Overblog Suivre ce blog
Administration Créer mon blog

Matthias Grünewald : la violence sans l'extase

Publié le par Jean-Yves Alt

Le corps est ressenti d'une façon très différente dans les pays latins et dans les pays nordiques. Dans les pays latins, le corps est davantage le lieu d'une harmonie qu'un objet de honte. Cela vient en partie de l'influence plus catholique que protestante.

Dans les pays du sud, il est possible de voir – à l'extérieur – quelqu'un s'endormir de la façon la plus animale et la plus obscène qui soit : bouche ouverte, filet de bave qui coule... Un européen du nord ne ferait jamais cela. En général il se cache pour dormir, faire l'amour, mourir…

La peinture du XVIe siècle possède un chef d'œuvre qui est le retable de Matthias Grünewald qui illustre magnifiquement cette différence. La Crucifixion de Grünewald est tout à fait dans l'esprit même de la réforme luthérienne et nordique. Si le peintre a représenté un Christ nu, c'est parce qu'il le fallait d'un point de vue strictement iconographique. Mais quel nu !

Je n'ai jamais vu de nu plus torturé, plus douloureux, plus angoissant. Un peintre latin n'aurait jamais osé attenter de cette manière à la beauté d'un corps qui restait quelque chose de sacré avec l'interdiction des autopsies jusqu'au XVIIe siècle, l'interdiction des incinérations…

Matthias Grünewald – Retable d'Issenheim : détail de la crucifixion – 1510/1515

Musée d'Unterlinden, Colmar

Grünewald a détruit méticuleusement toute sensualité dans la représentation du corps masculin. Il ne persiste que l'image de l'horreur du corps dans ce qu'il a de plus périssable, dans ce qu'il a de plus pourrissable.

Pour un peintre italien de la Renaissance, le corps masculin était le lieu de l'harmonie et de la beauté. À l'image du saint Sébastien de Mantegna qui est surtout le lieu d'une beauté formelle, troublante et sensuelle… malgré les flèches.

Voir les commentaires

Les grands arbres s'effacent de Véronique Gentil & Le déluge ambigu de Laurent Albarracin aux éditions Pierre Mainard

Publié le par Jean Yves Alt

Les grands arbres s'effacent de Véronique Gentil

 

Sky is without face

and full of your presence

Although just dust your hand

stays on me

Life sittles as well

into dust

Le ciel est sans destin

et plein de ta présence

Même poussière

ta main demeure sur moi

La vie se dépose aussi

dans la poussière

 

20 poèmes écrits en anglais et traduits en français par l'auteur prolongent la prose des premières pages de ce recueil : Véronique Gentil s'éloigne des rivages de sa langue maternelle pour conjurer l'impossibilité de dire la perte de l'être aimé.

 

■ Les grands arbres s'effacent, Véronique Gentil, éditions Pierre Mainard, collection Grands Poèmes, frontispice de l'auteur, 68 pages sous couverture à rabats, 15 x 24, ISBN : 978-2913751552, 11€

 

EDITIONS PIERRE MAINARD SEPTEMBRE 2014

 

Le déluge ambigu de Laurent Albarracin


J'habite la mesure de la pluie

qui est vaste et minutieuse

et décorée d'embruns parfaits

où l'on entend qu'elle insinue

son grain dans la poussière


Les chevaux vont boire dans la main des rivières

avec des grâces révolues

et des peines délicates

qui leur font la tempe sérieuse

et rendent ardente leur application


C'est ainsi qu'un temps très ancien

remonte par des canules

dans les eaux de l'été

 

Ce recueil de poèmes rassemble Le déluge ambigu, paru en 2010 dans la Collection de l'Umbo, et Col de signes qui est inédit.

 

■ Le déluge ambigu de Laurent Albarracin, éditions Pierre Mainard, collection Grands Poèmes, frontispice de Jean-Pierre Paraggio, 32 pages sous couverture à rabats, 15 x 24, ISBN : 978-2913751545, 8€

 

Bon de commande

 

catalogue complet de Pierre Mainard Editeur

Voir les commentaires

Les paroles de Freud revues par Anthony Burgess

Publié le par Jean-Yves

Dans son roman « Dernières Nouvelles du monde » (éditions Acropole, 1984) Anthony Burgess en prend à son aise avec ses personnages. Notamment celui de Freud. Comme dans cet exemple où le célèbre thérapeute fait face à l'angoisse d'un homosexuel :

 

« La société a encore beaucoup à apprendre et c'est une élève peu douée. Une société saine tolèrerait l'homosexualité d'un Socrate, d'un Michel-Ange, d'un Shakespeare, même. Peut-être ni vous ni moi ne verrons-nous les premiers bourgeons de ce printemps de l'esprit. Pour le moment, c'est une société malade que nous avons. Mais vous, vous êtes guéri. »

 

On aimerait que cette séance de divan chez Freud soit vraie. Nous sommes en 1930...

