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L'affaire Custine ou l'homophilie au temps des romantiques par René Soral

Publié le par Jean-Yves Alt

Durant le dix-neuvième siècle, le problème de l'homophilie a été l'objet d'une véritable conspiration du silence. Or il est bien évident qu'elle était pratiquée, comme elle le fut de tous temps, et qu'il y avait de nombreux endroits publics où ses adeptes pouvaient se rencontrer.

 

J'ai toujours regretté de ne pas savoir quels étaient ces endroits ; nos descendants auront plus de chance, car, à notre époque, les guides spécialisés pullulent, sans compter les nombreux romans consacrés à l'homophilie.

 

Cependant, nous sommes parfois renseignés sur ce qui se passait autrefois par les archives judiciaires, car, naturellement, les endroits publics étaient aussi dangereux qu'ils le sont de nos jours, et l'on y rencontrait truqueurs et assassins.

 

Nous savons ainsi que Saint-Denis devait être un endroit fréquenté par des messieurs ayant le goût des jeunes militaires, grâce à une affaire qui fit beaucoup de bruit vers les années 1820, étant donné le rang de la victime.

 

En effet, une nuit pluvieuse, dans un chemin mal famé de Saint-Denis, un homme était attaqué par plusieurs soldats, roué de coups et trouvé dans la boue le lendemain matin, évanoui, entièrement dépouillé de ses vêtements, et couvert de sang.

 

Or il s'agissait d'une personnalité du milieu aristocratique parisien, le jeune marquis Astolphe de Custine.

 

Né en 1790 à l'ombre de l'échafaud, fils et petit-fils de guillotinés, sa mère, Delphine de Custine avait été l'une des nombreuses maîtresses de Chateaubriand, pour lequel elle, avait éprouvé une brûlante passion, qui ne diminuait en rien celle plus pure, mais tout aussi exigeante, qu'elle vouait à son fils, auquel l'illustre écrivain avait tenu lieu de père spirituel.

 

Et voilà que, tout à coup, le faubourg Saint-Germain, horrifié, apprenait que le marquis de Custine avait donné un rendez-vous galant à un jeune militaire et que, surpris dans une écurie d'auberge par les camarades de ce dernier, ceux-ci l'avaient bel et bien assommé en guise de représailles.

 

Je ne sais ce qu'il advint du soldat ni de ses brutaux camarades, mais en ce qui concerne Custine, on peut aisément imaginer quel coup effroyable fut porté à sa réputation.

 

Comme l'écrivait une de ses amies « Que Monsieur de Custine soit innocent ou coupable, jamais il ne peut se relever de là. Il n'y a pour lui que les secours de la religion ». Nous verrons plus loin qu'il n'en fut rien.

 

Les journaux à scandale n'existaient pas à cette époque mais cela n'était point nécessaire, car les commérages allaient bon train dans les salons du faubourg Saint-Germain et l'on se racontait des choses bien bizarres concernant la victime. On évoquait sa profonde mélancolie, ce mal du siècle, mis à la mode par Chateaubriand, mais qui allait au-delà de ce qu'il était généralement de bon ton d'afficher ; on comprenait maintenant pourquoi le jeune Astolphe écrivait « les tourments de mon cœur sont inexprimables autant qu'incompréhensibles ». Parbleu ! C'était donc là sa blessure secrète, à ce René d'un nouveau genre, effrayé par l'ombre maudite de Sodome.

 

On s'expliquait également les difficultés que sa mère avait rencontrées pour le marier, d'abord à Albertine de Staël, puis à Clara de Duras. Au dernier moment, il s'était dérobé, sans prétexte valable.

 

On évoquait l'amitié exaltée qu'il avait portée à un jeune Allemand, qu'il l'appelait « mon Wilhelm » et auquel il écrivait « mon cœur n'a plus la force de battre de joie au moment de retrouver mon frère ».

 

L'un de ses amis préférés, mais qui ne répondait guère à ses avances, Edouard Lagrange, comprenait alors la signification des lettres passionnées qu'il recevait :

 

« N'espérez pas me distraire de moi en me parlant de vous, car, après la voix de Dieu, la vôtre est, de tout ce qui m'atteint jusqu'ici, ce qui va le plus loin à la source de mon être. »

 

Et lorsqu'Astolphe était déçu par la froideur de son ami, il lui écrivait :

 

« Je ne veux pas lutter d'indifférence avec vous, car je crois que dans ce combat, je ne serai pas le plus fort. Je vous rends donc les armes... Vous ne méritez guère d'être encore pour moi ce que vous êtes. Mais je vous aime encore comme un enfant, sans autre but que de vous aimer. »

 

D'autres mauvaises langues parlaient de cet autre ami, si fidèle et si dévoué, auprès duquel Custine avait trouvé beaucoup plus de compréhension ; il s'agissait d'Edouard de Sainte-Barbe, que son ami avait baptisé Edouard II (Edouard Ier étant son décevant ami Lagrange).

 

On se rappelait que, s'il s'était finalement marié – du reste avec une jeune femme charmante – dès que son enfant était né, et sans même attendre les relevailles, il était parti en Angleterre pour plusieurs mois, accompagné d'un jeune Anglais, visiblement amoureux de lui.

 

Et lorsque l'épouse d'Astolphe était tombée gravement malade, Edouard II l'avait soignée « comme un frère » écrivait Custine, en ajoutant « la famille l'a adopté ». Lorsqu'elle était morte, son ami avait su le consoler et l'entourer de son affection.

 

Et encore, s'il avait su lui rester fidèle, il aurait pu tout au moins sauver les apparences ; il n'aurait pas été le seul aristocrate à dissimuler ses goûts. Mais il fallait en plus qu'il recherchât les rencontres dangereuses et les étreintes furtives, sur le fumier d'une écurie, avec des militaires de rencontre !

