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Sous la même étoile : trois cœurs à l'unisson, Kelley York

Publié le par Jean-Yves Alt

Deux garçons : Hunter et Chance. Deux filles : Rachel et Ashlin. Combien cela fait-il de possibilités comme s'interrogeait un film d'Andrew Fleming datant de 1994 ?

Hunter et Ashlin sont nés du même père : pendant la plus grande partie du roman, les quatre jeunes se retrouvent dans le Maine, chez ce père, policier en convalescence après une grave blessure. C'est dans ce lieu que le frère et la sœur ont fait la connaissance de Chance alors qu'ils étaient enfants.

Ce roman ne met pas tout à fait en scène – comme l'indique le titre – un « triangle amoureux » pas plus un « rectangle » puisqu'il y a quatre protagonistes, malgré les sentiments des uns pour les autres :

Rachel est amoureuse de son petit copain Hunter mais la réciprocité est-elle vraie au-delà des mots prononcés ? Ashlin la sœur de ce dernier est amoureuse de Chance qui est lui-même amoureux depuis toujours de Hunter sans ne lui avoir jamais rien dit.

Tout se joue dans le temps de la post-adolescence, au cours d'une année sabbatique que s'accordent Hunter et Ash : ce qui permet de mieux faire admettre la complexité des sentiments. Chacun est à la recherche de son propre « moi », tente de régler ses problèmes qu'il s'agisse d'amour, de sexe, d'amitié ou d'avenir.

Dans cette perestroïka intime, aucun des personnages ne souhaite une relation triangulaire ou rectangulaire. Et pour une bonne raison c'est que trois des personnages n'ont de sentiments que vers un seul autre. Il reste Hunter qui ne cesse de se raccorder avec sa copine qu'il estime trahie dès qu'il se rapproche un peu trop de Chance, sans pour autant reconnaître son attirance pour son ami d'enfance.

Sous la même étoile : trois cœurs à l'unisson, Kelley York

Kelley York montre dans son écriture beaucoup de délicatesse et sait développer d'excellents et crédibles personnages. Par petites touches élégantes, en utilisant une écriture à deux voix (celle de Hunter et de sa sœur Ashlin), l'auteure conduit le lecteur à être complice de chacun de ses personnages.

Rachel, la petite amie délaissée, est une étudiante qui sait ce qu'elle veut, tout en essayant de comprendre ce qui se joue entre les deux garçons : elle s'interroge sur ce qui peut provoquer l'attrait d'un homme pour un autre. La jalousie l'emportera peu à peu.

Ashlin, quand elle découvre que Chance est amoureux de son frère, accepte rapidement l'obscurité qui se dresse devant elle. Elle consent à renoncer à l'amour qu'elle pensait pouvoir partager avec son ami d'enfance et se console avec la tendresse qu'il lui accorde.

Chance, le garçon excentrique, conserve longtemps au cours du roman un côté pittoresque qui fascine Hunter et Ash. Dimension qui ne les empêche pas de remarquer quelques indices étranges mais qu'ils n'analysent que tardivement comme les signes d'une vie plus que difficile de leur ami. D'autant que Chance a l'art de raconter des histoires merveilleuses qui troublent la frontière entre l'imaginaire et la réalité car Chance est comme un vagabond qui ne se gargarise de rien, même à travers toutes les histoires qu'il raconte.

Ce roman – à travers le personnage de Hunter – nous pose, au-delà de cette intéressante romance adolescente, cette question : n'aimons-nous pas surtout chez l'autre (ici l'autre étant Chance) ce qu'il nous propose de mystère ? De la lampe de Psyché qui dissipe l'ombre et le mensonge tombent les larmes brûlantes qui mettent l'amour en déroute. Dans l'objet de notre désir, ce que nous aimons, c'est le sphinx dont le secret nous inquiète et si, par malheur, nous déchiffrons l'énigme qu'il nous pose, nous cessons bientôt de nous émouvoir à son approche. Parce qu'un abîme nous sépare bien souvent des objets de nos passions, nous ne les connaîtrons qu'en accomplissant le rite qui comble nos chairs en les annulant, le rite qui ne nous porte à notre plus haute densité que pour nous abolir.

