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Pasolini - Pig ! Pig ! Pig ! une BD de Jean Dufaux et Massimo Rotundo

Publié le par Jean-Yves Alt

Milieu des années 90 : Antonio Scerba est inspecteur de police. Il vient d'épouser Aurélia Cantun, la fille d'un richissime notable de Rome. Sa belle famille s'est montrée charmante pendant la cérémonie.

La réalité est pourtant plus complexe. Le père d'Aurélia n'accepte pas son gendre qu'il juge minable. Dans une courte scène, on le voit dans les jardins de sa propriété embrasser sa fille sur la bouche et lui dire :

« Tu m'as obligé à accepter ce mariage. À lui sourire comme si j'avais trouvé en lui le gendre idéal ! Mais tu m'appartiens ! Et ce qui m'appartient, malgré ces apparences, je ne le donne pas ! »

La vie de la jeune femme comporterait-elle des zones d'ombre propices aux tricheries, aux manœuvres et aux faux-semblants ?

Le père d'Aurélia entretient-il une relation incestueuse avec sa fille ? Il est fort probable même si la suite de l'album n'aborde plus ce sujet. Il reste qu'Aurélia affirme vouloir « oublier » et avoir « besoin de mener une vie normale, plus simple… et avoir des enfants » avec son mari qu'elle aime.

Le patron de Scerba, le commissaire Negroni, a été contacté par un journaliste indépendant, Fabio Rinaldi, qui posséderait des éléments nouveaux pouvant relancer le dossier sur la mort de Pier Paolo Pasolini en 1975. Pour Negroni, l'affaire est classée, il s'agit seulement d'un « fait divers sordide, un pédé tué par un gamin de dix-sept ans alors qu'il tentait de le lever ». Negroni demande à Scerba de calmer l'« imagination galopante » de ce journaliste.

Quand l'inspecteur Scerba se rend au rendez-vous du journaliste, il trouve ce dernier la gorge tranchée et émasculé. Sur le mur est écrit en lettres de sang : Pig Pig Pig. Un jeune homme, Roberto, arrive sur place ; il dit à Scerba qu'un certain Guido était un contact important du journaliste à propos de son enquête sur la mort de Pier Paolo Pasolini. Roberto confie encore à l'inspecteur que ce journaliste payait aussi volontiers quelques faveurs sexuelles… faveurs qu'il propose à l'inspecteur.

Roberto met Scerba en relation avec une jeune fille, Claudia, qui pourrait l'aider à retrouver Guido…

Cet album est – à travers les différentes lectures de l'inspecteur Scerba – l'occasion de revivre quelques moments de la vie de Pier Paolo Pasolini :

L'enfance dans le Frioul ; le moment où Fellini refuse de produire son premier film, Accatone ; la passion pour l'actrice hollywoodienne Rita Hayworth ; l'atmosphère créée par une société bien-pensante qui refuse tous les comportements qu'elle ne comprend pas ; les relations sentimentales ; l'exclusion de l'école de Valvasone pour corruption de mineurs…

L'inspecteur Scerba finit par s’identifier au célèbre P. P. P., écrivain, scénariste et metteur en scène italien, hormis ce qui concerne les préférences sexuelles.

Et, comme Pasolini, Antonio Scerba vivra son ultime rencontre sur une plage d'Ostie...

Cette histoire est aussi celle d'une lente dépossession des êtres : qu'il s’agisse de l'inspecteur Scerba ou d'Aurélia Cantun. Cette dernière est l'objet d'une manipulation odieuse et subtile (dont Scerba, son époux, fera les frais) de la part de celui-là même qui dit l'aimer le plus.

