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Articles avec #livres tag

Tempo di Roma, Alexis Curvers

Publié le par Jean-Yves Alt

Jimmy est un jeune esthète autodidacte venu du Nord, prétendument cicérone, en tout cas sans le sou, à qui son adorable culot, mais aussi sa beauté, sa candeur et surtout son amour de Rome ouvrent toutes les portes.

Ainsi, dans une ville éternelle à peine remise des affres du fascisme et de la guerre, le verra-t-on, d'aventures en mésaventures, s'acoquiner à des nobles décavés et des ecclésiastiques en rupture de ban comme aux mauvais garçons ou aux pires matrones du cru.

Lyrique et sordide, affublant d'airs de fête les plaies et tares sociales les plus tristes, l'énorme fresque de Curvers, avec ses allures de mascarade endiablée – à la Fellini – est une véritable leçon de vie.

Tempo di Roma, Alexis Curvers

Ce n'est pas sans rappeler les grands déclins décrits par les meilleurs auteurs comme Pétrone, ou, plus près de nous, Proust, Visconti ou Yourcenar avec ses « Mémoires d'Hadrien » : ici comme chez eux, la méditation crépusculaire sur l'Histoire, le Temps, l'Art et la Beauté s'accompagnent, en contrepoint, du thème de l'amour impossible, celui déchirant de Sir Craven pour Jimmy, qui rappellera à plus d'un « La confusion des sentiments » de Zweig.

Ce roman avait en 1957 connu un succès retentissant.

■ Tempo di Roma, Alexis Curvers, Editions Espace Nord, 505 pages, 2012, ISBN : 978-2930646398

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Niagarak, Yves Navarre

Publié le par Jean-Yves Alt

Celles et ceux qui ont fait le parcours de « Biographie » revivront la version des heures espagnoles de l'auteur. Cuelga serait Huelva. Le poète Sevy Erravan serait Yves Navarre (anagramme).

Niagarak, mot de code entre Pilar et Thadeo, veut dire « amour ».

Dans ce roman, Yves Navarre utilise une écriture cinématographique Navarre fait ici du cinéma. A l'italienne et à l'américaine. Pas du facile. Du « torturé » du « brûlant, du « pensé ».

C'est une mosaïque d'images ; de petites scènes montées sur le thème d'un thriller. Une ville : Cuelga. Un crime : « forfait émasculatoire par morsures » sur la personne d'un bel adolescent. Un assassin au regard rare et tout un défilé de personnages dont un curieux cinéaste qui réalise un film à Cuelga. Ce film que, sans doute, Yves Navarre aurait bien aimé tourner.

■ Niagarak, Yves Navarre, Editions Grasset, 1976, 376 pages, ISBN : 2245005015

Niagarak, Yves Navarre

Présentation : Que se passe-t-il à Cuelga ? Ce qui se passe dans toutes les villes. À quoi rêvent les habitants de Cuelga ? Ils rêvent la vie, comme tout le monde. Pourtant dans cette petite ville de l'extrême sud de l'Europe, un meurtre atroce et banal va défrayer la chronique d'un matin. Un matin seulement. Le juge du chef-lieu de province aura vite fait d'étouffer l'histoire. Seulement voilà : la photo de l'assassin a été vue, dans les journaux, le temps de ce premier matin de printemps. Les journalistes ont été plus diligents que le juge don Francisco. Et ceux qui ont vu la photo de Klaus, l'assassin, ne peuvent pas oublier son regard, ne peuvent plus vivre leur vie et leur ville comme avant.

La liste des personnages de ce roman ressemble à un véritable générique de film. On tournera un film, d'ailleurs, à Cuelga. Mais quels sont les rapports entre le metteur en scène Marcello Bolucelli et les gens de la ville ?

Les couleurs dans ce roman d'Yves Navarre déterminent tout. Les sons aussi, et le rythme du récit. Ses précédents romans s'apparentent à la musique de chambre. Celui-ci est symphonique. Une manière de poème symphonique.


