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expositions-arts

Déréliction par Fantin-Latour

Publié le par Jean-Yves Alt

Deux femmes sont assises dans un salon. L'une lit. L'autre semble prêter l'oreille.

A observer plus attentivement ce tableau, il est impossible de savoir si cette dernière est en état réel d'écoute.

Dans ce tableau, Henri Fantin-Latour, a isolé psychologiquement ses « modèles » – instaurant non seulement une distance entre eux mais aussi avec moi – ce qui me remémore ma solitude et mon propre manque de communication.

Henri Fantin-Latour, La lecture, 1877

Huile sur toile – 97 cm x 130 cm – Musée des Beaux Arts de Lyon

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Mon regard sur une sculpture de saint Sébastien à Colmar (fin XVe)

Publié le par Jean-Yves Alt

Il n'est pas triomphant ce Sébastien.

Il m'évoque un Christ aux outrages.

Le sculpteur n'a pas choisi d'associer le culte de Dieu à celui de la chair, non pas par manque de virtuosité technique : le drapé admirable, qu'il a réalisé, le prouve.

Et, si le torse de Sébastien est nu, le sculpteur a pris soin – encore – de le « vêtir » avec quelques restes de bubons pesteux.

C'est que le corps de Sébastien, dans cette sculpture, s'offre comme le lieu de rencontre de deux fléchages antagonistes : le visible et l'invisible

… le montré et le caché.

Saint Sébastien – vers 1470-1480

Tilleul (revers évidé), Rhin supérieur (?), Musée d'Unterlinden, Colmar

Le visage même de ce saint – d'une singulière beauté – est voilé par cette incommensurable tristesse.

Le message n'en est que plus clair : il s'agit de rompre le jeu, peu innocent, qui se trame entre le martyr et le témoin qui prie.

Un Sébastien vu comme libérateur des convoitises de la chair. Et, qui invite à abandonner les apparences terrestres…

Étonnant !

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Marie épouvantée par Lorenzo Lotto

Publié le par Jean-Yves Alt

Le fond se perd dans un indéterminé : le ciel, lointain derrière la succession des architectures qui délimitent la chambre de Marie, est fade. La chambre est comme un antre : l'habitacle est assez peu accueillant pour cette jeune fille qui vit dans la solitude ; les objets qui l'ornent ou le meublent, semblent d'impassibles formes minérales qui ne peuvent offrir un refuge.

Est-ce pour cela que Marie a peur ? Car tout ce qu'elle a autour d'elle ne peut l'aider.

Marie est épouvantée avant même que le corps «indécent» de l'ange ne perce l'espace de cette pièce.

Mais est-ce un ange, ce grand garçon aux muscles bien dessinés, qui projette devant lui une ombre si grande, au point de rejoindre le bas de la robe de Marie ?

Marie est vierge comme ses meubles, elle est présente ici comme une stalagmite : sa seule force est la solitude, la pureté.

Il y a aussi ce bizarre personnage, en haut, le Père Eternel penché, presque, sur le nuage qu'encadre l'arcade, les bras tendus en avant : que sait-il de ce qui se passe dans la vaste et grise chambre minérale ?

Dans cette pièce, tout est menaçant, maintenant que l'ange est arrivé. Tout est misère. Même le chat abandonne la jeune fille. Poussé en arrière peut-être par la peur, ou peut-être par l'afflux d'air provoqué par l'irruption de l'ange, le chat est comme paralysé dans sa fuite, oblique, le corps arqué et la queue rigide, la tête encore tournée vers le visiteur, apeuré. Il ne peut s'enfuir. Entre l'homme blond et bouclé et la brune jeune fille, l'animal est un élément fixe de la scène.

L'ange a un corps puissant, et la robe drapée que la friction de l'air, pendant le vol, a collée sur lui fait ressortir sa puissance.