Ce sont des mobiles simples, des pulsions primitives qui vont produire les nombreux meurtres de cette histoire d'apparence complexe : un père en mal d'identité, l'amour et la jalousie. Quoi de plus désespérément humain…

■ Pasolini - Pig ! Pig ! Pig ! une BD de Jean Dufaux et Massimo Rotundo, Éditions Glénat, 1993, ISBN : 2723415791


Lire aussi Pier Paolo Pasolini de Nico Naldini et Pasolini une rencontre de Davide Tofolo


De Pier Paolo Pasolini : Actes impurs suivi de Amado mio - L'odeur de l'Inde - Les ragazzi - Descriptions de descriptions - Comizi d'Amore : enquête sur la sexualité (film documentaire)


Lire aussi la chronique de Lionel Labosse sur son site altersexualite.com

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Un été américain, Georges-Michel Sarotte

Publié le par Jean-Yves Alt

Lionel, un séduisant professeur parisien spécialiste de Henry James, est dépêché aux U.S.A. par sa mondaine maîtresse Véronique, afin de récupérer Paul, vingt printemps, le fils de celle-ci. Mais, dès son arrivée à Boston chez son confrère Bernard, Lionel se trouve plongé dans un climat homosexuel qu'il met du temps à réaliser – ce qui lui permet de jeter sur le monde gay un coup d'œil d'une objectivité amusée, un rien décalé.

Georges-Michel Sarotte joue superbement de la structure du roman de Henry James paru en 1903 : «Les Ambassadeurs». Mais les orientations sexuelles des personnages sont inversées dans «Un été américain», comme l'est le voyage décrit. Strether, le héros de James, découvrait l'Europe et Chad, le jeune homme qu'il venait chercher, aimait une femme plus âgée. Lionel, français, se détourne très vite de son projet : persuader le fils de sa maîtresse, Paul, de regagner la France. Lionel est fasciné par les États-Unis et devient l'allié de Paul, homosexuel, qui vit une belle passion avec Skip, un homme de l'âge de Lionel. Paul proclame son goût de la vie, l'urgence du plaisir, l'oubli de la morale et la mort de toute culpabilité. Skip et Paul c'est l'amour, exclusif côté Skip, volage côté Paul. Mais Paul a tous les dons : beau, sportif et musicien !

Lionel se souvient de Max, qu'il a aimé, sans trop le savoir, à dix-sept ans. Il a encore des souvenirs d'adolescence, lancinants, avec de jeunes garçons qui le mettent, par à-coups, sur une piste, bien qu'il fasse tout pour rester aveugle. Sa réticence est toujours séduite, mais de biais. Des garçons, américanisés et anti-traditionnalistes jusqu'au bout des ongles, ouvrent des interrogations en lui. Pourtant Lionel n'a rien à envier à ces jeunes Américains : il a le charme français et la santé américaine. Hugh le lui prouve en devenant son amant.

Ce qui est plaisant, dans «Un été américain», c'est la naïveté de Lionel, que Sarotte veut comme Candide : il découvre les habitudes, les audaces vestimentaires, les lieux de rencontre, le côté relax, relevant d'une nature qu'il croit nouvelle, de ceux qui ont réussi leur sortie du placard.

Lionel, devant cette réalité qui l'offusque et le ravit parfois, joue à être ce qu'il n'est pas, et à jouer la contradiction avec ce qu'il est, en refoulant pulsions et impulsions. Le tableau brossé par Sarotte de l'Amérique Gay des années 70/80 – où tous les espoirs étaient permis ! – ne laisse pas d'être piquant.

On y est. C'est vu, avec une vérité un peu fabriquée jusqu'à ce que le jeu s'efface devant les aveux de Bernard, de Jean-Yves, les confidences de Jimmy, de Hugh : tous ramènent le lecteur à la difficulté d'être.

— Il faut être soi-même. Il faut vivre selon ses désirs profonds, mettre sa vie en harmonie avec eux. On a tort de se leurrer. Peu importe ce que l'on est, il faut être soi-même jusqu'au bout. Paul a trouvé ici son identité, sa vraie voie, sa vraie vie. Il ne faut pas l'en arracher. Il faut le laisser vivre comme il veut. (p. 114)

Lionel se rend compte encore que Jean-Yves – avec sa hantise de la vraie virilité, son fantasme garçon-cuir, son désir de super-mecs, son goût des bars masos des bords de l'Hudson – représente tout ce qu'il fuit, peut-être tout ce qu'il a fui sa vie entière : l'homme-femme, le faux mâle, le plaqué-homme. Et si tout cet éclatement à la liberté cachait un vide, un gouffre ?

