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Quand le corps se fait toile

Publié le par Jean-Yves

Nombreuses sont les sociétés qui consacrent une part de leur créativité et de leurs dons artistiques à embellir la peau. Visages et corps forment la toile sur laquelle, par exemple, certains Africains déploient tout leur art.

 

Le caractère esthétique des peintures et des tatouages n'est qu'un aspect particulier de ces œuvres : il faut aussi tenir compte de leur environnement ethnique, social et religieux. Les décors de peau indiquent l'histoire et le rang d'une personne, sa provenance et son appartenance.

 

Les lignes, formes et figures dessinées s'inscrivent dans le cadre des représentations mythiques et culturelles liées à un groupe, une tribu, un peuple. Les motifs cérémoniels extraient l'individu du quotidien pour le projeter dans le monde spirituel, ils le protègent des influences néfastes et le rattachent à ses ancêtres.

 

Les peintures rituelles, comme les peintures de guerre, sont de l'art corporel avant la lettre comme le sont devenus, dans d'autres groupes humains, le maquillage, les bijoux, la recherche vestimentaire et toutes les interventions visant à transformer l'image du corps.

 

 

Carol Becker et Angela Fischer – Peinture corporelle

 

Sur cette photographie, deux Africains réalisent leurs peintures tégumentaires avec un morceau de roche blanche qu'ils humidifient dans l'eau pour que la trace sur le corps soit plus douce et plus prégnante. Chacun peint le corps de l'autre en respectant les mêmes graphismes : droites, courbes, stries, ondulations, sinuosités, parallèles.

 

L'alternance des zones peintes en blanc et des zones sombres de la peau laissée vierge résonne en écho avec ces corps sombres et leurs ombres qui se détachent sur le décor naturel si clair. L'un des hommes exécute la peinture rituelle, l'autre s'y prête.

 

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Visions d'Anna, Marie-Claire Blais

Publié le par Jean-Yves Alt

Un roman où tous les personnages importants sont des femmes et où les liens, qui retiennent l'attention, sont ceux entre femmes.

Anna est au centre du récit, image de d'une nouvelle conscience féminine : elle voit et garde les yeux grand ouverts afin de trouver la force d'avancer dans la lucidité d'un futur sans soleil ?

Anna est entourée de femmes attentives, maladroites peut-être, mais retenues par le lien d'une absence : l'homme, furtif, médiocre, fugueur, son corps quelquefois qu'il donne, vulnérable dans son vieux rêve de virilité.

Deux femmes, deux mères : Raymonde et Guislaine, amies d'enfance, les deux faces de la maternité ou du moins les deux tentatives pour tenter d'être mère quand les filles leur jettent à la face les questions oubliées.

Les femelles sorties de leur ventre : Michelle (13 ans, pianiste, la musique la sauvera-t-elle ?), Liliane, lesbienne, qui construit des certitudes dans sa marginalité, Anna enfin, droguée, et son lent voyage, seule, parallèle à ces autres enfants perdus, étendue sur les plages où se cherchent les mains des nomades de l'acide (Tommy, Manon, Rita...).

Marie-Claire Blais donne un beau roman, sans fracas à l'écriture troublée, infinie : d'immenses phrases pour approcher au plus près de la dérive.

■ Visions d'Anna, Marie-Claire Blais, Editions du Boréal, 2011, ISBN : 978-2890523753

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Renouveau de la pédérastie à la fin du XIXe par James Davidson

Publié le par Jean-Yves

La pédérastie en vogue au sein de l'élite romaine de l'empire – qui se distinguait ainsi du républicain Cicéron – a connu un renouveau étrangement vivace à la fin du XIXe siècle et au début du XXe. Les Uraniens, comme on les désignait en Angleterre, ont tenté, sous un masque de respectabilité, de reconstituer l'atmosphère pédérastique du temps de Platon, et le poète Stefan George a fait de même en Allemagne en créant le fameux cénacle qui honorait son « expérience » avec le jeune Maximin. Les Uraniens comptaient parmi eux le principal collectionneur d'œuvres érotiques grecques des temps modernes […] : l'Américain Edward Perry Warren, issu d'une riche famille de papetiers de Boston.

 

Une vie sexuelle bigarrée et inventive

 

 

Cette coupe, réalisée au Ier siècle, fut refoulée par la douane américaine au début des années 1950. Elle fut exposée pour la première fois en 2006 au British Museum.

 

Au début des années 1950, la coupe se vit refuser l'entrée aux États-Unis, pour cause d'immoralité, lors d'une vente des biens de Warren. Mais, dans les années 1990, elle fut reconnue comme un chef-d'œuvre, et le British Museum réunit 1,8 million de livres pour la garder en Grande-Bretagne. Elle a été exposée pour la première fois en 2006. L'omission d'une pièce aussi exceptionnelle reflète la négligence des auteurs envers l'art postclassique et les objets qui ne sont pas en céramique. La coupe de Warren, avec sa finesse d'exécution, nous emmène droit au cœur de l'univers hellénistique de l'Empire romain au milieu du Ier siècle de notre ère.

 

Les deux côtés de la coupe représentent un coït anal entre un homme et un garçon. Dans l'une des deux scènes, les amants n'ont qu'un faible écart d'âge, et le partenaire passif est assis à califourchon sur l'autre tout en se tenant à une sorte de courroie pour garder son équilibre. Dans l'autre, le garçon est nettement plus jeune, et il est étendu de côté sur les genoux du plus âgé. [Cette coupe] prouve qu'une scène de ce type pouvait être encore appréciée sur un objet de luxe des siècles plus tard.