Quelques ouvrages d'Yves Navarre : Biographie - Ce sont amis que vent emporte - Fête des mères - Hôtel Styx - Le jardin d'acclimatation - Kurwenal ou la part des êtres - L'espérance de beaux voyages - Louise - Le petit galopin de nos corps - Premières pages - Une vie de chat - Romances sans paroles - Les dernières clientes [Théâtre] - Portrait de Julien devant la fenêtre - Le temps voulu - Killer - Niagarak - Pour dans peu

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La dérive homosexuelle, Guy Hocquenghem (1977)

Publié le par Jean-Yves Alt

Cet essai de Guy Hocquenghem est – à travers différents articles parus dans « Les Temps modernes » de Sartre, « Libération », « Le Nouvel Observateur », « Partisans », etc. – le trajet personnel de l'auteur. En cela, son livre est passionnant malgré une terminologie d'universitaire qu'il aurait pu pourrait facilement se passer.

Cri d'un écorché

En face d'une homosexualité sur laquelle on ne peut rien ou qu'on tente (malaisément) d'intégrer au système, Hocquenghem réagit. Avec angoisse, avec le plus de rationalisme possible, et avec finesse.

Guy Hocquenghem pèse le pour et le contre dans ce qui demeure « la difficulté d'en être », et d'en être bien, sans honte, honnêtement. Comment ne pas souffrir de mener une double existence lorsqu'il se reconnaît homosexuel ? « D'un côté la vie militante, la révolution. De l'autre la vie affective, l'homosexualité ».

Plus tard, il n'aura plus à cacher ses désirs, et connaîtra la sérénité d'allier sa vie personnelle avec sa vie militante. Il deviendra même l'écrivain homosexuel de service, le représentant de la cause.

La dérive homosexuelle, Guy Hocquenghem (1977)

Guy Hocquenghem est un insoumis. Il devine rapidement que l'essentiel des attentes des homosexuels vise la respectabilité et l'honorabilité, forme d'embourgeoisement qu'il honnit. Car Guy Hocquenghem magnifie les bas-fonds, remémore les attaches entre homosexualité et délinquance, complimente Pasolini d'être mort en aventurier, convoite la clandestinité…

Hocquenghem reste sceptique devant la possibilité d'une homosexualité logiquement bien vécue, dans un équilibre intime et social. Il fait grincer les dents des idéalistes de tous bords, et c'est avec enjouement qu'il se s'expose comme une « machine à jouir », se moque de l'amour et ridiculise ceux et celles qui sont à la recherche de l'âme sœur : « le gna-gna à l'eau de rose des sentiments me soulève le cœur ».

Hocquenghem dénonce la venue d'un monde aseptisé où la loi érigerait en système organisé actes et comportements. Il rêve pour tout être humain le droit au vagabondage, à l'aventure, à l'impétuosité.

Autre chose : Guy Hocquenghem étudie le cas des « folles », des « mariconas », faune étrange, provenant d'une humanité comme à part. Faut-il se détourner de ces sources vives, de cette spontanéité à se vivre ?

« La Dérive homosexuelle », dont le titre crée un inutile malentendu, est un livre passionnant.

■ La dérive homosexuelle, Guy Hocquenghem, Editions Jean-Pierre Delarge, 160 pages, 1977, ISBN : 271130065X


Du même auteur : L'amour en relief - La colère de l'Agneau - Les petits garçons - Les voyages et aventures extraordinaires du frère Angelo - Le désir homosexuel - L'âme atomique (avec René Schérer) - Race d'Ep - Comment nous appelez-vous déjà ? (avec Jean-Louis Bory)

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Intérieur bleu, Alain Blottière

Publié le par Jean-Yves Alt

Il y avait une fois un enfant et son père qui venaient passer ensemble des vacances en Grèce. Mais rappelé d'urgence à Paris, le père abandonne son fils. Le conte de fée, par un tour de passe-passe, délivre le jeune héros des pesanteurs sociales.

Les vacances se transforment ainsi en une insolite vacance. Pierre rencontre Béla, une jeune femme, qui pas tout à fait insensible aux charmes du garçon, prend l'initiative d'une relation qui tourne vite au drame. Troublé dans sa chair, l'enfant se voit gentiment éconduit. Plein de rancœur, il part sans se retourner. Béla, la femme, disparaît également du conte.

Replié tout entier sur lui-même, Pierre va désormais se consacrer à la peinture. Il s'installe sur une île avec la complicité de son seul ami, le petit vendeur de Coca-Cola : une île qu'il a un jour aperçue depuis la plage et tenté de rallier à la nage, une île où ne subsistent plus que les ruines d'un ancien monastère.

Le véritable récit commence alors.

L'histoire bascule peu à peu dans une dimension initiatique chère à l'auteur de Saad.