 

Voir les commentaires

Des larmes sur les draps, Luc Frey chez Textes Gais

Publié le par Jean Yves Alt

COMMUNIQUE.jpg« Je l’ai laissé me prendre la main et m’emmener chez lui. Marionnette désarticulée. Je le précède dans la cage d’escalier, ignorant à quel étage monter. Il me dit que c’est là. Toutes les portes se ressemblent. Le couloir me rappelle celui de Shining, et bizarrement, pour un mois d’août, j’ai un peu froid. Et la trouille. Pourtant j’ai l’habitude de rentrer chez des inconnus, mais lui c’est différent. Il doit avoir le triple de mon âge, un truc comme ça. Et a l’air d’avoir très envie de me baiser, à en juger ses manières. J’ignore depuis combien de temps il se retient. Moi, j'ai surtout envie de gerber, et je le fais d’ailleurs. »

 

Zach, 16 ans, famille à problèmes, presque déscolarisé, drogué. Il s'ennuie.

 

Il est prêt à tout, parfois, pour qu'on s'intéresse à lui. Les personnes qu'il rencontre ne sont pas toujours les bonnes, rarement.

 

Un récit d'un garçon à la dérive conscient de sa chute.

 

DES LARMES SUR LES DRAPS LUC FREY

 

Luc Frey donne l'ensemble de ses droits d'auteur au Refuge. Cette association, reconnue par l'État, accueille les jeunes homosexuels en rupture familiale.

 

Ce livre est en vente sur la librairie Immatériel, sur l'iBookstore, sur Amazon, Fnac, Chapitre, Feedbooks, Archambault et autres…

 

Des larmes sur les draps, Luc Frey, préface de Nicolas Noguier, Président du Refuge, Editions Textes Gais, 2014

 


L'auteur, Luc Frey, jeune homme blessé par la vie, souhaitant rester anonyme, même auprès de son éditeur, nous avons convenu que ses droits d'auteurs iraient au Refuge. Je n'ai pas été le seul à être ému puisque Nicolas Noguier, président du Refuge, a tenu absolument à en écrire la préface. Pédro Torres, éditeur.

Voir les commentaires

Alexandre le Grand, Gustave Droysen

Publié le par Jean-Yves

Quand Alexandre naît en 356 avant Jésus-Christ, toutes les conditions sont réunies pour faire de lui un homme accompli. Il hérite de son père, Philippe de Macédoine, l'énergie et la vigueur physique que complètent les dons de sa mère, son « enthousiasme pétulant et l'ardeur de sa sensibilité ».

 

Son éducation intellectuelle est loin d'être négligée puisque son père la confie aux soins d'Aristote. Dès sa jeunesse, Alexandre n'éprouve que mépris pour « les plaisirs des sens ».

 

Quand Philippe meurt assassiné, Alexandre lui succède et devient à vingt ans roi de Macédoine. Il entreprend alors le grand œuvre de sa vie ; dix années durant, il découvre et conquiert un monde inconnu.

 

« L'action était pour Alexandre ce que la pensée était pour Aristote ». Son ambition de construire un immense empire riche de peuples et de cultures divers le conduit jusqu'en Inde, après avoir traversé et marqué de son empreinte l'Asie Mineure, la Syrie et l'Egypte.

 

Alexandre se marie à Roxane, la fille d'un dignitaire vaincu, à la beauté légendaire. Ce mariage d'amour est aussi une union politique, un « symbole visible de cette interpénétration de l'Europe et de l'Asie qui n'était pas seulement, pour Alexandre, le fruit de ses victoires, mais la pierre d'angle de sa puissance ».

 

Gustave Droysen dit, en définitive, peu de choses de l'homme qu'était, en privé, Alexandre, « le plus grand héros » et « le plus jeune conquérant que le monde ait connu ». Il mentionne cependant, à la fin de son livre, l'amitié passionnée que portait Alexandre au « compagnon de ses jeux d'enfance », le bel Héphestion. Celui-ci éprouvait « un attachement touchant et illimité pour le roi ». Quand Héphestion meurt, Alexandre demeure prostré durant trois jours ; les funérailles qu'il organise pour son ami sont grandioses. Elles précèdent de quelques mois sa propre mort (en 323). « Il n'avait pas encore trente-trois ans ».

 

L'ample biographie que Gustave Droysen consacre à Alexandre le Grand parut, pour la première fois, en 1833. Son auteur avait vingt-cinq ans et inaugurait, avec ce livre superbe d'une grande qualité littéraire, une œuvre historique de première importance.

 

■ Editions Complexe, 1999, ISBN : 2870274130

 


Lire aussi : Moi, Alexandre, roi de Macédoine, fils de Zeus et conquérant du monde par Pierre Forni

 

Voir les commentaires