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Yves Paradis, « Instants d’éternité » à la galerie Au Bonheur du Jour

Publié le par Jean-Yves Alt

Nicole Canet

et la Galerie Au Bonheur du Jour

présentent un nouvel accrochage de photographies :

Yves Paradis, « Instants d’éternité »

Photographies – 1960-1993

En exclusivité, seront présentées une soixantaine de photographies noir et blanc argentiques sur le monde des garçons des années 80.

Exposition du 9 novembre 2016 au 7 janvier 2016

Vernissage le mardi 8 novembre de 17h à 22h

Yves Paradis, « Instants d’éternité » à la galerie Au Bonheur du Jour

Héros de Genet, 1986

Nouvelle adresse

Galerie Au Bonheur du jour

1 rue Chabanais - 75002 Paris

01.42.96.58.64

du mardi au samedi 14h30 – 19h30

Yves Paradis, « Instants d’éternité » à la galerie Au Bonheur du Jour

A la fenêtre, 1987

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Vous êtes toute seule ?, Claude Pujade-Renaud

Publié le par Jean-Yves Alt

Si ces nouvelles posent de manière aiguë le problème de la solitude, elles s'interdisent la solution de l'amour. Dans l'univers de Claude Pujade-Renaud, l'être que nous désirons est le premier témoin d'un échec dont il est aussi acteur. Dans la fusion des corps, chacun émet à l'infini des fantasmes solitaires qui séparent les êtres.

A force de nous imposer la forme de notre jouissance, il se crée des dommages sans retour relayés par la famille, l'école, etc. Il reste ce psychanalyste caché (dans « Le café d'en face ») qui ne peut qu'extraire ses patients du ventre où ils s'enfoncent et les adapter aux violences de ceux qu'ils s'entêtent à vouloir aimer.

La danse (dans « Pas de deux ») simule un entracte charnel. Lucide et blessée, l'auteure guette les faux pas de ses personnages, subjuguée par l'écriture dont elle maîtrise le solo, faute de pouvoir mystifier le lecteur par des duos dont la perfection ne serait que théâtre.

La nouvelle qui donne son titre au recueil : « Vous êtes toute seule ? » confirme de manière narquoise, désespérée et subtile une horrible évidence : il suffit de s'inventer un compagnon pour supporter la souffrance d'être seul, comme les veuves victorieuses qui proclament qu'elles ont été aimées.

La vie ne serait finalement que regard et apparences.

Vous êtes toute seule ?, Claude Pujade-Renaud

« Un amour de soie » et « Bagheera Bagheria » cernent avec acuité les terres masculines ouvertes sur le désarroi. Un homme hante un palais où sous l'image toute puissante d'un Christ en érection, il enferme et aime jusqu'à la folie une femme trop belle.

En peu de phrases tout est dit de cette différence entre homme et femme, car plus que l'égalité des sexes qui paraît vaine, seule une nouvelle répartition des rôles viendrait à bout de la surdité réciproque.

La femme capte sa suprématie dans le regard de l'homme mais elle n'est pas dupe de son plaisir qui se coule dans l'image qu'il lui renvoie. Lui n'aime pas le bonheur. C'est son destin qu'il traque dans le corps violé de la femme et dans la guerre. Il redoute la volupté passive de son corps bandé en canon. Macho ou misogyne, il fuit la minute de vérité où chaque sexe extirperait son double. Pourrait-il, comme Francis (dans « Les îles ») s'enfermer dans le rêve dont le « hasch » fut jadis l'adjuvant et ainsi renier cette loi des hommes ?

Au fond du « Lac des signes » des comportements, Claude Pujade-Renaud déterre l'indicible : l'homme n'aime la vie que parce qu'il peut la détruire. Il reste à la femme à arrondir son corps aux dimensions de la terre, pour faire reculer la mort.

■ Vous êtes toute seule ? de Claude Pujade-Renaud, Editions Actes Sud/Babel, 154 pages, 1999, ISBN : 978-2742703371

Quatrième de couverture : « ─ Vous-êtes toute seule ? Ça se voit, non ? Et cette façon d'appuyer sur toute ! Elle le sait qu'elle est seule, inutile de le souligner. Et depuis plusieurs semaines qu'elle vient chaque midi, cette garce de serveuse pourrait lui épargner la répétition de l'interrogation ! »

C'est la déchirure surgie dans le destin de ses héroïnes, obscures ménagères ou danseuses étoiles, que Claude Pujade-Renaud souligne ici d'un trait vif. Son écriture dévoile la dramaturgie du quotidien, force à l'aveu, révèle l'indicible. Et de ses nouvelles, tissées comme un filet qui retient l'âme des personnages, à notre tour nous demeurons prisonniers.