Intérieur bleu, Alain Blottière

« Intérieur bleu » est un roman à la fois sur le refus et sur la création, qui capte le bouleversement intérieur de l'homme, soumis à l'intemporalité de l'art, sauvé et à la fois meurtri d'avoir abandonné les plaisirs des nourritures terrestres immédiates.

Immergé dans la solitude nourrissante et paradisiaque de l'île grecque, bariolée d'ombres et de couleurs, l'enfant entreprend de couvrir de fresques les murs du monastère. Il va puiser en lui-même la force d'une aventure harassante, dans laquelle il apporte la puissance de ses jeunes passions.

On pourrait bien sûr imaginer au départ que Béla soit remplacée par un homme et s'interroger sur le roman différent qui se serait développé. Mais Alain Blottière suspend volontairement les découvertes sexuelles de l'enfant pour affronter un thème mystique où Dieu échappe à la contemplation mais signale son absence.

Entre l'île et l'enfant se tisse une alliance pudique mais extrêmement sensuelle, un ancrage à la terre qui rétablit l'homme dans sa royauté originelle.

Dans une écriture précise et discrète, Alain Blottière raconte une conversion terrifiante : l'entrée en solitude et la quête d'un homme affamé d'immortalité.

■ Intérieur bleu, Alain Blottière, Editions Balland, 143 pages, 1989, ISBN : 978- 2715807846


Du même auteur : Saad - L'oasis [Siwa]

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Killer, Yves Navarre

Publié le par Jean-Yves Alt

Rien n'est plus difficile que la description du milieu homosexuel – réussie cependant, mais en curieux réquisitoire, par Maurice Sachs dans son « Sabbat ».

L'auteur qui s'attaque à cette peinture risque fort de sombrer dans la noirceur féroce, ou dans un pittoresque clinquant, les deux tout aussi faux.

Yves Navarre, lui, tire sa magie d'un don de pénétration très curieux ; il note une ligne de fièvre ; il est le sismographe du climat qu'il dépeint à travers le drame d'un garçon avec lequel son ami a rompu et qui, ainsi, devient une sorte de maudit.

Aveux déchirants, érotisme inquiet ou triomphant, attrait de la mort – en compensation, peut-être, d'une fantasmagorie décevante...

Navarre se sert de son goût de l'outrance, pour envoûter, comme il sut le faire avec « Lady Black » et « Les Loukoums ».

■ Killer, Yves Navarre, Editions, Flammarion, 387 pages, 1975, ISBN : 2080607898

Killer, Yves Navarre

Quatrième de couverture : Pour Navarre, l'homosexualité n'est ni un tabou ni un scandale, encore moins une mode. A preuve son cinquième roman, « Killer », qui nous fait entrer brutalement dans l'univers clos d'un "clan d'homosexuels". Rites et rivalités, fascinations, disgrâces, tous les personnages de ce livre vivent à la fois hors du temps et hors d'eux-mêmes. Poupée, Madame, Crick, John, Tristan et leur cheftaine Sophie, jouent le jeu d'une solitude de groupe que Killer observe et transcrit. Au présent de ce livre, un drame se noue. Killer a rejeté Tony dont il craint tendresse et jeunesse. Tony revient. Le clan se brisera, mais comment, et pourquoi ? Et quelles seront les victimes ?

Au passé de ce livre, en filigrane de ce drame, la vie de Killer nous est restituée au travers de pages arrachées aux cahiers sur lesquels, toute cette vie, il s'est lui-même inscrit.

L'apparence de ce roman est pittoresque et tragique, sa transparence confirme la quête opiniâtre de Navarre "témoin de son propre temps et de son propre sexe, assumé".

Après tout, l'auteur le dit lui-même : "Il n'y a de véritable scandale que celui de l'écriture." Il dit encore que "la seule véritable complaisance est de ne jamais s'accepter". Paradoxal ? Si Navarre est Killer, il en donne ici une preuve forte comme un coup.


Quelques ouvrages d'Yves Navarre : Biographie - Ce sont amis que vent emporte - Fête des mères - Hôtel Styx - Le jardin d'acclimatation - Kurwenal ou la part des êtres - L'espérance de beaux voyages - Louise - Le petit galopin de nos corps - Premières pages - Une vie de chat - Romances sans paroles - Les dernières clientes [Théâtre] - Portrait de Julien devant la fenêtre - Le temps voulu - Killer - Niagarak - Pour dans peu

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