■ Sous la même étoile : trois cœurs à l'unisson [Made of Stars], Kelley York, traduction de Laurence Richard, Editions Pocket Jeunesse, 320 pages, juin 2016, ISBN : 9782266263696

Quatrième de couverture : Une fois le lycée terminé, Hunter et sa demi-sœur Ashlin décident de prendre une année sabbatique et d'emménager chez leur père. Là-bas, ils retrouvent Chance, un garçon fantasque avec qui ils passent tous leurs étés depuis l'enfance. Si le jeune homme les a toujours fascinés, Ashlin et Hunter éprouvent bientôt pour lui d'autres sentiments. Mais ils comprennent aussi que les excentricités de Chance dissimulent une vérité bien plus noire...

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Une pietà de Paul Fryer sur la sellette

Publié le par Jean-Yves Alt

En avril 2009, lors de la semaine sainte, Jean-Michel Di Falco, évêque de Gap et d'Embrun, fit scandale, en exposant dans le chœur de sa cathédrale, à Gap, une œuvre d'un réalisme brutal de Paul Fryer, Pietà, montrant le Christ assis sur une chaise électrique.

L'intention de l'évêque était surtout pédagogique : rappeler que la Croix, avant d'être un signe décoratif, fut pour le Christ un instrument de torture particulièrement cruel.

« Le scandale, c'est l'indifférence devant la Croix du Christ », répondit l'évêque à ses détracteurs.

Paul Fryer – Pietà – 2007

Sculpture en cire, bois, cheveux et peinture à l'huile, collection François Pinault

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Le mari de mon frère, Gengoroh Tagame (manga)

Publié le par Jean-Yves Alt

Yaichi et Ryôji sont deux frères jumeaux. A la mort de leurs parents dans un accident de la route, les deux frères se séparent. Le premier reste au Japon tandis que le second part vivre au Canada. Les deux frères n'ont alors plus aucune relation pendant près de dix ans.

C'est le début du manga : Yaichi a une petite fille – Kana – de six/sept ans, délurée et vive d’esprit. Son père attend la visite de son beau-frère, Mike, qui vient du Canada et qui est venu au Japon, pour découvrir le pays de l'homme qu'il aimait. Car Mike était le mari de Ryôji. Mais ce dernier est décédé pour une cause que le manga ne dit pas. C'est la première fois que les deux hommes se rencontrent.

Mike est un homme de forte corpulence – type bûcheron canadien. C'est le type même de personnage que Gengoroh Tagame adore dessiner dans d'autres mangas beaucoup plus érotiques. Yaichi, tout en étant musclé, est beaucoup plus frêle de corps.

Yaichi se demande comment il doit recevoir le mari de son frère. D'où le titre de ce manga : « Le mari de mon frère ».

Le malheureux Yaichi promène dans sa tête un lot de clichés concernant les homosexuels. Son éducation lui interdit de les formuler si bien qu'il se trouve confronter à des injonctions paradoxales : celles dictées par ces clichés qu'il a intégrés et celles de son éducation qui l'invite à être respectueux de son hôte. Ce qui conduit à quelques scènes amusantes d'autant que Kana, qui n'est pas encore totalement formatée, met les pieds dans le plat sur des questions que son père n'ose pas aborder de front.

— Durant ton séjour au Japon, tu dors à l'hôtel ? dit Yaichi. (Kana rappelle alors que le cousin de son père a dormi à la maison quelques temps auparavant.)

— Dans cette tenue, ça le fait peut-être pas ? s'interroge encore Yaichi. (Il sort de la salle de bain en shorty. Quand sa fille Kana le voit, elle est étonnée et dit que d'habitude, son père est en slip !)

— C'était qui le mari et qui l'épouse ? demande Kana à son oncle. (Mike répond en souriant : « Nous étions deux Husbands. » Kana ne perçoit pas comme son père la dimension sexuelle de sa question ; d'ailleurs la réponse de son oncle la satisfait pleinement.)