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Manifeste pour une mort douce de Roland Jaccard et Michel Thévoz

Publié le par Jean-Yves Alt

Pour Roland Jaccard, la vraie vie c'est choisir sa mort. Dans un livre grave et délibérément anticonformiste, il affronte, bille en tête (avec la complicité de Michel Thévoz), le plus tabou de tous les tabous : la mort que l'on choisit de se donner quand la vie devient insoutenable.

Rappelant la volonté de suicide de Bettelheim, de Freud et aussi de cette femme de quatre-vingt-seize ans qui s'est immolée par le feu pour en finir avec une existence moribonde, il prône « le droit à une mort volontaire et douce ».

Mais le plus percutant de ce « Manifeste pour une mort douce » n'est pas une apologie du suicide, loin de là, mais une réflexion intense sur une société qui « répugne encore à s'avouer que les pulsions sexuelles sont foncièrement sauvages et asociales, qu'elles se rient de la morale », une société où les médecins deviennent des directeurs de conscience et, quelque peu sadiques, considèrent que mourir doit être une épreuve douloureuse : faut-il payer d'être né ?

Manifeste pour une mort douce de Roland Jaccard et Michel Thévoz

Michel Thévoz et Roland Jaccard se rejoignent dans le rejet des dictateurs qui imposent les lois de la conscience collective et dans l'amour de la liberté intime totale.

■ Manifeste pour une mort douce de Roland Jaccard et Michel Thévoz, Editions Grasset/Figures, 120 pages, 1992, ISBN : 978-2246463719

Présentation de l'éditeur : Ce livre, très bref, se propose d'emblée comme un texte extrêmement polémique, contre l'idéologie (en vigueur) selon laquelle les hommes, qui ont le droit de vivre, n'auraient pas le droit de mourir. Précisons : Jaccard et Thevoz veulent, en effet, que le droit à la mort volontaire" – bref, le droit au suicide – soit reconnu en droit français. Mourir quand on le veut, si on le veut, avec les moyens d'y parvenir dans la dignité et la "douceur". Ce n'est pas, bien sûr, un livre sur l'euthanasie - qui est un tout autre problème. Mais sur la possibilité d'abréger sa propre souffrance, en toute lucidité, et sans qu'il faille sauter par une fenêtre..."

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Arrêt de jeu, Dan Kavanagh

Publié le par Jean-Yves Alt

« T'es une tapette, Duffy, et j'en suis une, et t'en es une, prenons un autre verre. » (p. 72)

A l'Alligator, le club préféré de Duffy, on remue parfois le couteau dans la plaie. Et l'intéressé peut affirmer qu'il aime aussi les femmes, surtout son amie Carol, son compagnon de bar ne lui laisse aucune échappatoire : « Rien d'extraordinaire à ça. La plupart des tapettes aiment bien les femmes. La plupart des femmes aiment bien les tapettes ! » (p. 73)

Viré de la police à la suite d'une affaire de mœurs, Duffy installe des systèmes de protection et fait parfois office de détective privé.

Arrêt de jeu, Dan Kavanagh

Dans « Arrêt de jeu », l'entraîneur de « l'Athlétique » l'appelle à l'aide car les incidents s'accumulent au point d'en devenir suspects : des hooligans saccagent les environs du stade et les deux meilleurs joueurs sont victimes, l'un d'un passage à tabac en règle et l'autre d'une fausse accusation de viol !

Dans ce roman, Duffy parcourt les titres de la presse populaire britannique sur l'irruption du sida et conclut qu'on meurt surtout de « manque de compassion » (p. 36) !

■ Arrêt de jeu de Dan Kavanagh, Editions du Seuil, Points Policiers, 225 pages, 1993, ISBN : 978-2020198578

Présentation de l'éditeur : Tout vaut mieux qu'une jambe cassée, surtout pour un footballeur. Danny Matson, vedette de l'Athlétique, voit soudain sa carrière arrêtée net dans un parking un soir où des inconnus l'agressent et lui brisent le tendon d'Achille. Feraient-ils partie de ces hooligans, de ces néo-nazis du mouvement rouge-blanc-bleu qui distribuent des tracts racistes dans le stade ou à la sortie des matches ? Et qui fait tomber Brendan Domingo dans les bras d'une blonde pour l'accuser ensuite de viol ? Melvyn Prosser, le président du Club, et Jimmy Lister, l'entraîneur, demandent à Duffy, ex-inspecteur de police, gardien de but des Volontaires et personnage central des romans de Kavanagh, de mener l'enquête. Duffy est un brin hypocondriaque, plutôt homosexuel et d'une maladresse légendaire, mais il démêlera à merveille les magouilles politico-financières qui rôdent autour de l'Athlétique.