 

En conclusion, le faubourg Saint-Germain rendait le même verdict que son ami Edouard Lagrange : « Voilà un homme coulé à fond, flétri, marqué du sceau de la réprobation. »

 

En fait, ce scandale fut pour le marquis de Custine une véritable délivrance et le point de départ d'une nouvelle existence, beaucoup plus riche que la précédente, et d'une carrière littéraire fort réussie.

 

Il se sentit plus libre, n'étant plus obligé de dissimuler et il dut être aussi soulagé à l'idée qu'il ne serait plus la proie des mères désireuses de marier leur fille !

 

Mais surtout il avait conservé l'amour du fidèle et délicat Edouard de Sainte-Barbe, « l'esclave » comme l'appelait Custine, et qui le restera jusqu'à sa mort.

 

Ils allèrent faire ensemble de très grands voyages dans tous les pays d'Europe, accompagnés d'un jeune valet de chambre italien, qui, lui aussi, sera fidèle toute sa vie à son maître.

 

Custine se mit à écrire, notamment des relations de ses voyages, mais aussi des romans, et connut rapidement une certaine notoriété ; Stendhal, le premier, s'intéressa à lui, puis Lamartine et, plus tard, Baudelaire.

 

Il s'installa, avec son ami et son valet, dans une somptueuse demeure parisienne, rue La Rochefoucauld et acheta à Saint-Gratien, dans la forêt de Montmorency, un ravissant pavillon de style florentin, avec des terrasses à l'italienne et un parc anglais.

 

Il organisa alors de somptueuses réceptions, dîners, bals, concerts, lectures, où se pressaient les plus grandes célébrités littéraires et artistiques de l'époque : Hugo, Balzac, Stendhal, Delacroix, Chopin, George Sand, Berlioz, et le vieux Chateaubriand accompagné de Mme Récamier. Ce qui prouve que la société non aristocratique du temps du Romantisme avait les idées moins étroites qu'on ne le pense.

 

Et, lorsqu'en 1838, Custine tomba une nouvelle fois éperdument amoureux d'un bel exilé polonais, le comte Ignace Gurowski, tous les invités célèbres vinrent admirer le nouvel ami qui vivait avec Custine, ravi de ce qu'il appelait « notre trio ».

 

Malheureusement, le séduisant Polonais n'avait pas le même sens de la fidélité qu'Edouard II ; il tomba d'abord amoureux de la grande actrice Rachel, qui le repoussa, puis d'une infante d'Espagne qu'il enleva du couvent où sa famille l'avait enfermée pour la protéger des avances du fougueux slave, et qu'il finit tout de même par épouser.

 

Cet amour déçu de Custine fut à l'origine de son plus grand succès littéraire ; le désir de plaider la cause de Gurowski à Saint-Pétersbourg l'amena à effectuer un voyage en Russie et à écrire, à son retour, un livre intitulé « La Russie en 1839 » où il décrit de manière remarquable les effets du despotisme sous le tsar Nicolas.

 

On s'arracha ce livre, qui connut de nombreuses rééditions, et même des imitations.


Malheureusement, ce trop grand succès littéraire lui attira la jalousie de ses confrères qui ne pouvaient lui pardonner les 200 000 exemplaires vendus de son livre alors qu'ils le considéraient tout au plus comme un noble et riche amateur. Et, de ce, fait, Custine sentit de nouveau une insidieuse réprobation peser sur lui.

 

Mais le plus terrible pour lui fut la perte successive de ses amis les plus chers, dont Edouard de Sainte-Barbe. Il se retrouva seul, vieilli, et décida alors de vendre ses propriétés de Paris et de Saint-Gratien pour aller vivre à l'étranger, en Suisse et surtout en Italie, où il était fort estimé. Sa foi religieuse, très sincère et très profonde, ne l'avait jamais quitté et il devint même docteur de l'Eglise ; le Pape en personne lui témoigna les plus grands égards.

 

Retiré dans un ermitage de la campagne romaine, il publia en 1848 un énorme ouvrage d'inspiration chrétienne, « Romuald, ou la vocation », qu'il considérait, bien à tort, comme le chef-d'œuvre de sa vie.

 

Cette vie allait bientôt s'achever. Il écrivait : « Je vieillis comme j'ai vécu, au spectacle. Et quel spectacle ! »

 

La mort le frappa d'un seul coup, dans son fauteuil.

 

Il fut enterré à Saint-Aubain-d'Auquainville, dans une vieille église normande qu'il avait achetée pour la restaurer et où il avait déposé les cercueils de sa femme et de son enfant.

 

Il avait légué sa fortune au seul ami qui n'était pas mort, cet Anglais avec lequel il était parti après la naissance de son enfant, et qui, lui aussi, était resté fidèle, discrètement. Cet ami ne put du reste lui survivre.

 

N'est-il pas extraordinaire de voir que Custine a réussi, toute sa vie, à conserver l'amour, aussi bien de cet Anglais que celui d'Edouard II ou de son valet de chambre, sans drames ni ruptures, même après la fâcheuse histoire de Saint-Denis ?

 

Aussi à ce titre j'ai pensé qu'il pouvait avoir sa place dans la petite histoire de l'homophilie, au chapitre « Romantisme » tout comme il a sa place dans la petite histoire de la littérature.

 

Arcadie n°205, René Soral (pseudo de René Larose), janvier 1971

 

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Louis Massignon et les saints apotropéens par Serge Talbot

Publié le par Jean-Yves Alt

« Je cherche mes frères qui sont perdus. »

(Marie des Vallées, 1656)

 

L'Herne vient de consacrer un cahier à Louis Massignon (1883-1962), qui fut le maître de l'islamologie contemporaine et dont la vie, vouée aux humbles, aux opprimés, aux persécutés, fut inspirée par l'exemple de Gandhi (1). Dans son grand ouvrage, La Passion d'Al-Hallaj, il a réhabilité ce « martyr mystique de l'Islam », mort crucifié en 922 de notre ère pour avoir, dans les souks de Bagdad, prêché Dieu comme l'Unique Désir et l'Unique Vérité.

