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expositions-arts

Ambiguïté du corps par Pierre Radisic

Publié le par Jean-Yves Alt

Le nu masculin n'exploite pas toujours le corps intégral.

Là, il est réduit à une forme semi-abstraite.

Le corps a été huilé afin de lui donner un éclat très métallique qui insiste davantage sur la structure complexe du torse.

Mais aussi une certaine ambiguïté sexuelle, par la manière dont le modèle tire sa peau autour du nombril.

Pierre Radisic – Extrait de Sortilèges – 1984

Photographie

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Le dos de l'homme vu par Martha Hraoui

Publié le par Jean-Yves Alt

Martha Hraoui développe le thème du nu après s'être passionnée pour les vieilles demeures libanaises.

Et dans le nu masculin, ce qu'elle préfère... c'est le dos.

D'origine libanaise, Martha Hraoui, refuse de limiter la représentation de l'homme à sa virilité, à l'évidence de son rôle.

Ce qui lui plaît dans un corps d'homme, ce n'est pas la représentation de la virilité, du phallus, du corps, c'est plutôt les volumes, comme celui des dos : paysages mystérieux, faces cachées, appels à la découverte.

Martha Hroui – Nu masculin – 2007

Pastel, 63cm x 48cm

Le dos de l'homme est accessible : il est débarrassé de la violence. Abandonné au désir de l'autre.

Cette peinture permet de libérer l'homme des servitudes des clichés, des contraintes sociales de force virile, des rôles de chef de tribu ou de guerrier.

Les couleurs utilisées par Martha Hraoui sont celles de la terre de son Liban natal : le corps de l'homme devient ainsi un paysage merveilleux, qui dégage une force paisible. Même si l'idée de volupté ne peut pas être écartée.

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Le sport, la guerre par Laurent Perbos

Publié le par Jean-Yves Alt

Les jeux de ballon sont connus depuis l'Antiquité. Au cours de la Renaissance, à Florence, on jouait au calcio florentin. Dans ce jeu de ballon – intermédiaire entre le football et le rugby d'aujourd'hui – deux équipes se disputaient la balle avec des règles néanmoins différentes puisqu'il était possible de frapper l'adversaire avec les poings ou les pieds : tous les coups étaient permis pour s'emparer du ballon. Un sport de combat en quelque sorte.

Laurent Perbos a imaginé d'étranges ballons de football. Il a créé les plus longs ballons du monde.

S'agit-il seulement d'un record inepte ? Ou le matériel pour un nouveau sport dont l'artiste aurait inventé les règles ?

Dans un article du 14 décembre 1945, George Orwell comparait le sport à une guerre sans coups de feu.

Laurent Perbos – Le plus long ballon du monde – 2006

Cuir, 195cm x 27cm x 27cm

De la même manière, Laurent Perbos souhaite-t-il nous faire comprendre que les jeux de ballon sont comme un rouleau compresseur destiné – en premier lieu – à anéantir ceux qui sont en face ?

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Les « Gisants » d'Olivier Brice

Publié le par Jean-Yves Alt

Les premiers drapés d'Olivier Brice (1933-1989) étaient réalisés sur des moulages du Louvre étroitement enveloppés dans des linceuls qui épousaient leurs contours. Cet épiderme supplémentaire créait un rapport de présence nouveau. La statue voilée devenait fascinante, mystérieuse, allusive, à la fois distante et proche.

Brice se démarquait pourtant de Christo. Le drapé n'a pas le pouvoir d'objectivation du paquet clos : un drap n'est pas une bâche. Le drapé épouse une forme sans l'emprisonner, il la voile sans l'effacer.

Ses « Gisants », réalisés par la suite, étaient des moulages de corps humains – grandeur nature – allongés à même le sol (moulages en prise directe, seules les têtes provenant « d'antiques »). Tels les prisonniers de la lave de Pompéi, ils semblaient figés en pleine action… un peu comme dans un sommeil qui aurait pu ne pas être le dernier.

Olivier Brice – Gisant – 1978

Ce corps paraît à mi-chemin entre la vie et la mort : un peu irréel comme un accidenté de la route couché sur le bas-côté. Est-il encore vivant ou déjà mort ?

Il est saisissant : après l'effet de surprise, il impose le respect des moments définitifs. Le drapé rappelle que l'irréparable vient de se produire.

Ce gisant fait apparaître la mort comme un scandale logique et comme la plus immanente des lois de la nature.

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Matthias Grünewald : la violence sans l'extase

Publié le par Jean-Yves Alt

Le corps est ressenti d'une façon très différente dans les pays latins et dans les pays nordiques. Dans les pays latins, le corps est davantage le lieu d'une harmonie qu'un objet de honte. Cela vient en partie de l'influence plus catholique que protestante.

Dans les pays du sud, il est possible de voir – à l'extérieur – quelqu'un s'endormir de la façon la plus animale et la plus obscène qui soit : bouche ouverte, filet de bave qui coule... Un européen du nord ne ferait jamais cela. En général il se cache pour dormir, faire l'amour, mourir…

La peinture du XVIe siècle possède un chef d'œuvre qui est le retable de Matthias Grünewald qui illustre magnifiquement cette différence. La Crucifixion de Grünewald est tout à fait dans l'esprit même de la réforme luthérienne et nordique. Si le peintre a représenté un Christ nu, c'est parce qu'il le fallait d'un point de vue strictement iconographique. Mais quel nu !

Je n'ai jamais vu de nu plus torturé, plus douloureux, plus angoissant. Un peintre latin n'aurait jamais osé attenter de cette manière à la beauté d'un corps qui restait quelque chose de sacré avec l'interdiction des autopsies jusqu'au XVIIe siècle, l'interdiction des incinérations…

Matthias Grünewald – Retable d'Issenheim : détail de la crucifixion – 1510/1515

Musée d'Unterlinden, Colmar

Grünewald a détruit méticuleusement toute sensualité dans la représentation du corps masculin. Il ne persiste que l'image de l'horreur du corps dans ce qu'il a de plus périssable, dans ce qu'il a de plus pourrissable.

Pour un peintre italien de la Renaissance, le corps masculin était le lieu de l'harmonie et de la beauté. À l'image du saint Sébastien de Mantegna qui est surtout le lieu d'une beauté formelle, troublante et sensuelle… malgré les flèches.

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