EXTRAIT : « En se rendant à Ealing, Duffy se souvint brusquement de Don Binyon. Trapu, chauve, doté d'un sens de l'humour incisif, Binyon avait été un compagnon de bar à l'Alligator. Duffy ne s'était pas tapé Binyon – qui ne l'attirait pas vraiment – mais il appréciait sa compagnie. Son sens de l'humour, même un peu blessant. Binyon aimait dire aux gens leurs quatre vérités ; il était très habile à ce petit jeu. Un soir où Duffy s'apitoyait sur lui-même et se vengeait sur les petits verres plus qu'il ne l'aurait dû, il s'était épanché, cherchant même à se raconter d'une certaine façon. Il en était arrivé à Carol, aux accusations injustes, à ceux avec qui il avait couché. C'était une erreur de chercher à s'analyser soi-même ; non seulement une erreur mais un détonateur. Binyon était de ces types qui analysaient les autres. Binyon connaissait Duffy mieux que Duffy.

— Ce qui ne va pas chez toi, lui avait dit Binyon avec un soupçon d'impatience devant les divagations et les redites de son compagnon, ce qui ne va pas chez toi, c'est que t'es une tapette. Ne va pas me parler de ces bisexuels de merde. Je connais tout ça par cœur. Ce n'est qu'une façon de dire : Oh, mais non, je ne suis pas de ceux-là, pas vraiment comme ça. C'est une façon de reculer quand tu l'as déjà enfoncée jusqu'à la garde. T'es une tapette, Duffy, je t'ai vu faire ici assez souvent pour savoir qui tu es. T'es une tapette, Duffy, et j'en suis une, et t'en es une, prenons un autre verre.

Ils avaient pris un verre.

— Mais si je suis une tapette, avait dit Duffy qui commençait avec tous ces petits verres à sentir une tension dans la conversation, pourquoi est-ce que j'apprécie Carol plus que n'importe qui ?

— Rien d'extraordinaire à ça. La plupart des tapettes aiment bien les femmes. La plupart des femmes aiment bien les tapettes. Je suis sûr que c'est une fille charmante, qu'elle sait préparer à la perfection un potage en sachet. Ça n'a rien à voir. Et la preuve du pudding, comme on dit, c'est que t'as un problème de pelle à tarte avec elle.

— Mais ça c'est parce que... ça c'est à cause de ce truc qui est arrivé...

— Non, Duffy, le truc qui est arrivé a servi de révélateur. Ton problème de queue c'est le moyen dont ton corps dispose pour te dire que t'es une tapette.

— Mais j'ai été... j'ai été avec des filles depuis, fit Duffy qui se sentait timide tout à coup et de façon inexplicable.

— Combien, hein ? Combien ? (Binyon était presque ironique.)

— Bon pas autant de fois que... mais pour une raison évidente... je veux dire, étant donné que... Le cerveau de Duffy tournait à vide, au point mort.

Binyon lui tapota doucement l'épaule.

— T'en fais pas, Duffy, je vais même pas essayer de te convaincre. Mais tu me la fais pas et je vois pas pourquoi tu cherches à te persuader du contraire. Si t'es pas une tapette, alors je suis le roi des hétéros.

Cette conversation l'avait préoccupé. En fait la première personne avec qui il avait couché après ça, avait été une fille. Mais sans aucun doute, ça aussi Binyon aurait su l'expliquer. Etait-il tout bonnement homosexuel ? (Binyon, bien qu'homosexuel, préférait toujours employer le mot tapette comme s'il vous assenait une brutale vérité.) Dans un sens, que Binyon fut dans le vrai, Duffy n'en avait rien à faire. Il trouvait simplement déplaisant de se voir enrégimenté comme ça. » (pp. 72-74)


Du même auteur : La nuit est sale - Tout fout le camp !

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Le secret de Grayson, Ami Polonsky

Publié le par Jean-Yves Alt

« Parfois il faut que tout s'écroule avant de se reconstruire comme il se doit. » (p. 327)

« Le secret de Grayson » c'est d'abord le drame initial de chacun d'entre nous, dès l'instant où nous sommes remis à la vie parce que nous tentons le sublime, retardant l'instant désastreux quand il faut admettre que la vie est ordinaire et que nous nous ressemblons tous alors que nous avions voulu être unique dans l'écho charnel et intellectuel d'un autre unique : celui qu'on souhaitait devenir.