 

Visiteur des prisons, professeur au Collège de France, Massignon, le « cheikh admirable » (le mot est de Jacques Berque) allait donner des leçons d'alphabet arabe aux enfants Nord-Africains des bidonvilles. Poussé par sa foi agissante, en 1917, il était entré à Jérusalem aux côtés de Lawrence d'Arabie. Il ne se lassait pas d'intervenu en faveur des persécutés – qu'ils fussent le sultan Mohammed V, les ouvriers Nord-Africains et les torturés d'Algérie, les Malgaches, les fusillés Vietminh de 1951, les Bantous et les martyrs de l'Ouganda, comme les Noirs d'Amérique et d'Afrique du sud. Un jour, dans une réunion publique, son exposé sur la cause algérienne lui valut d'être jeté à terre, frappé, piétiné. Il se contenta de répéter le vers de Hallaj : « Tuez-moi mes compagnons : 'dans nia mort est ma vie. »

 

Massignon voit dans l'histoire une solidarité, réelle et efficace, des misères de la masse, avec la souffrance réparatrice de quelques âmes héroïques, substituées « apotropéennes ». Apotropéen vient du grec atropein qui signifie détourner. Les saints apotropéens sont ceux qui, selon la mystique, musulmane, détournent des hommes, par leur sainteté, les maux qui peuvent les frapper de la part de Satan ou de la justice vengeresse de Dieu. Hallaj, le saint excommunié, enseignait que, toutes les minutes, Dieu, par un saint, purifie 70.000 justes ; un de ses aînés, Ali-ben-Murvaffaq déclarait qu'au jour de Arafat, parmi 600.000 pèlerins rassemblés, Dieu se suffisait, pour leur pardonner, d'y trouver six justes : ce qui remémore, note Massignon, la prière d'Abraham sur la Cité de perdition, Sodome.

 

Sa vocation pour la compassion réparatrice et le sacrifice de substitution, Massignon la tient de Huysmans, qui a attiré son attention sur les âmes compatientes.

 

Huysmans lui a livré, « afin de le transmettre aux autres, le secret, l'honneur fraternel des camarades de travail, la participation, par la substitution mystique, du pécheur converti à la souffrance de son frère impénitent ».

 

C'est sainte Lydwine (Schiedam, 1453), qui, grâce à Huysmans, a mené Massignon au seuil (je le cite) de « cette science féminine de la compassion dont nos meilleurs psychologues de la colonisation, empêtrés dans leur paternalisme de mâle, ont tant méconnu l'inestimable valeur ».

 

Ainsi figure-t-elle, comme Abraham, dans le Calendrier des Saints et Serviteurs de Dieu qu'il invoquait quand il priait, j'oserai dire, pour nous.

 

Je citerai seulement quelques-uns de ces saints : saint Basile, saint Sébastien, saint Benoît, sainte Marie l'Egyptienne, sainte Jeanne d'Arc, saint Elie, sainte Magdeleine, Notre Dame de la Salette, saint Jean de la Croix, saint Lazare, saint Jean.

 

Et voici quelques serviteurs de Dieu qui n'ont pas encore été l'objet d'un jugement de l'Eglise : Armand de Rancé, Marie Stuart, Anne-Catherine Emmerich, Marie des Vallées. Jérôme Savonarole...

 

Mais le premier de la série des figures souffrantes, « apotropéennes » – parmi lesquelles il faut ranger Hallaj et Charles de Foucauld – c'est Abraham. Sa prière compatissante face à Sodome, la cité perverse et désespérée au seuil de la damnation, repose en effet sur la notion biblique et chrétienne de substitution, fondée sur la solidarité de tous les hommes en Adam (et plus tard dans le Christ) ainsi que sur la réversibilité du bien et du mal. Or, comme le note Massignon, « depuis la grande prière d'Abraham, nul n'a plus osé prier en bloc pour Sodome ».

 

C'est dans ses « Trois prières d'Abraham » que la pensée de Massignon atteint son maximum d'intensité mystique :

 

1) La Prière sur Sodome (ronéotypée seulement deux fois, à Paris, 1929 et 1949)

2) L'Hégire d'Ismaël, Tours 1935 (hors commerce)

3) Le Sacrifice d'Isaac, paru dans Dieu Vivant, n°13, Paris, 1949.

 

Abraham est tout à la fois le modèle des Patriarches, le père de tous les croyants, le pèlerin par excellence et le premier héros de l'hospitalité.

 

Il est né à Ur, en Chaldée. Il a 75 ans quand il épouse Sara. L'Eternel lui dit : « Quitte ta parenté et la maison de ton père pour le pays que je t'indiquerai. Je ferai de toi un grand peuple. » Il quitte alors sa terre natale et la tombe de son père. Ses devoirs sont ceux d'un hôte en terre étrangère.

 

Or Massignon a reçu l'hospitalité des Arabes qui sont la branche Ismaélienne des descendants d'Abraham. Il en a connu la force toujours vivante. En mai 1908, en Iraq, des Arabes, ses hôtes, lui ont sauvé la vie au nom de Dieu, et cette hospitalité l'a ramené à Dieu. L'hospitalité a un fondement religieux et elle sera au centre de toutes ses prises de positions politiques : « C'est sur l'Hôte (l'avons-nous reçu, vêtu, nourri ou non ?) et par l'Hôte qu'à la fin des fins nous serons jugés. »

 

On sait comment Sara, en Égypte, fit la fortune d'Abraham en devenant la Marquise de Pompadour de Pharaon. Mais elle était stérile et, vers la fin de sa vie, voyant qu'elle ne donnerait pas de fils à Abraham, elle poussa dans sa couche une servante au grand cœur, Agar, une Égyptienne. A peine Agar est-elle enceinte que la jalousie fait de Sara une vraie furie. La pauvre Agar donne pourtant à Abraham un fils : Ismaël. Mais sa victoire est de courte durée : à 90 ans Sara trouve le moyen de ramener son époux dans sa couche. Et elle accouche d'un fils : Isaac. Immédiatement, elle fait chasser Agar et Ismaël. Abraham exile donc son aîné avant d'offrir son puîné en sacrifice.

