temps jadis. Ajoute : il faisait ses délices des jeunes gens. Tu auras exprimé au vrai l'homme tout entier. » (Sur une statue d'Anacréon. Théocrite, Epigramme XVII).

Dans le théâtre grec antique, les rôles de femmes étaient tenus par de jeunes garçons. Il est inutile de dire combien l'homophilie y était répandue. Pour la tragédie, les œuvres d'Eschyle, Sophocle et Euripide qui sont parvenues jusqu'à nous ne paraissent pas contenir plus spécialement d'allusions à l'homophilie, mais une tragédie de Sophocle complètement perdue nous est connue par une citation de Plutarque dans Eroticos :

Quand les fils de Niobé, dans la pièce de Sophocle, sont percés de flèches et vont mourir, aucun d'eux n'évoque d'autre aide que celle de son amant : « Oh, de tes bras entoure-moi... »

D'après l'écrivain Athénée, les anciens appelaient quelquefois la Niobide : pièce pédérastique.

En ce qui concerne la comédie, les œuvres d'Aristophane fourmillent d'allusions à l'amour grec, malheureusement considéré du côté impur. Cet auteur n'est pas tendre pour les garçons qui se prostituent pour de l'argent :

« Un jeune prostitué, un fils de Chéréas entre chez toi en balançant sur ses jambes écartées un corps perdu de débauches. » (Les Guêpes)

Il tombe même parfois dans la scatologie : dans La Paix deux esclaves préparent la pâtée de l'escarbot sacré : l'un dit à l'autre : « Porte vite sa pâtée à l'escarbot... Allons, allons... une autre faite avec les excréments d'un jeune garçon prostitué... Ce sera du goût de l'escarbot qui aime que ce soit bien broyé ! »

Aristophane reconnaît pourtant que toute peine mérite salaire et plonge dans l'enfer « ceux qui ont frustré un jeune garçon du salaire dû à ses complaisances ». (Les grenouilles)

Il fustige aussi les avocats et parle, dans Les grenouilles, des jeunes gens qui se sont prostitués pour apprendre à débiter des sornettes.

Au théâtre, les rôles de danseuses étaient également tenus par de jeunes garçons dont la réputation était telle que le mot « Kunaïdos » qui signifiait « danseur » devint bientôt synonyme de « prostitué ». (Dictionnaire Rich, page 151)

Arcadie n°26, Jean de Nice, février 1956

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Offrande matinale par Zurbaran

Publié le par Jean-Yves Alt

Le regard de l'observateur est tout d'abord attiré par la « rivière » d'or suggérée par le manteau du mage en premier plan.

Ce sont ensuite les trois visages – celui du vieux mage, de l'enfant puis de sa mère – qui dévoilent le message intrinsèque de cette œuvre.

Le plus âgé des rois – à la différence des deux autres – a pour l'enfant et sa mère un regard ivre d'amour. Il est littéralement transporté jusqu'à eux, prêt à être conduit jusqu'aux rives d'une nouvelle vie.

Le corps de l'enfant apparaît comme un astre céleste dans la composition. La lumière qui émane de lui est à la hauteur de l'infinie tendresse qui se lit sur son visage.

 

 

Zurbaran – L'adoration des mages – 1639

Huile sur toile, 261 cm × 175 cm, Musée des Beaux-Arts de Grenoble

Les rois ont marché de nombreux jours avant de découvrir l'enfant nouveau-né. Ils ont pourtant choisi d'attendre le matin pour faire leurs offrandes. La nuit vient juste de se dissiper et les premières lueurs du jour apparaissent.

C'est un monde nouveau auprès duquel, les rois viennent rendre hommage. Les présents – nullement mis en valeur par le peintre – n'égaleront jamais la promesse annoncée dans le sourire de l'enfant.

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