L'ange est agenouillé sur sa jambe droite, mais tout en lui ne respire pas la déférence. De sa jambe gauche, découverte jusqu'au-dessus du genou, il prend appui sur le sol. A la jambe gauche fléchie correspond, du côté droit, un bras levé plus haut que la tête, en un brutal salut.

Lorenzo Lotto, Annonciation, vers 1527

Huile sur toile, 166cm × 114cm, Pinacothèque de Recanati

La jeune fille tourne le dos à l'ange et semble m'implorer de l'enlever de là. Dans son corps, rien ne possède d'équilibre.

Est-elle à genoux ou recroquevillée sous l'informe ondulation de sa robe et de son manteau ? Que signifie le geste de ses mains ? Les deux paumes montrées de trois quarts, comme pour repousser, ne font pas un geste de prière, ni de dévotion.

L'arrivée de l'ange fait de Marie une fille maladroite. Une scène irréparable.

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Mon regard sur une peinture de saint Sébastien de la cathédrale de Strasbourg

Publié le par Jean-Yves Alt

Il n'y a sans doute pas, sur la terre, de désespoir plus absolu que de mourir sous la torture car l'humanité se trouve alors totalement bafouée, néantisée.

Telle est l'idée force que je lis dans ce saint Sébastien de la cathédrale de Strasbourg.

Les archers-bourreaux ont été d'une telle maladresse – ou alors, ils ont un tel de degré de perversité – que de tous les impacts des flèches, aucun n'est mortel.

Tableau avant tout d'une torture d'où ce surcroît de souffrance que je ressens face à cet homme qui n'est saint que par la présence de son auréole.

Si l'homme est retenu debout par des liens, il n'est pas défaillant. Il ne penche pas même vers la mort : l'agonie lente n'est pas suggérée ; seulement la barbarie des bourreaux et son inadéquation à renverser le déroulement des événements.

Saint Sébastien – Revers d'un panneau de retable – deuxième quart du XVIe

Huile sur bois, cathédrale de Strasbourg

Ce Sébastien est un homme du commun : aucune beauté antique chez lui. Il se présente comme un homme qui a d'abord cru au partage et qui ne regrette rien de ses choix. Il a aspiré à un autre monde terrestre et découvre maintenant que même les rêves, à la longue, peuvent tuer.

Ce tableau descend en moi, au plus profond, dans ces espaces secrets où adviennent les seuls motifs qui mènent ma vie.

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Mon regard sur une sculpture anonyme de saint Sébastien à Strasbourg

Publié le par Jean-Yves Alt

Sébastien est toujours debout, dans une ferme position, alors même que les flèches ont constellé tout son corps. Sous cette pluie de fer, il devrait être mort. Aucune trace de sang. Le jeune homme ne s'abandonne pas, bien au contraire.

Il semble regarder au loin. Peut-être les archers bourreaux minables qui viennent d'exécuter leur tâche ? Ou l'arrivée de sainte Irène accompagnée de sa servante ? Ce n'est pas que ces propositions me paraissent fausses. Mais je crois qu'il convient d'ajouter que son regard, dans toute sa jeunesse insolente, me narguant de ses yeux impassibles, me sourit avec une équivoque tendresse.

Regard plus probablement tourné vers celui qu'il a choisi d'aimer envers et contre tous. Les blessures qu’il arbore sont celles de l'amour, de la redoutable et désirable flèche de l'amour. Aucun affolement ne se lève en lui mais plutôt une joie de certitude.

Anonyme, Saint Sébastien, vers 1510-1520

Tilleul, polychromie tardive – Provient de l'ancienne chapelle de l'Hospice Saint Erhard à Obernai – Musée de l'Œuvre Notre Dame à Strasbourg

Ce Sébastien est loin de celui de Giovanni Cariani recueilli dans un snobisme extatique. Il ne se pâme pas mortellement sous le dard. Pour en prendre totalement conscience, il suffit de supprimer l'arbre de l'outrage, de vêtir Sébastien, de faire reposer son coude droit sur un pupitre : apparaît alors un Sébastien au-delà de toute vicissitude et dans une parole illuminante.

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