 

C'est avec les larmes d'Agar, les premières larmes de l'Ecriture, que commence l'histoire du peuple arabe. « L'arabe, a dit Massignon, est la langue des larmes, de ceux qui savent que Dieu dans son essence est inaccessible et que tout est bien ainsi. S'Il vient à nous, c'est comme un Étranger, qui rompt notre vie normale à la manière d'un intervalle délassant du travail ; et Il passe. » (2)

 

Par conséquent il faut retourner à l'Orient arabe, qui seul a le don des larmes nécessaires à la résurrection paradisiaque. Tu ne ressusciteras que si quelqu'un pleure sur toi...

 

Dans le cahier de L'Herne, Gabriel Bounoure montre qu'il faudrait au croyant, pour le soutenir dans son rôle de témoin, un don spécial lui permettant de concevoir Dieu comme une femme aveuglément.

 

« Le moi viril, tendu sur lui-même par le serment et armé de critique, a besoin qu'une autre partie de lui-même imite cet évasement des lys qui s'ouvre à la rosée, à cette salive du ciel : c'est dire que le témoin idéal serait celui dont l'étrange complexion réunira en lui la dureté active de l'homme et la tendre passivité féminine, celui qui fera jouer en lui le serment masculin et le vœu de la femme. Or chacun sait que ce privilège de structure est celui des poètes, des prophètes, de ceux en qui parle le sacré. Celui qui dispose du pouvoir poétique et du sens du sacré observe en lui l'union d'un esprit mâle épris de la pureté de l'Un et d'une sensibilité de femme, ouverte aux présences flottantes sur les cimetières, prête à se donner aux larmes de l'universelle compassion. » (Gabriel Bounoure)

 

Le Prophète Mohammed lui-même paraît avoir eu pour son affranchi Zeïd-Bin-Haritha un attachement platonique. Et c'est à un Poète, le persan Roumi, que Massignon a emprunté ce quatrain qui résume son œuvre :

 

« Quelqu'un, dont la beauté rend jaloux les Anges,

Est venu au petit jour, et il a regardé dans mon cœur.

Il pleurait, et je pleurai jusqu'à la venue de l'aube ;

Puis il m'a demandé : « De nous deux, dise qui est l'amant ? »

 

Dans les appels de Massignon pour le rapatriement des Agaréniens exclus de l'Amour, il y a la même violente compassion que dans les prières d'Abraham pour que des substituts sauvent les damnés de Sodome. Quiconque affirme une vérité, pensait-il, doit se faire du même coup l'hôte de toutes les vérités, le compatient de tous les condamnés, de tous ceux qu'on a réduits au silence et qu'on n'a pas voulu entendre. Mais il est temps de revenir aux aventures d'Abraham. Reprenons-les à Hébron, avant l'Hégire d'Ismaël.

 

Un jour, sous l'arbre, chêne vert ou térébinthe, de Membré (Abraham reçoit trois anges ; et parmi eux se trouve Yahvé. Sa parfaite hospitalité les induit à le tenter : Abraham, pourvu d'une postérité, va-t-il continuer à veiller sur les Cananéens de Sodome, alliés de son neveu Lot ? Ou bien va-t-il se désintéresser du pacte de fidélité quand il apprendra que les gens de Sodome et les Hittites de Syrie ont institué des lois rendant la sodomie licite ? (Dès le temps d'Abraham, la prostitution sacrée existait à Ur.) On lui annonce que l'Eternel a décidé de détruire la Cité de perdition.

 

Alors – je cite Massignon – « Ce qu'Adam n'avait pas su être, devant Eve tentée, en Paradis, Abraham le devient en présence de Sodome coupable : Père de tous les croyants, aïeul prédestiné de l'Eglise. »

 

Il est venu dans cette terre comme un étranger, comme un hôte. Les Cananéens ont été ses hôtes, bien qu'il ait su se garder pur de tout contact avec Sodome, « refusant, elle riche, lui pauvre, de s'y abriter, et vainqueur, d'accepter d'elle aucune part du butin reconquis ». Mais l'hôte est et demeure sacré. C'est pourquoi, à Hébron, où il vient de circonscrire Ismaël et de s'entendre promettre Isaac, il entre en contestation avec Dieu et mène avec lui, obstinément, une négociation sublime pour sauver la Cité maudite :

 

— S'il reste cinquante Justes parmi les pécheurs, doivent-ils périr ?

— En trouveras-tu cinquante ? demande Yahvé.

— Quarante-cinq ? propose Abraham.

— Va pour quarante-cinq ! Quels sont-ils ?

— Et quarante ?

 

Léon Bloy admirait l'obstination d'Abraham : Dieu par lui est vaincu six fois, après quoi il cesse de parler à Abraham, comme s'il craignait d'être vaincu une septième !

 

« Cinq fois il s'attaque à Dieu en duel, pour les sauver, dit Massignon, il ne réclame pas son neveu Lot qui est leur hôte ; il prie pour toute leur Cité ; dix justes seulement, et Sodome ne serait pas brûlée. En cette soirée, sa prière, ébauche de l'intercession mariale, s'élève parfaitement pure et sainte ; le sein d'Abraham tressaille ; l'ami de Dieu est mûr pour les dernières angoisses de l'amour ; il assiste au décret divin, au seuil de la damnation. »

 

Hélas ! à Sodome il ne restait pas dix justes, il n'en restait qu'un seul, Lot, le neveu d'Abraham. Deux anges se présentèrent chez lui pour lui conseiller de fuir au plus vite, avec les siens, la ville condamnée.