« Le courage, c'est quand on a quelque chose d'important à faire, et qu'on a peur, mais qu'on le fait quand même. » (p. 319)

Grayson est encore un jeune enfant quand ses parents meurent dans un accident de voiture. Il est alors placé chez son oncle Evan, frère de son père qui a lui-même deux garçons. Grayson se retrouve l'enfant du milieu de la nouvelle fratrie.

Dans le roman, il vient d’entrer au collège. Son cousin aîné est dans la classe supérieure alors que l'autre est encore à l'école primaire. Jack, son aîné, ressent quelque chose qu'il n'aime pas chez Grayson. Il le traite de « petit pédé » tout en subodorant qu'il s'agit d'autre chose.

Les parents de Grayson ont toujours pressenti puis su avec certitude que leur garçon souhaitait être une fille. Ils ne l'ont jamais contré dans ce désir et se disaient qu'ils devaient faire avec. Ils ne voyaient aucune honte à ce que leur fils puisse vivre avec ce désir. Sans doute n'avaient-ils pas prévu ou voulu envisager ce que le jeune garçon allait vivre pendant cette année de sixième.

« Je sais, au fond de mon cœur, que Paul et moi faisons ce qu'il faut, mais l'année a été très difficile, depuis que Grayson va à l'école. J'ai l'impression que nous sommes jugés en permanence pour la manière dont nous le laissons s'habiller. C'est vrai, ce que tu m'as dit l'autre jour : Grayson est comme il est. S'il continue de soutenir qu'il est une fille, alors nous nous devons de le soutenir. Tout ce que je veux, c'est qu'il soit fidèle à lui-même. Enfin bref, merci de continuer à garder ça pour toi. Paul et moi tenons encore, tous les deux, à ce que Grayson ait la force de montrer au monde quelle personne il est – quelle que soit cette personne –, mais à sa manière et à son rythme. » (p. 146, extrait d'une lettre de la mère de Grayson adressée à sa propre mère)

Le lecteur devine, que dans sa prime enfance, Grayson était un garçon heureux et volubile. Chez son oncle et sa tante, Grayson perçoit que les ressentis ne sont pas si simples. L'inquiétude de sa tante le déstabilise. Il redoute que son vécu antérieur, léger et joyeux, se transforme en grisaille et en uniformité.

Les lecteurs de cet article voudront peut-être savoir si Grayson est une future transsexuelle. Le propos n'est pas là. C'est une mauvaise et vilaine question. Le roman se déroule sur une année scolaire de l'enfant. Une seule donnée est certaine : Grayson aime ce qu'il ressent en lui, ce désir d'être une fille. Il ne pense pas aux années à venir mais seulement au présent. Et il souhaite pouvoir vivre des expériences en tant que fille aux yeux de tous.

Grâce à son professeur de français qui accepte de lui donner pour la pièce de fin d'année, le rôle de Perséphone, on comprend que le but de l'auteure – Ami Polonsky – est de parler à ceux qui n'entendent pas des aspirations non conventionnelles : les Ryan, Tyler… et les adultes enferrés dans les normes sociales.

Ce roman est une splendeur de l'incantation qui coule et bondit comme mer au couchant : le lecteur de ce roman doit se noyer dans le soliloque de Grayson, contrepoint meurtri d'une souffrance jamais asséchée, qui représente la quête totale de soi, image nette née de nos propres troubles concernant le genre.

Rappelons-nous des mots de Roland Barthes : « … l'origine a appartenu, l'avenir appartiendra aux sujets en qui il y a du féminin. » (Fragments d'un discours amoureux, Seuil, 1977, p. 20)

■ Le secret de Grayson, Ami Polonsky, traduit de l'américain par Valérie Le Plouhinec, Editions Albin Michel Jeunesse, 333 pages, 31 août 2016, ISBN : 978-2226318916

Présentation : Dans son monde imaginaire, Grayson est une princesse. Il a de longs cheveux blonds et il porte une magnifique robe dorée. Dans la vraie vie, les cheveux longs et les robes chatoyantes, ce n'est pas pour les garçons. Grayson se cache dans des vêtements amples, évite les autres à tout prix et enfouit ses dessins au fond de ses tiroirs. Alors, Grayson fait semblant d'être ce que les autres voient, quitte à s'effacer complètement. Jusqu'au jour où il décide de postuler pour la pièce de théâtre de l'école et décroche le premier rôle : celui de la déesse grecque Perséphone. Son choix déclenche une véritable tempête autour de lui – au sein de l'école mais aussi de ses proches. Pourtant, malgré les rumeurs et les humiliations auxquelles il doit faire face, c'est aussi la première fois que Grayson ose être lui-même. Sa sincérité, son audace et son charme lui valent de nouvelles amitiés qui lui font entrevoir un avenir nouveau, où il pourra enfin s'affirmer en dehors des planches.

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