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Le livre de Jim~Courage, Mathieu Lindon

Publié le par Jean-Yves Alt

Un jeune homme se souvient ou s'oublie. Un jeune homme parle dans un monologue infini, voix d'enfant. Un chien l'attend au bord de la Seine. Qui est Jim~Courage, ce héros, affamé d'amour, ce frère-ami, cet autre trop vulnérable pour donner au narrateur la force de le payer de retour ?

Récit marqué par la volonté d'étreindre l'émotion, d'imiter la compassion, de narguer la littérature qui se plaît à se meurtrir dans les souvenirs d'enfance. Ironie où cohabitent un loup bienveillant, une grand-mère plus féroce que le loup.

Ce roman me redonne, avec tous les filtrages du grand art, l'exacte sensation que j'éprouvais quand, justement, au temps des loups, des grands-mères, des amis éternels, des nuits-rêves d'amour absolu, des chiens fidèles, je refusais de vieillir, plongés à perdre la raison dans la lecture de « Sans famille ».

Qui est Jim~Courage, sinon cet enfant-prince des contes de fées, cet autre moi-même, guetté au coin de la passion quand les adultes me parlaient déjà comme si mon plus grand espoir était de leur ressembler ?

Le livre de Jim~Courage pose la question suivante : Peut-on aimer les autres ? Il répond qu'aimer n'est peut-être que s'aimer soi-même amoureux…

Peut-on se sauver de l'enfance ?

« Je suis resté planté sur place, les poings contre la tête. Est-ce que c'était fini, lui et moi ? Et comment pouvais-je penser ça alors qu'il n'avait été que gentillesse ? Comme d'habitude, c'était moi qui avais été fautif et pourtant je l'aimais. Ou est-ce que je ne l'aimais plus ? Je lui en voulais de ne plus l'aimer. J'avais eu tant de bonheur de cette relation, nous ne nous disputions jamais, jamais nous ne nous étions séparés fâchés, même pour un soir. Je sentais bien que je l'aimais encore, j'étais transporté de bienveillance et d'émotion. Et c'était ça l'amour : je n'étais jamais sûr que ça existait, je m'inquiétais toujours de ne pas aimer assez. Mais notre relation avait-elle jamais été de l'amour ? Une passion fraternelle. Mon frère, ne me quitte pas. Et j'étais seul. Si je l'avais retenu, peut-être serait-il resté. Si je lui avais dit qu'il était mon meilleur ami, bien sûr ! Mon frère ? Si je le lui avais dit, je l'aurais laissé partir sans tristesse. Si je le lui avais montré. Rien qu'une main dans les cheveux, un sourire. J'étais seul avec lui dans ma tête. Je lui avais manqué. Une relation si intense ne pouvait pas durer sans une attention permanente de l'un et de l'autre. Ne pouvait pas se casser du jour au lendemain. Mais le pli était pris des vies divergentes, ce n'était plus qu'une question de mois. Je n'avais rien répondu. Je lui avais fait du mal. Quand il aurait encore vécu cent ans de bonheur grâce à moi, un jour il avait souffert de mon fait. » (pp. 8/9)

■ Le livre de Jim~Courage, Mathieu Lindon, Éditions P.O.L., 1986, ISBN : 2867440610 et Éditions P.O.L. (Format Poche), 7 janvier 2021, ISBN : 9782818051948

Gérard, le héros de ce roman, a été tant aimé par Hervé Guibert


Du même auteur : Prince et Léonardours - Champion du monde - Nos plaisirs [Pierre-Sébastien Heudaux]

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Silbermann, Jacques de Lacretelle (1922)

Publié le par Jean-Yves Alt

C'est un adolescent – Jacques – qui parle dans Silbermann. Mais le centre du roman est le jeune juif – Silbermann –, que le narrateur rencontre sur les bancs de la classe de troisième. Jacques admire et défend Silbermann dont le destin sera pour le narrateur un amer enseignement.

Ainsi les émotions de Jacques, ses enthousiasmes et ses faiblesses, les événements dans sa famille passent au second plan. Le roman est surtout le portrait du jeune Silbermann qui ressemble sans doute à bien des juifs mais qui jamais ne s'efface en un type trop universel et préconçu.

« Je suis content, bien content, que nous nous soyons rencontrés... Je ne pensais pas que nous pourrions être camarades.

— Et pourquoi ? demandai-je avec une sincère surprise […]

Sa main qui continuait d'étreindre la mienne, comme s'il eût voulu s'attacher à moi, trembla un peu. Ce ton et ce frémissement me bouleversèrent. J'entrevis chez cet être si différent des autres une détresse intime, persistante, inguérissable, analogue à celle d'un orphelin ou d'un infirme. Je balbutiai avec un sourire, affectant de n'avoir pas compris :

— Mais c'est absurde... pour quelle raison supposais-tu...

— Parce que je suis juif, interrompit-il nettement et avec un accent si particulier que je ne pus distinguer si l'aveu lui coûtait ou s'il en était fier. » (pp. 28/29)

Silbermann est épris de la culture française, désirant se l'assimiler complètement, avec l'espoir que son génie pourra en tirer des chefs-d'œuvre. Mais, parmi ses compagnons de classe, il ne rencontre guère que des ennemis ; tout d'abord, il croit triompher par son intelligence précoce, ses interprétations brillantes face à celles superficielles de ses camarades.

