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expositions-arts

Domination sur l'autre par Francis Bacon

Publié le par Jean-Yves Alt

Deux hommes sont couchés, sur le côté, l'un tournant le dos à l'autre. Que s'est-il passé dans le moment précédent ? Sont-ils amants ? Sont-ils fatigués de leurs joutes préalables ?

Présentement, ils n'affichent aucune tendresse. Une intimité « violente » les enveloppe. Quel combat mène chacun en ce moment ?

Le poing brandi par chacun ne manifeste pas leur épuisement. Seulement un geste – à l'autre – comme défi impuissant ?

Qu'est-ce qui a pu aggraver les conflits dans ce couple ? Quelle image dévastatrice, que l'un renvoie à l'autre, s'interpose entre eux ?

Francis Bacon – Deux personnages couché sur un lit avec témoin (volet central d'un triptyque) – 1968

Huile sur toile – Marlborough Gallery (New-York)

Et s'il s'agissait d'un signe pour s'assurer la domination sexuelle sur l'autre ?


Lire aussi : Francis Bacon : le corps indécidable

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Mon regard sur le saint Sébastien d'Albrecht Dürer à Bergame

Publié le par Jean-Yves Alt

Puis-je encore parler de représentation de saint Sébastien devant ce tableau qui a toutes les marques d'un portrait ? J'y vois même un autoportrait du peintre, Albrecht Dürer.

Qu'est-ce qui, dans cette peinture, m'évoque Sébastien ?

La flèche (1), tout d'abord, tenue dans la main. Flèche cassée qui rappelle qu'elle ne pourra l'atteindre. Ensuite, le regard droit dans les yeux et, en même temps déjà ailleurs, nettement perceptible dans l'œil droit : je deviens face à cet homme immuable, le bourreau qui s'apprête à décocher ses flèches. L'auréole, enfin qui entoure la tête et dont la partie qui passe devant la tenture laisse distinctement apparaître le début du mot Märtyrer / Märtyrerin.

Le saint/artiste ne s'est pas représenté humblement. Au contraire, tout dans cette représentation exprime une préoccupation : celle liée à sa propre figuration. Par le choix des vêtements. Par la pose étudiée : posture du corps mais aussi environnement dans lequel il est installé.

Albrecht Dürer – Portrait de saint Sébastien avec une flèche – c. 1499

Huile sur bois, 52 cm x 41 cm, Accademia Carrara, Bergame, Italie

Nul sentiment d'extase, pas plus que de souffrance physique. Sébastien/Dürer a une présence forte au monde symbolisée par le paysage, en arrière plan, apparemment paisible mais où se devinent les inévitables tourments terrestres que j'extrapole des montagnes, de l'eau et des nuages.

Contrairement à toutes les autres représentations de saint Sébastien, je suis contraint à voir ici un homme altier et terriblement souverain. Il reste que le choix de se figurer en saint Sébastien montre qu'il accepte – au moins en partie – que sa vie soit aussi déterminée par le monde du ciel.

Et si cette identification à saint Sébastien manifestait d'abord les talents d'Albrecht Dürer ?


(1) J'ai vu aussi dans cette flèche, le pinceau de l'artiste qui, à sa manière, peut atteindre les hommes, dans le message qu'il délivre : Albrecht Dürer devenant ainsi, par l'intermédiaire de ses œuvres, bourreau.

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Le galate mourant vu par Renaud Camus

Publié le par Jean-Yves Alt

« Matinée au musée Capitolin avec Rodolphe. Faut-il le dire ? La Vénus capitoline et même, dans la salle des Empereurs, l'étonnante tête d'Héliogabale, si expressive, me sont peu de chose auprès du Galate mourant, que j'aimerais d'ailleurs mieux, pour me l'annexer plus étroitement, en en faisant mon oncle ou cousin, appeler le Gaulois mourant. […]

Disons-le tout net : rien en sculpture, pour moi, n'est sexy comme ce vaincu. On trouve facilement dans l'Antiquité des corps plus sensuels, à commencer par le prétendu Faune de Munich, mais de visage, à mon gré, point.

Ce n'est pas un visage classiquement beau, non, loin de là ; rien d'apollinien, certes. Sa petite moustache suffirait à l'exclure, ce Galate, de tout classicisme antique, comme ses courts cheveux en désordre et la torque qu'il porte au cou, si semblable à toutes celles du musée de Saint-Germain et d'ailleurs.