 

A peine sont-ils à Sodome, où ils ont été reçus par Lot, que les gens de Sodome cernent la maison et exigent de Lot qu'il livre ses hôtes, afin d'abuser d'eux. « Ne t'avions-nous pas interdit d'accueillir aucun hôte, ange ni homme ? » C'est le reniement de l'hospitalité qui est demandé à Lot.

 

Celui-ci ne cède pas : Prenez plutôt mes filles, qui sont vierges, propose-t-il. Mais les pauvres filles étaient vouées à un autre destin. Aussi les anges, Abraham, Lot, ses filles, sa femme (cette vaine curieuse, dont l'indiscrétion à l'égard des Sodomites sera justement châtiée), tous fuient Sodome sur qui, le 16 abib (nisan), à l'aube, tombe la pluie de feu.

 

« Sodome, dit Massignon, ce sont les pécheurs endurcis, les réprouvés... La Cité de la fausse hospitalité, qui a voulu abuser des anges, donc la Cité du péché conte l'Esprit Saint..., la Cité qui s'aime elle-même en un narcissisme partagé, qui se refuse à la visitation des Anges, des Hôtes, des Etrangers ou qui veut en abuser. C'est l'hospitalité humaine que son crime viole. » Le crime de Sodome est l'antitype de la vocation d'Abraham.

 

Ce qui fait l'étrangeté de la Prière sur Sodome, c'est que Massignon se fait de Sodome une image très sombre. Il rejette le rêve que Platon prête à Socrate d'une immortalité presque mystique, partagée, à travers une admiration esthétique raffinée. Il rejette l'amour adhrite de certains musulmans, une résignation hautaine à souffrir l'esclavage charnel sans y céder, à se suffire d'un signe, d'un simple regard sur la beauté de jeunes chrétiens, symboles des chansons du paradis promis. Il subit l'influence des idées des médecins d'autrefois sur la dégénérescence, reprend à son compte l'idée de « genèse démoniaque » de théologiens médiévaux. Il va jusqu'à essayer de justifier les rigueurs du Moyen-Age. Mais la rigueur poussée à ses limites se change en son contraire. Ce retournement dialectique s'opère grâce à la notion de substitution, qui fait figure, comme le Pari de Pascal, d'argument désespéré.

 

« S'il ne faut pas pourtant désespérer de trouver, parmi de tels rescapés, dix pénitents prédestinés à la solitude spirituelle totale, à la nudité de la mémoire, à la conformité par la foi à Dieu seul, il faut d'abord que l'on prie et souffre pour eux tous – en silence et à leur insu – en union intime avec Jésus Crucifié, dans la communion de toute l'Eglise ; et spécialement avec les quelques âmes, solitaires et contemplatives, Trappistes et Chartreux, « Madeleines » pénitentes du Bon Pasteur, stigmatisés et compatients isolés à qui Dieu donne ici-bas la passion cachée d'intercéder devant Sa face, comme fit Abraham, jusqu'au bout : avant que le feu de Sa justice flambe ».

 

Massignon a tellement cherché à ce que justice soit faite à tous les désavantagés, à tous les opprimés, au nom de l'Unique Innocent condamné à mort, qu'il espère finalement que les damnés de Sodome – malgré l'idée injuste qu'il s'en fait – seront sauvés par des substituts apotropéens :

 

« N'y eût-il dans la Cité maudite que dix justes, et elle serait sauvée. Cette prière d'Abraham plane toujours au-dessus des sociétés de perdition pour y susciter ces dix justes, afin de les sauver malgré elles. Et il faut bien qu'elle les y trouve, de temps en temps, pour que le feu du ciel, comme pour Capharnaüm, les épargne. »

 

(1) L'Herne, 520 p. Prix : 58 F. Illust.

(2) Comment ne pas faire le rapprochement avec le beau film de Pasolini, « Théorème » ?

 

Arcadie n°205, Serge Talbot (Paul Hillairet), janvier 1971

 


Un écrit mystérieux et déconcertant : la prière sur Sodome par Louis Massignon

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Travestissement par le photographe Gunnar Larsen

Publié le par Jean-Yves

Il ne faut pas confondre « faux air » et faussaire.

 

Si l'illusion est presque parfaite pour les yeux, il n'y a pas tromperie sur la « marchandise ».

 

Torse nu mais... tout habillé !

 

 

Gunnar Larsen (1930-1990) – Homme assis à une terrasse de café et habillé en deux coups de pinceau – 1973

Photographie

 

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Sexe et liberté au siècle des Lumières, Théodore Tarczylo

Publié le par Jean-Yves

Théodore Tarczylo montre dans cet essai que l'élévation de la masturbation au rang de perversion suprême au XVIIIe siècle est une donnée majeure dans la révolution des valeurs sexuelles qui s'est opérée alors.

 

La masturbation, aujourd'hui, n'est plus qu'une « perversion » de seconde zone. Du début de notre ère jusqu'au XVIIe, elle a connu une vie discrète jusqu'à ce que la voix des spécialistes du corps s'élève et couvre celle des spécialistes de l'âme. La masturbation est devenue « le mal qui répand la terreur », l'invention d'une « maladie » de bout en bout culturelle.

 

Théodore Tarczylo ne s'est pas demandé si l'on se masturbait alors plus ou moins qu'aujourd'hui, mais pourquoi de péché parmi d'autres péchés, la masturbation fut pensée comme un péché, une maladie.