Lionel quitte l'Amérique, et son été révélateur, avec l'impression de sauver de soi le plus important pour son équilibre.

«Un été américain» est écrit au fil de la plume et, par son climat, sa malice, le double jeu des identités, fait songer au «Joyeux Garçon» d'Abel Hermant… jusqu'à ce que la chausse-trape du choix s'ouvre devant le héros, soudain décidé à regagner ses pénates françaises.

Roman euphorique qui ouvre ses chapitres sur la conscience du temps quand Lionel évite les mirages et se détourne des pièges : cette vie à cent à l'heure, cette quotidienneté de l'aventure ont leurs failles : un spécialiste de littérature, comme Lionel, sait qu'au bout de l'été surgit l'automne, l'heure des comptes... au bout d'une brève jeunesse se glisse la vieillesse... Etait-il suffisant de s'éclater ?

■ Un été américain, Georges-Michel Sarotte, éditions Persona, 1985, ISBN : 2903669260


Du même auteur : La romanesque

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Passion simple, Annie Ernaux

Publié le par Jean-Yves Alt

Passion simple, n'a rien d'innocent. Une femme a aimé un homme à la folie. Les circonstances (il séjourne à Paris pour son travail, il est marié, il repart dans son pays, à l'Est) les séparent.

Une femme a aimé un homme, engloutie dans le temps présent, hors de toute chronologie. Aucun espoir, aucune tentative de futur. Rien d'autre que ces heures arrachées au quotidien dont ils exécutent les rites habituels séparément. Il vient chez elle, ils font l'amour, ils s'aiment. L'heure vertigineuse et éblouissante. Elle est seule, ses fils sont grands, elle a déjà épongé les douleurs essentielles. Il sait tout de sa séduction, et sans doute aussi beaucoup de l'amour. Il en sait suffisamment pour ne pas déstabiliser ses ambitions professionnelles et la sécurité de son foyer.

Il n'est pas innocent que le livre commence par ces phrases que l'on redoute habituellement sous la plume d'une femme :

« Cet été, j'ai regardé pour la première fois un film classé X à la télévision [...] Il y a eu un gros plan, le sexe de la femme est apparu, bien visible dans les scintillements de l'écran, puis le sexe de l'homme, en érection, qui s'est glissé dans celui de la femme. Pendant un temps très long, le va-et-vient des deux sexes a été montré sous plusieurs angles. La queue est réapparue, entre la main de l'homme, et le sperme s'est répandu sur le ventre de la femme. [...] Il m'a semblé que l'écriture devrait tendre à cela, cette impression que provoque la scène de l'acte sexuel, cette angoisse et cette stupeur, une suspension du jugement moral. » (pp.11-12)

Et après ? Après, il y a la mémoire, ou plutôt l'interrogation étonnée d'une aventure qui semble s'être nourrie de rien. Après, il y a le temps de l'écriture. Non pas le passé simple, mais le temps qui aspire la légende : l'imparfait.

L'imparfait pour ces quelques mois parfaits, la suspension de quelques heures éparses, un privilège en quelque sorte, une manière insensée de régler ses comptes au passé – momentanément disparu – et au futur qui se condense dans un immédiat délirant : le téléphone va-t-il sonner ? Il faut ranger la chambre, disposer les boissons. Et ce corps soudain immense que l'on prépare et que l'on pare pour qu'il soit dénudé, pénétré, le corps qui espère jouir puisque le seul signe de cette immense affaire c'est justement lui qui bande et elle qui le voit.

Après, il y a les mots qu'Annie Ernaux convoque avec une économie d'effets hallucinante. L'histoire la plus intime grandit, devient universelle, là où il n'y a plus ni hétérosexualité, ni homosexualité, mais l'amour tangible, saisi à pleines mains, violemment réel.

Enfermée dans la passion, Annie Ernaux ausculte le moindre signe qui lui parle de son amour. Robes, maquillage, horoscope, une avalanche de superstitions grandioses la tiennent en équilibre dans ce temps arrêté où tous les gestes se ressemblent, où rien n'est supportable qui n'évoque l'être aimé, son visage, sa poitrine, son sexe, le désir qu'elle a de lui.