Galate mourant – copie romaine en marbre d'un original grec perdu

Musée du Capitole (Rome)

C'est bien un barbare, et probablement pas un prince parmi les barbares, malgré son assez riche bijou. Son nez court et un peu grossier, d'ailleurs cassé et refait, ne suggère pas le rejeton de grande race.

On pourrait parler de la noblesse qu'il témoigne dans un moment difficile, mais ce serait brouiller les pistes. Car le prestige dont il jouit, à mes yeux en tout cas, est un de ceux qui m'impressionnent le plus : c'est un prestige sexuel.

Ce Gaulois mourant – mais qu'est-ce qui prouve qu'il est mourant ? Sa blessure n'a pas l'air si grave… – est un objet de désir, et d'abord sans doute de la part de l'artiste qui l'a sculpté. Mais pour qu'il s'installe si pleinement dans les fastes de la mémoire, il fallait aussi qu'il fût une œuvre d'art et superbe.

C'est cette combinaison, somme toute bien rare, qui le rend si troublant, et si précieux : un chef-d'œuvre qui pourrait faire bander. »

Renaud Camus


in Journal romain (1985-1986), Éditions P.O.L., 1987, ISBN : 2867441048


Cette citation est publiée avec l'accord de Renaud Camus.

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Mon regard sur une sculpture de saint Sébastien de l'église d'Abadia (Portugal)

Publié le par Jean-Yves Alt

Quelle volonté pour accepter le martyre sans avoir besoin d'être attaché à l'arbre aux outrages !

La posture du corps de Sébastien manifeste une placide détermination à convaincre encore et encore… Jusqu'à son dernier souffle ! Pour m'en persuader, il suffit d'éliminer les flèches de mon regard.

Son bras droit relevé avec l'index tiré vers le ciel témoigne qu'il n'a quitté le monde des hommes : jusqu'au bout, il souhaite faire connaître le monde du salut.

Toutefois, son visage atteste clairement qu'il n'appartient plus tout à fait au monde terrestre : il ne fixe pas les archers en face de lui, et sa bouche ne trahit aucun discours. Sébastien est sur le chemin du dessein qu'il a choisi.

Saint Sébastien – Eglise d'Abadia – Portugal

Le plus surprenant dans ce Sébastien concerne sa morphologie : comment imaginer, que peu de temps auparavant, il faisait partie des archers de l'armée romaine ? Son corps ne dévoile aucune musculature : ventre arrondi comme celui d'un très jeune enfant, jambes fines, traits féminins du visage.

Je ne peux oublier les hommes de ce pays, le Portugal, la peau tannée par le soleil, couverte de sueur après leur labeur, venant faire leur dévotion à ce saint : que pouvaient/peuvent-ils ressentir, devant ce corps si différent du leur ? Un Sébastien au corps plus robuste leur aurait-il mieux parlé ?

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Mon regard sur une sculpture de saint Sébastien à Kaysersberg (fin XIXe)

Publié le par Jean-Yves Alt

À voir le regard en extase de ce Sébastien, je me dis que les flèches reçues sont celles d'Eros.

Si sa main droite relevée n'était point attachée, je ne doute pas qu'il la tiendrait sur son cœur.

Ce Sébastien m'apparaît pâmé dans sa vision de l'amour.

… amour divin, bien entendu.

Son corps est bien en chair : son ventre, bien nourri, suggère une ambiguïté féminine renforcée par la finesse des traits de son visage et par sa chevelure aux légères boucles blondes.

Son pagne avec ce gigantesque nœud de côté m'évoque le Sébastien peint par Giovanni Cariani.

Toutefois, ce Sébastien n'est pas ambigu : ce n'est ni un travesti, ni un adolescent vicieux.

Saint Sébastien, sculpture anonyme, fin XIXe (?)

Plâtre ou terre cuite polychrome, Kaysersberg, Église de la Sainte-Croix

Si j'ai laissé vagabonder mon imagination – fortifiée par cette vue en contre plongée – et rêvé une seconde une pose offerte, c'est à cause de la petitesse, sur le devant, de son pagne : non ! ce Sébastien est à mille lieues d'un strip-tease. Rien ne frémit sous le tissu !

En s'exposant de la sorte, il ne fait que le lien entre le dieu du ciel et le dévot qui prie. Il rappelle que la contemplation passe aussi par le sacrifice du corps :

« Ceci est ton corps. Ceci est ton sang. »

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