 

■ Dans une première partie, l'auteur expose les valeurs dont se réclamaient le clergé et le médecin. Il souligne les continuités et les ruptures entre les deux modèles de pensée :

 

« Pour le médecin comme pour le théologien, qu'est-ce que savoir, sinon mesurer l'écart entre un état originel idéal et l'actuel état de la déchéance ? Qu'est-ce que guérir, sinon proposer un art de vivre qui permette de retrouver la félicité perdue ? Le médecin reste prisonnier du système de la chute et du salut. En refusant le recours au péché originel, il a d'ailleurs quelque difficulté à intégrer le mal dans son système propre, car en faire une réalité immanente à la nature, c'est refuser toute liberté à l'homme. D'où cette constante oscillation entre deux options contradictoires : selon l'une, le mal est en effet inscrit dans les corps (et particulièrement celui de la femme) ; selon l'autre, plus optimiste, c'est par ignorance que l'homme compromet l'équilibre de la nature. Quoi qu'il en soit, le corps et le sexe ne sont que les prétextes d'un affrontement entre deux conceptions du drame existentiel. Le regard que pose le médecin sur les organes, le « réalisme » du discours scientifique ne doivent pas faire illusion : c'est toujours en termes de salut (un salut qui sans doute n'implique plus la conformité à un message transcendant) que se pose pour lui le destin du corps. En ce sens, mais en ce sens seulement, on peut admettre l'idée de continuité. » (pp. 94/95)

 

■ Dans une seconde partie, l'étude du concept de « péché de mollesse » (terme désignant la masturbation) précède l'histoire de la littérature anti-masturbatoire dont le chef de file fut le Docteur Tissot :

 

« L'exemplarité du récit […] ne réside pas uniquement dans l'utilisation emphatique de l'horreur ; plus précisément, celle-ci témoigne d'une nouvelle dimension de la thérapeutique et du rôle social du médecin. La masturbation est une maladie "plus ravageante peut-être que la petite vérole" ; la réduire à quelques cas pathologiques serait donc une lourde erreur. C'est un véritable fléau qui relève de l'épidémiologie. La déstabilisation de l'ordre social apparaît à différents niveaux. L'activité des masturbateurs trouble d'abord la division des sexes. Les jeunes gens se dévirilisent : "Ils deviennent pâles, efféminés, engourdis, paresseux, lâches, stupides, et même imbéciles" ; quant aux jeunes filles, nombreuses sont celles qui de masturbatrices deviennent tribades, s'emparant ainsi "des fonctions viriles". Fait grave : comme avec prédilection le fléau s'abat sur la jeunesse. Il dissipe ses forces et compromet irrémédiablement sa croissance comme son avenir social. […] Conjointement à la thérapeutique proprement médicale, destinée à l'individu, Tissot ébauche donc une thérapeutique « sociale » qui permette de repérer, puis d'enrayer le fléau et qui repose sur la connaissance des lieux, des moyens et des signes de la contagion. Les lieux privilégiés de l'infection sont naturellement ceux qui regroupent la jeunesse : écoles, collèges et universités. Un seul élément perverti peut contaminer l'ensemble. » (pp. 123/124)

 

■ Dans la troisième partie, l'auteur tente d'expliquer cette campagne hystérique anti-masturbation reprise par les « philosophes ». Pour cela, il étudie L'Émile de Jean-Jacques Rousseau, synthèse du discours pédagogique de l'époque :

 

« Pour le médecin, la puberté est l'indice d'une indubitable capacité d'engendrer ; pour le philosophe, elle autorise l'entrée dans le monde. Pour tous deux, elle marque l'accession à l'âge d'homme, c'est-à-dire à la plénitude des facultés propres à l'espèce. Dès lors, l'enfance n'est qu'un état d'imperfection transitoire qu'il faut se hâter de franchir. Le théologien place la ligne de partage ailleurs : entre la vie et la mort. Le péché originel rabaisse la vie au statut d'une longue enfance. Dans le long apprentissage du salut, dès la naissance entrepris, pas de rupture décisive. La puberté n'est qu'un palier. L'occasion sans doute de nouveaux péchés, et plus graves ; l'occasion par là de mesurer sa valeur, en optant pour le mariage ou la cléricature. En aucun cas aboutissement. Mais ce sera chez le théologien une même hâte, et peut-être plus vive encore, à brûler les étapes. » (p. 215)

« Dès lors, le pédagogue se hâte avec lenteur. Si l'objectif de la méthode est de retarder (et non empêcher), c'est afin que puisse éclore la conscience de la règle morale ; le pédagogue ne peut que rejeter le schéma binaire du philosophe et du théologien pour lui substituer un schéma ternaire : le corps, la raison, la morale. » (p. 215)

 

L'un des mérites de Tarczylo est de prolonger son travail d'historien par une réflexion sur le discours actuel tenu par les « psys » et les sexologues :

 

« Dans l'échelle des expériences sexuelles, l'acte solitaire, jugé incomplet et rudimentaire, n'a droit qu'à une bienveillance mesurée. Quant au masturbateur adulte, le sexologue le voue à l'anormalité la plus humiliante : celle de l'immature. L'homosexuel, s'il provoque la crainte, le refus ou la colère, trouve parfois, dans la violence même de ces réactions, une sorte de légitimation, de valorisation compensatrice ; le masturbateur, lui, n'a d'autre refuge que dans le silence... » (p. 21)

 

La masturbation reste une pratique inavouable par excellence. On en rit, mais on ne l'avoue pas.

 

Cette plongée dans l'histoire a le grand mérite d'éclairer le présent en démystifiant « l'objectivité » du médecin. L'éthique médicale est nourrie d'une idéologie, d'une morale où convergent « ordre de la nature » et « éducation judéo-chrétienne ».