Prisonnière ?

■ Passion simple, Annie Ernaux, éditions Gallimard, 1992, ISBN : 2070725049

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Promenade dans la douce folie des gens tristes, Denis Rossano

Publié le par Jean-Yves Alt

Vingt ans, est-ce le plus bel âge de la vie ? Denis Rossano a écrit le roman d'une jeunesse triste.

Dans un court récit tout en finesse, l'auteur a su mettre en lumière la face désespérée de la jeune génération. Une génération gâchée, qui se complaît dans une douce mélancolie et cherche, à travers l'errance en bande, un refuge contre un monde absurde et furieux.

« Encore et toujours, nos lentes promenades dans Paris nimbé des derniers soupirs de l'automne. Nous ne pouvions nous en passer.

— Où allons-nous ? avait demandé Daria la première fois qu'elle était venue avec nous.

— Nulle part.

Une autre fois elle me dit, un soupçon d'ironie dans la voix :

— Votre douce folie est celle des gens tristes qui ne savent pas où ils vont, qui s'égarent, s'abandonnent, et, finalement, s'en foutent complètement. Vous aimez votre mélancolie, votre vie s'y résume. » (pp.99/100)

Ils sont quatre amis que le manque d'amour a rapprochés.

Côme, le narrateur, qui porte le suicide à la boutonnière et promène son spleen le long des arcades des jardins du Palais-Royal balayées par la pluie. Acide, perdu dans une quête effrénée de l'existence, ivre de vitesse et de « son nectar ». Ava, la tendre et pitoyable mythomane et Ferenc, le beau Ferenc, ravagé par son amour impossible pour Côme.

Dans l'antre blanc, lieu mythique de leurs réunions, ils discutent et se forgent des références – l'autre génération perdue, celle de l'entre-deux-guerres, en France comme aux Etats-Unis. Mais alors qu'ils savourent le vide de leur existence et se délectent de leur malheur, le drame, le vrai, celui qui forge les destins tragiques, vient brutalement interrompre cette lancinante valse triste. Le désespoir prend un autre ton.

« — Côme ?

Ma main a porté la cigarette à ma bouche mon regard s'est détourné. Il s'est rapproché. Respiration saccadée. Il m'a pris la main, promptement.

— Côme, il faut que je te dise...

— Quoi ?

— Tout.

Il m'a tout dit. Il m'a dit qu'il m'aimait, qu'il ne pouvait pas le cacher plus longtemps, qu'il me désirait depuis notre première rencontre, qu'il m'aimait, que j'avais sûrement dû comprendre, qu'il avait cru deviner en moi les mêmes désirs, qu'il n'en pouvait plus, qu'il m'aimait, qu'il m'aimait tellement, comme il m'aimait. Figé, mon esprit, englué dans une stupéfaction totale.

— Mais qu'est-ce que tu racontes, Ferenc ?... tu délires, ou quoi ?

Je n'arrivais pas à saisir la signification de ses paroles, ne voulais pas surtout. Affreusement gêné, mal à l'aise.

— Côme...

Avec quelle douceur, quelle miraculeuse tendresse il a prononcé mon prénom ! Mais je ne voulais rien savoir, ne voulais pas de sa confession ni de son amour ; alors je l'ai finalement envoyé promener, sans vergogne, lâchement, maladroitement.

— Écoute, Ferenc, calme-toi. Bon, OK, t'es pédé, tu n'as pas osé le dire jusqu'à maintenant, mais moi, tu sais, je m'en fiche, ça m'est complètement égal, c'est ton affaire. Je ne suis pas de ceux-là, c'est tout... Mais je ne te juge pas, non. Cela ne change rien à notre amitié... Allez, ne me regarde pas comme ça ! n'y pense plus, c'est pas compliqué. Trouve-toi un autre mec ce soir, et demain tu auras oublié ce que tu viens de me dire. Avec la petite gueule que tu te payes, tu dois faire des ravages !