Le mari de mon frère, Gengoroh Tagame (manga)

Ce manga japonais aborde – depuis la légalisation du mariage gay dans de nombreux pays (une page informative sur ce thème est insérée au milieu du manga) – les nouvelles formes du vécu homosexuel et les réactions des familles traditionnelles. Il montre aussi la force occulte de l'image de l'amour hétéro sur l'amour homo qui aveugle le protagoniste « straight » quant à l'originalité profonde de l'amour homosexuel : cette affectivité inventant sa propre forme qui n'a rien d'une évidence pour le père de Kana.

Jusqu'à l'arrivée de Mike, il n'était jamais venu à l'idée de Yaichi que l'homosexualité pût être autre chose qu'une perversité, une divagation ou le mobile d'une friponnerie. Petit à petit, il interroge les représentations qu'il a dans sa tête à propos des homosexuels.

On pourrait ricaner sur le cliché du couple homo que véhicule Yaichi, mais on aurait tort de se laisser arrêter par cette vision un peu simpliste des pensées de cet homme que déstabilise involontairement sa fille.

Les poncifs instinctifs de Yaichi sont peu à peu remis en cause dans une mise en page adroite par le jeu de doubles bulles « pensées » et « formulées ». On sent que Yaichi tire, peu à peu, au contact de Mike, un trouble et une émotion qui sont propres à une rencontre véritable avec son beau-frère.

Ce manga, dénué de toute agressivité, se déguste comme du petit lait.

Un second volume – déjà paru au Japon – est attendu en France pour la fin de l'année 2016.

■ Le mari de mon frère Tome 1, Gengoroh Tagame, Editions Akata, 9 septembre 2016, 180 pages, ISBN : 978-2369741541


Un message de l'auteur : Pour être honnête, même si j'avais très envie de dessiner cette série, je craignais un peu que ce soit trop difficile, pour moi. Et pourtant, la voilà sous forme de livre relié ! Je suis vraiment reconnaissant à tous ceux qui ont rendu cela possible. J'espère que vous aimerez ces trois personnages, et que vous porterez un regard bienveillant sur la suite de leur quotidien.

Gengoroh Tagame, le 15 avril 2015

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Tempo di Roma, Alexis Curvers

Publié le par Jean-Yves Alt

Jimmy est un jeune esthète autodidacte venu du Nord, prétendument cicérone, en tout cas sans le sou, à qui son adorable culot, mais aussi sa beauté, sa candeur et surtout son amour de Rome ouvrent toutes les portes.

Ainsi, dans une ville éternelle à peine remise des affres du fascisme et de la guerre, le verra-t-on, d'aventures en mésaventures, s'acoquiner à des nobles décavés et des ecclésiastiques en rupture de ban comme aux mauvais garçons ou aux pires matrones du cru.

Lyrique et sordide, affublant d'airs de fête les plaies et tares sociales les plus tristes, l'énorme fresque de Curvers, avec ses allures de mascarade endiablée – à la Fellini – est une véritable leçon de vie.

Tempo di Roma, Alexis Curvers

Ce n'est pas sans rappeler les grands déclins décrits par les meilleurs auteurs comme Pétrone, ou, plus près de nous, Proust, Visconti ou Yourcenar avec ses « Mémoires d'Hadrien » : ici comme chez eux, la méditation crépusculaire sur l'Histoire, le Temps, l'Art et la Beauté s'accompagnent, en contrepoint, du thème de l'amour impossible, celui déchirant de Sir Craven pour Jimmy, qui rappellera à plus d'un « La confusion des sentiments » de Zweig.

Ce roman avait en 1957 connu un succès retentissant.

■ Tempo di Roma, Alexis Curvers, Editions Espace Nord, 505 pages, 2012, ISBN : 978-2930646398

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Sauf-Conduit pour un zèbre, Patrick Veillerot

Publié le par Jean-Yves Alt

Une jeune métisse sud-africaine part à la recherche de son père biologique probablement français. Après avoir parcouru la Belgique, la France, elle va finir par le découvrir à l'Île Maurice écrivain méconnu et travesti.

Sauf-Conduit pour un zèbre, Patrick Veillerot

■ Sauf-Conduit pour un zèbre, Patrick Veillerot, Format Kindle, Taille du fichier : 888 KB, 159 pages

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