 

Les spécialistes de l'Antiquité sont depuis longtemps attentifs aux attitudes des Grecs et des Romains à l'égard des rôles joués dans les rapports homosexuels. En règle générale, le partenaire actif ne voyait pas sa virilité dégradée, à la différence du partenaire passif. Cependant, il faut nuancer. Pour un garçon de moins de 18 ans, ou même un éphèbe entre 18 et 20, le rôle passif, s'il était consenti, faisait semble-t-il partie du processus d'apprentissage et n'avait pas d'incidence sur sa masculinité. Et la préférence pour le rapport intercrural qu'indiquent les vases classiques paraît une manière d'éviter une pénétration plus agressive, même si nous n'en serons jamais sûrs en l'absence de témoignage direct.

 

Nous ne saurons jamais non plus combien de ces liaisons se muaient en attachements à vie. Ce fut manifestement le cas pour certaines, mais probablement sans qu'elles conservent toujours leur dimension sexuelle. Nous savons également, grâce à Eschine, qu'un erastès pouvait passer sans problème d'un garçon à un autre sans encourir le moindre opprobre, à condition qu'il ne soit pas question d'argent. Pourtant, au cours des siècles tardifs, on voit des cités restreindre l'accès aux gymnases et protéger la jeunesse d'actes honteux. Puis nous découvrons la coupe Warren et la pédérastie affichée des empereurs romains. Cela au moment précis où Plutarque, qui était l'ami de tant des grands personnages de son temps, pouvait lancer son plaidoyer pour les joies de l'amour conjugal, tout en exposant avec sympathie celles de l'amour pédérastique.

 

La vie sexuelle des anciens Grecs était aussi bigarrée et inventive que leur culture resplendissante. Elle n'était ni cohérente ni uniforme. Aujourd'hui encore, elle résiste obstinément à toutes les idéologies et tous les préjugés modernes. Elle avait pourtant son propre code de décence. En matière de sexualité, comme dans tant d'autres domaines, les anciens Grecs étaient uniques.

 

James Davidson

 

Cet article est paru dans la New York Review of Books le 24 septembre 2009. Il a été traduit par Dominique Goy-Blanquet.

 

BOOKS numéro Spécial, décembre 2011-janvier 2012

 


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Lehnert et Landrock à la Galerie « Au Bonheur du Jour »

Publié le par Jean Yves Alt

Nicole Canet

 

et la Galerie Au Bonheur du Jour

 

présentent :

 

Lehnert et Landrock

 

Photographies Tunisie 1905-1910

 

du 24 septembre au 22 novembre 2014

 

Vernissage le mardi 23 septembre 2014 de 18h à 22h

 

La Tunisie de Lehnert et ses mythiques clichés de nus, portraits, scènes de la vie quotidienne, souks, paysages, dunes et oasis.

 

 

Le photographe Rudolf Lehnert et son associé Ernst Landrock s’installent à Tunis en 1904. Lehnert parcourt le pays, à la recherche du meilleur effet pour ses prises de vue, entre ombre et lumière, à la tombée du soleil dans cette immensité du désert. Il sait aussi nous fasciner avec ses photos de nus, empreintes de pureté et de poésie. Sophistication suprême dans son patio, où les femmes nommées Fatma, Adda, Aïcha, Zorah… nous charment par leur beauté et leur sensualité. Nous trouverons aussi quelques photos, plus rares, de nus de garçons jouant au jeu de la séduction à Sidi-Bou-Saïd.

 

Cet orientaliste de cœur, ayant eu une formation à l’Institut des Arts Graphiques de Vienne, maîtrise parfaitement les cadrages et les lumières. Il est l’héritier de l’académisme transmis par l’école pictorialiste et se frotte à l’Art Nouveau. Passionné par la Tunisie, il entreprit une quête originale qu’il ambitionnait de laisser à la postérité.

 

Cette exposition présente une centaine de photographies d’époque de cet auteur. Elle vous fera découvrir une œuvre majeure dédiée à la beauté dans ce qu’elle a de naïf et d’absolu.

 

Galerie Au Bonheur du jour 

11 rue Chabanais - 75002 Paris

01.42.96.58.64

du mardi au samedi 14h30 – 19h30

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L'absence, Jean-Denis Bredin

Publié le par Jean-Yves Alt

Il y a des vies bâclées, comme celle de Claude Hartmann. Pourtant, il avait tout pour réussir. Elève surdoué, il rafle l'agrégation et se retrouve à la tête d'une grande maison d'édition. Avec cela, beaucoup de charme, de multiples amantes. Bref, toutes les raisons d'être heureux.

Claude Hartman n'a aucun goût pour la vie. Il n'éprouve, pour les écrivains qu'il édite, qu'un mépris profond et se méprise tout autant de faire un métier dans lequel il ne croit pas. Même cynisme en matière amoureuse.

La clef de cette absence au monde, il faut la rechercher dans une mère despotique, et adorable malgré tout. On ne sait pas si c'est par dépit, par défi ou tout simplement par amour qu'un jour, Claude part à Venise avec sa mère malade, gravement atteinte d'un cancer.

Là, dans les hôtels les plus luxueux, il ne ménage ni le champagne, ni les promenades, ni les conversations étourdissantes de drôlerie dont il a le secret, il fera de ses derniers instants une fête ininterrompue.

Le livre bascule peu à peu dans le délire, la folie et la mort.

Ecrit d'une manière désenchantée et incisive, ce roman est générateur d'un profond malaise : bouleversant.

■ L'absence, Jean-Denis Bredin, Editions Gallimard, 1986, ISBN : 2070707555


Du même auteur : Un coupable

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