Quand on le force à la lutte, il résiste à l'oppression, par les sarcasmes, ou par des lâchetés provisoires que permet sa certitude de vaincre plus tard. La révolte accroît ses qualités ; la combativité lui devient essentielle, et, il profite de tout répit, pour accabler son entourage de son arrogance et de son insupportable loquacité.

Malgré tout, ses souffrances et son énergie le font aimer. On l'admire de ne jamais désarmer, et, quand, à la fin du livre, il comprend que les Français ne l'accepteront jamais tel qu'il est, il prend une voie détournée vers le pouvoir et l'influence, il part pour l'Amérique, d'où il veut revenir riche.

■ Silbermann, Jacques de Lacretelle (1922), Éditions Gallimard/Folio, 1973, ISBN : 2070364178


On apprend, dans « Le Retour de Silbermann » (1930) que Silbermann est revenu pour mourir misérable à l'âge de vingt-trois ans, consumé par sa fièvre d'agir, par ses jeux idéologiques ; il n'a pu soutenir longtemps l'allure de l'enfant prodige ; tôt, il s'est senti impuissant, incapable d'un effort discipliné et créateur. Les mêmes qualités, qui faisaient briller l'enfant du premier rang de la classe, ont rendu l'homme stérile.


Du même auteur : La Bonifas - Amour nuptial

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Hommage à Violette Leduc : à la recherche de l'amour impossible

Publié le par Jean-Yves Alt

Écrivain longtemps méconnu – ses livres se vendaient mal avant la publication de « La Bâtarde (1) » – Violette Leduc est un auteur dont l'univers exerce sur le lecteur la fascination ambiguë de ces œuvres rares où la sincérité — sans toutefois atteindre l'exhibition — est grande. Sans complaisance aucune avec elle-même, dotée d'un physique ingrat, elle étale sur la page blanche son nez camus, sont front gras, en un mot sa laideur : elle irrite mais ne laisse jamais indifférent.

De son passage à l'internat, elle tirera un court récit. « Thérèse et Isabelle (2) », œuvre scandaleuse au moment de sa parution à tirage limité, aujourd'hui accessible au grand public. Elle y raconte sa liaison avec Isabelle. C'est un amour tempête, dévastateur, qui unit les deux jeunes filles. Le style de Violette Leduc déploie mille festons et guirlandes pour cet amour de femmes qui vont toujours plus loin dans la découverte de leur corps. La folie rôde déjà autour de ces pages.

Sa vie durant, Violette Leduc restera attirée par des hommes qui ne l'aimeront pas puisqu'ils seront exclusivement homosexuels. Elle souffrira de s'en sentir exclue et dans le même temps, jouira de sa souffrance. Maurice Sachs, le premier, l'encourage à écrire. Elle l'aime. Ils quittent tous deux Paris pour la Normandie. Là, Maurice s'éprend d'un garçon de douze ans, juif, que sa mère cache dans le village. Beau et triste, il s'appelle Gérard. Amour platonique à l'égard de l'adolescent timide à qui l'écrivain prête des recueils de poèmes d'Apollinaire. En observant les deux hommes, elle découvre sous leurs gestes les plus insignifiants des gestes d'amour.

Puis, c'est à Paris la rencontre avec Jean Genet dont Simone de Beauvoir lui avait faire connaître l'œuvre. Violette Leduc invite Genet dans son réduit, le sert à table avec dévotion. Mais elle se sent pesante, inopportune. Cette scène équivaut à une torture morale. Elle n'arrive pas à être simple avec lui. Brusquement, Genet qui s'ennuie tire la nappe et quitte l'appartement alors que les assiettes se brisent, que le vin coule à flots. Violette Leduc se rend alors à l'hôtel où réside l'écrivain et là, tombe à ses pieds et lui demande pardon.

Dans le troisième volet de sa trilogie autobiographique, « La chasse à l'amour (3) » [les deux premiers étant « La Bâtarde (1) », et « La folie en tête (4) »], elle connaît enfin l'amour physique avec un homme. René, un être brutal et taciturne qui la comble sensuellement mais avec lequel il n'est guère possible d'échanger des propos passionnants. René n'a rien de commun avec le beau parleur qu'était Maurice Sachs qu'elle écoutait avec émerveillement durant les longues soirées passées en Normandie.

L'œuvre de Violette Leduc est également marquée du sceau de la folie. Solitaire, à Paris, elle devient une maniaque de la persécution : on l'épie. Chaque objet déplacé dans sa chambre devient un signe de la présence d'un agresseur : passages hallucinants où on la voit sombrer peu à peu dans la démence. Simone de Beauvoir lui conseille de consulter un psychiatre ; Violette Leduc suit une cure de sommeil dans une maison de repos. Grâce à l'amitié de Simone de Beauvoir qui lui donne la force d'écrire, elle reprend goût à la vie.