Infâme. J'ai continué, stupide, imbécile. Réduisant ses sentiments à un simple caprice, une broutille. Sans ménagement, j'ai incendié tous ses rêves et cruellement pulvérisé ses espoirs. Il me fixait, hébété, ahuri. Je parlais très vite, regardant ailleurs, faisant mine de prendre tout cela à la légère. Il est parti sans dire un mot. Je n'ai même pas essayé de le retenir. Pas un geste, rien. Je n'ai pas bougé, je me forçais à songer à autre chose, debout, tout seul. J'ai haussé les épaules. Ça, c'était presque pire que tout ce que je lui avais dit. » (pp.110/111)

Denis Rossano a trouvé les mots justes pour peindre une jeunesse qui se cherche, inquiète et maladroite. Son roman n'est pas tapageur. C'est plutôt la douce musique d'un quatuor à cordes qui surgit des voix de ces quatre personnages terriblement attachants. Une musique qui berce, envoûte lentement et promène au gré des souvenirs de chacun, dans l'atmosphère trouble d'une adolescence finissante. Il n'est pas facile, lorsqu'on a vingt ans, d'apprendre à vivre et à aimer...

■ Promenade dans la douce folie des gens tristes, Denis Rossano, Éditions Régine Deforges, 1987, ISBN : 290553818X


Du même auteur : Les songes noirs

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L'homme au mégot, François Joly

Publié le par Jean-Yves Alt

Algérie, 1962. L'armée française est prise en sandwich entre le FLN et l'OAS. Par la faute d'un lieutenant sadique, le bidasse Ledutal (surnommé Bix) perd son ami André :

« Bix hurla, pleura, se tapa la tête contre les murs, en pleine hystérie, et les copains découvrirent avec stupéfaction qu'entre Bix et le caporal André il y avait eu plus qu'une simple amitié. » (p. 96)

Bix, dès lors, ne sera plus le même. Trente ans plus tard, quand la police poursuit un Zorro flingueur qui supprime tous azimuts « la vermine que la société n'a pas le courage d'éliminer » (p. 174), Pierre Curveillé comprend, à un indice que lui seul peut relever, qu'il s'agit de Bix : Bix qui un jour lui a « sauvé l'honneur » (chapitre IX), et un autre la vie (chapitre XII).

« Parmi les rares détails fournis aux journalistes par les gendarmes, il était mentionné que l'arme du crime était une vieille MAT 49 et que, dans une douille de 9 mm que le tueur avait sciemment laissée sur le terrain, on avait trouvé un mégot écrasé. » (p. 40)

Sans hésiter, Curveillé vole au secours de la raison du vieux Bix...

« Je ne veux rien, dit Curveillé. Quand j'ai senti que c'était toi, je voulais te sauver, te sortir d'un engrenage, de ta folie. Je t'imaginais complètement dingue, en proie à l'hystérie. J'ai fait toutes les suppositions allant jusqu'à te voir moitié clochard, moitié gaucho, bourré de tics, vivant dans une zone, faisant les poubelles, rentrant dans ton squat, le soir, pour préparer tes expéditions punitives. […] je voudrais comprendre.

— Il n'y a rien à comprendre. […]

— Bon. Je ne vais pas entrer dans des considérations philosophiques, ni dans le principe que tu n'as pas le droit de t'ériger en justicier. […] On n'a pas supporté la mort du caporal André.

— Ne parle pas de ça !

— Si, il faut qu'on en parle. Les photos sur la table basse, avec ton ami, c'est le même regard, la même intensité.

— Arrête, tu dis des conneries.

— Non, j'ai besoin de savoir, il ne faut pas que je sois venu pour rien.

— Tu ne peux pas comprendre. C'était platonique. Oui, on s'aimait. A notre façon. C'est à sa mort que j'ai compris. Pendant un temps, j'ai refusé l'évidence. Je me suis enfermé dans la négation de cet amour impossible. J'en suis sorti, un jour, grâce à d'autres hommes, à un autre homme enfin. » (pp. 174/175)

Un régal, ce polar ! Intelligent, efficace, aussi haletant dans le réquisitoire que dans la tendresse. Rare cette histoire d'un hétéro qui vient sauver la mise à son pote pédé et son petit ami.

■ L'homme au mégot, François Joly, éditions Gallimard/Série Noire, 1990, ISBN : 2070492478


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