 

■ Éditions Presses de la Renaissance, Collection « Histoire des Hommes » dirigée par Évelyne et Maurice Lever, 1983, ISBN : 2856162568

 


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Revue Arcadie : répertoire de quelques articles parus dans la revue

Publié le par Jean-Yves Alt

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OUVERTURE

La faute par André Baudry

Notre responsabilité par André Baudry

Notice Historique : il était une fois Arcadie… par Christian Gury

Message de Jean Cocteau (janvier 1954)

Une histoire critique du mot homosexualité par Jean-Claude Féray

Le mythe de la virilité par Henri Studa

Pour une addition à la Déclaration des droits de l'Homme par Alain Romée

Roger Peyrefitte par André Baudry

Roger Peyrefitte est-il un polémiste ? par Pierre Nédra

 

LITTERATURE

Florilège par Christian Gury

La littérature homophile par André Baudry

Des Dieux et des Garçons par Marc Daniel : Étude sur l'homosexualité dans la mythologie grecque

Excursion mythologique par Jacques Fréville

Entre les lignes : Des amours laconiques par Jacques Fréville

Entre les lignes : Bacchus, Voltaire et saint Clément d'Alexandrie par Jacques Fréville

Deux repas littéraires et scientifiques dans la Grèce antique par Jean de Nice

À propos de littérature enfantine par Roger Foucher

L'homosexuel vu par quelques auteurs dramatiques par Roger Gellert

Les romans policiers et l'Arcadie (1958) par Marc Daniel

Le cas San-Antonio par Roger Foucher

L'amour grec dans la littérature par Jean de Nice

Le portrait de Battylos par Anacréon de Téos

Les amours dissidents de Boris Arnold par Marc Daniel

Entre les lignes : Barbey d'Aurevilly par Jacques Fréville

Dialogue liminaire de « Platoniquement » par Axieros

Rencontres avec « Axieros » par Eugène Dyor

Rémy Belleau par Jacques Fréville

Jacinto Benavente, prix Nobel, par Jean Castillan

La véritable histoire de Fabrizio Lupo (roman de Carlo Coccioli) par André Calas

Défense de Jean-Paul (roman de Marcel Guersant) par Jeannine Allain

Enquête sur l'homosexualité en littérature : Les Marges (1926)

A Cordoue, au temps des califes par Juan Garcia

Poèmes turcs de Baki (17e s.) et Zia Pacha (19e s.)

Le beau Dioclès, poème de Callimaque

Colette et l'homophilie par René Soral

Constantin Cavafy par Marc Daniel

Centenaire de Kavafy (1863-1963)

Gonçalves Dias, poète brésilien par Max Jurth

Dioscoride (IIe-IIIe siècle avant J.-C.)

L'homme orchestre, André du Dognon (1955) par Alain

Entre les lignes : Du côté de chez Anatole France par Jacques Fréville

Une sapho romantique : Mademoiselle de Maupin de Théophile Gautier

Jean Genet ou les fastes de l'érotisme par André du Dognon

Beauté de l'éphèbe par Goethe

Witold Gombrowicz et l'homosexualité par André Clair

Avez-vous lu Hâfiz ? par Serge Talbot

Entre les lignes : Le « Gramont » de Hamilton par Jacques Fréville

Une comédie sur l'homosexualité imaginée par Victor Hugo en marge d'Homère

Max Jacob par René Soral

Max Jacob par André Calas

Pierre-Jean Jouve et l'homophilie par Sinclair

Entre les lignes : Valéry Larbaud par Jacques Fréville

Deux poètes : Olivier Larronde et André de Richaud par Sinclair

Daphnis et Chloé (roman attribué à Longus – IIe ou IIIe siècle)

Le paradis perdu de Pierre Loti par G. Veher

A Hyllus, épigrammes de Martial

Un marécage par Pierre Nédra : à propos du roman Masque de chair de Maxence Van der Meersch

Daphnis (poème de Méléagre de Gadara)

Entre les lignes : Molière : homosexuel par Jacques Fréville

Montherlant intime par Robert Amar

La ville dont le prince est un enfant, Henry de Montherlant par André du Dognon

Les désarrois de l'élève Törless de Robert Musil lu par Jean Boullet

Gérard de Nerval par Jacques Fréville

Amour et Arcadie par Roger Peyrefitte

Les clés de saint Pierre, un chapitre inédit de Roger Peyrefitte

Pindare (Poète grec, v. 518-442 av. J.-C.) par Max Jurth

L'amour proustien par Guy Laurent

Le voyage en ganymédie (supplément au Tiers Livre composé par François Rabelais)

En marge du centenaire de Han Ryner : La fille manquée par Robert Amar

Romain Rolland et l'amitié par Marc Daniel

Shakespeare : l'affaire des sonnets par Guy Amen

Trois poèmes de Strabon

Un conseil de Théogonis de Mégare

Verlaine, poète de l'homophilie par René Soral

Verlaine sans Rimbaud par André Calas

Entre les lignes : En lisant Voltaire par Jacques Fréville

Entre les lignes : Variation autour du mariage de Louis XV par Voltaire

Walt Whitman par René Soral

Le secret de Vauvenargues par Pierre Fontanié

Sur Henry de Montherlant par André Clair

Montherlant ou le paradis à l'ombre de la mort par André du Dognon

Ce bougre de Flaubert par René Soral

Gide ou l'amour grec par Philippe de Charmailles

Correspondance de Paul Claudel et André Gide par René Soral

Gide le contestataire par Marc Daniel

Jean Lorrain par René Soral

Une interview : Julien Green par André-Michel Calas (1974)

Aperçus greeniens par Gilles Daes

Jeunesse de Julien Green par Jean-Noël Segrestaa

Folies romaines : les homosexuels dans l'œuvre de Juvénal par Jérôme Bernay

L'affaire Custine ou l'homophilie au temps des romantiques par René Soral

La nuit du Moyen âge par Jacques Fréville

Un épisode des « Martyrs » de Chateaubriand par Robert Dol

Souvenirs d'un lecteur « impur » par André-Claude Desmon (à propos des Amitiés particulières de Roger Peyrefitte)

Une affaire de mœurs en Sicile au XVIIIe siècle par Roger Peyrefitte (sur l'origine du roman « L'exilé de Capri »)

Le secret de Jules Verne par René Soral

Espace d'or, d'argent, d'azur dans « La comédie humaine » par Jean-Louis Verger

Hermann Melville par Yves Kerruel

Retour à l'original par G. Veher (à propos de l'adaptation de « La chatte sur un toit brûlant » de Tennessee Williams)

Jean-Paul Sartre a-t-il imité Paul Bourget ?

Le marquis de Sade, précurseur de la libération homosexuelle par René Soral

Le beau Dioclès par Callimaque de Cyrène

 

CINEMA

Le cinéma et l'homophilie vus par la revue Arcadie (Sinclair – 1956)

James Dean ou l'avènement d'un archétype par Serge Talbot

 

HISTOIRE

Les lumières de l'Histoire par Marc Daniel

Essai de méthodologie pour l'étude des aspects homosexuels de l'Histoire par Marc Daniel

Akhenaton, le pharaon mystérieux par Christian Régis

L'homophilie chez les Incas

Nos ancêtres les Hittites ? par Marc Daniel

Trois analyses culturelles par Thomas K. Fitzgerald : La civilisation des Keraki (Papous) – La civilisation sur l'île de Truk – La civilisation grecque.

L'amour grec dans la religion par Jean de Nice

Les homosexuels et la chute de l'Empire romain, ou les délires d'un moine gaulois du Ve siècle par Jean Claude Vilbert

Un homophile au temps des bûchers par Marc Daniel

Entre les lignes : Sous la cape de Capet par Jacques Fréville

Les amants du soleil levant par Marc Daniel

Homosexualité, esclavage et civilisation par Serge Talbot

Le grand maître par Marc Daniel (sur les Templiers)

Comment est mort Edouard II d'Angleterre ? par Marc Daniel

La soi-disant pédérastie du Réformateur Jean Calvin par H.-J. Schouten

La confession d'un arcadien sous la Renaissance italienne par Roger Peyrefitte

21 mars 1626 par Juan Garcia

Hommes du Grand Siècle : Louis XIII par Marc Daniel

Rapports des lieutenants de police sous Louis XIV

Un sodomite de génie : Jean Baptiste Lully par Robert Amar

Tallemant des Réaux par Jacques Fréville

Entre les lignes : Madame Palatine par Jacques Fréville

A Brest, en 1776

« Babet ou la bouquetière » ou l'abbé, l'ambassadeur, le Ministre, le Cardinal de Bernis (1715-1794) par Pierre Nouveau

Réflexions sur la répression de l'homosexualité de l'âge classique à nos jours par André Claude Desmon

Le péché philosophique ou de l'homosexualité au XVIIIe siècle par Pierre Nouveau

Et si nous parlions aussi de la Chine par Marc Daniel

Entre les lignes : Benjamin Constant par Jacques Fréville

Bûchers et Bastille : les papiers de M. le Lieutenant de Police par Marc Daniel

Oscar Wilde conté par Edmont de Goncourt par Guillot de Saix

Le bimétallisme d'Oscar Wilde par Guillot de Saix

Le non-conformisme à la « Belle Epoque » par Marc Daniel

Louis II de Bavière ou le royaume du rêve par Marc Daniel

Le cas de Lawrence d'Arabie par Françoise d'Eaubonne

Notre Thomas Edward Lawrence par Serge Talbot

Les homophiles dans les camps de concentration de Hitler

L'homosexualité dans les camps nazis par Aimé Spitz

L'homosexualité en Angleterre : Rapport Wolfenden présenté et commenté par Marc Daniel

Les « blousons noirs » aspect historique par Marc Daniel

 

PHILOSOPHIE

Le Banquet de Platon par André-Claude Desmon

Quelques réflexions sur Socrate par Françoise d'Eaubonne

Le Banquet de Platon : l'amour chevaleresque par André Claude Desmon

Montaigne et l'amitié par André Linck

Méditations spinozistes par André Claude Desmon

Proudhon et l'amour « unisexuel » par Daniel Guérin (1)

Proudhon et l'amour « unisexuel » par Daniel Guérin (2)

Le nouveau monde amoureux de Fourier par Daniel Guérin

Schopenhauer et le problème de l'homosexualité par Serge Talbot

Nietzsche par Max Jurth

Singuliers philosophes par Marc Daniel

Le vrai sexe par Michel Foucault (à propos d'Herculine Barbin)

 

SCIENCES

Les attitudes des médecins face à l'homosexualité par le Docteur Michel Gayda

L'efféminé : étude psycho-sexuelle de Henri III par le Docteur Gilbert Robin

Les mignons de Henri III par le Dr Gilbert Robin

Un sexologue humanitaire : Magnus Hirschfeld par Serge Talbot

Psychiatrie et catholiscisme de J. H. Vanderveldt et R. P. Odenwald par Serge Talbot

Enfance et homosexualité par Lucien Farre

 

RELIGION

Saint Aelred, priez pour nous ! par Christian Gury

L'évaluation de l'amour homosexuel par Serge Talbot

L'origine de l'interdit judaïque par Françoise d'Eaubonne

Entre les lignes : Les usages de Marigny par Jacques Fréville

Louis Massignon et les saints apotropéens par Serge Talbot

Un écrit mystérieux et déconcertant : la prière sur Sodome par Louis Massignon

Entre les lignes : un béotien et deux curés par Jacques Fréville

Des ancêtres un peu encombrants : un groupe d'homosexuels juifs révolutionnaires par Jérôme Bernay

Théologie et homosexualité par Lucien Farre

David et Jonathan par A. d'Aunis

Valeur religieuse de l'homophilie chez les primitifs par Jean-Louis Verger

Saint Thomas (archevêque de Cantorbéry) fut-il un arcadien ? par Marc Daniel

Pontus de Tyard, un prélat humaniste de la Renaissance par Jacques Fréville

Les tabous sexuels de l'Islam par Serge Talbot

Confucius ou une religion accessible aux homophiles par Max Jurth

L'évaluation de l'amour homosexuel par Serge Talbot

 

ARTS

Devant une statue d'Antinoüs par Jean de Nice

Gustave Moreau par René Soral

Priorité de l'homme chez les Grecs par Jean de Nice

Chansons interdites de Nicole Louvier par Jeannine Allain

Tchaïkovsky ou la symphonie inachevée par Marc Daniel

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