Violette Leduc parle aux objets, les chérit ; eux en retour ne la blessent pas. Rejetée par le monde humain, elle se fait accepter d'eux. Elle éprouve une prédilection toute particulière pour les humbles, objets voués quotidiennement aux tâches ménagères.

Elle s'adresse enfin à son lecteur comme on s'adresserait .à un amant, l'aguiche par l'écriture. « Écrire, c'est se prostituer » dit-elle à la fin de « La folie en tête (4) ». Impudique vouée aux plaisirs solitaires, sans concessions avec elle-même, rêvant de séduire les homosexuels qu'elle aime en donnant à son corps la forme de celui d'un éphèbe, découragée par l'insuccès de ses écrits, gémissant sans retenue au détour d'une page, elle arrive, grâce à la qualité du style, à sa poésie, à habiller les petits drames de sa vie d'un relief saisissant.

Lire ou relire Violette Leduc, la découvrir ou la redécouvrir, c'est partager sa vie.


(1) Éditions Gallimard, L'Imaginaire, 1996, ISBN : 207074535X

(2) Éditions Gallimard (Texte intégral de 1954), 2000, ISBN : 2070758958

(3) Éditions Gallimard, L'Imaginaire, 2000, ISBN : ISBN-10: 2070759334

(4) Éditions Gallimard, 1970, ISBN : 2070271587

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Teleny, attribué à Oscar Wilde (1893)

Publié le par Jean-Yves Alt

« Teleny » fut publié pour la première fois en Angleterre en 1893 en 2 volumes et tiré à 200 exemplaires. La première édition française, présentée par Charles-Henri Hirsch, est de 1934, en 2 volumes également et tirée à 300 exemplaires.

Ce livre fût jugé par son époque « immoral, profondément pornographique et indécent au-delà de toute mesure » ; on se souvient que Wilde, après son second procès qui vit le triomphe de Lord Queensberry, fut arrêté le 6 avril 1895 en fin d'après-midi à l'hôtel Cadogan où il était en train de boire avec Lord Alfred Douglas (le fils de Lord Queensberry qui l'avait poussé à entamer un premier procès en diffamation contre son père, et qu'il adorait) et quelques autres amis.

Deux inspecteurs de Scotland Yard se présentèrent et lui demandèrent de les suivre à la prison d'Holloway. Il obtint d'eux d'emporter quelques affaires personnelles et un livre à couverture jaune qu'il était en train de lire. La presse dans les jours qui suivirent, s'interrogea sur ce livre. Était-ce un exemplaire de la revue « The Yellow Book » (le livre jaune) à laquelle collaboraient plusieurs intimes de Wilde et notamment Alfred Douglas ? « The Yellow Book » était alors, selon certains, la plus pernicieuse, la plus scandaleuse et décadente de toutes les productions anglaises. L'homosexualité y disait clairement son nom au grand dam de l'opinion publique. On apprit par la suite de la bouche d'Oscar Wilde lui-même, que ce n'était pas cette revue qu'il avait emporté à Holloway. On a pensé, par ailleurs, que ce pouvait être l'« Aphrodite » de son ami Pierre Louys. Mais la parution d'« Aphrodite » n'est que de mars 1896 et du reste, Wilde réclama qu'on lui fit parvenir le roman, peu avant sa libération en avril 1897... La troisième hypothèse veut que le fameux livre jaune ait été la première édition (1893) de « Teleny ».

Wilde a-t-il eu cette dernière audace, face à une opinion publique surchauffée, face au monde carcéral qui allait être le sien, d'emporter un livre – qu'il fût ou non de lui – retraçant de la manière la plus crue et jusque dans les moindres détails, les mœurs pour lesquelles il venait d'être condamné. Sans doute, ne sera-t-on jamais fixé sur ce point : quelle lecture le grand homme avait-il choisi pour ses premiers jours de détention ?

À la fin des années 70, Régine Deforges publia « Teleny ». Avec comme titre : « Oscar Wilde ? – Teleny ». Il était habile, de la part de l'éditeur de présenter, un titre aussi pimpant. On sait bien que la plupart des lecteurs ne tiennent pas compte de la ponctuation, ainsi cet ouvrage pouvait devenir dans l'esprit de beaucoup, « Teleny d'Oscar Wilde ». C'était sans doute, le but recherché. On ne peut pourtant rien reprocher à Régine Deforges. Elle a pris toutes ses précautions. Ne disait-elle pas en substance : « Parmi les spécialistes mondiaux de l'œuvre de Wilde, certains affirment que ce livre est bien de lui. D'autres, tout aussi sérieux, pensent le contraire. Je n'ai pu les départager. »

Que l'illustre auteur dramatique ait encouragé l'écriture de « Teleny », donné des conseils, supervisé les premiers chapitres, c'est fort possible. L'aventure avait dû le tenter de dire, d'écrire noir sur blanc sans risquer grand chose, ce qu'il pensait tout bas ; de s'exprimer sur un univers interdit, de faire fi en toute impunité des tabous de l'Angleterre victorienne. « Teleny » retrace des amours interdites que le père spirituel de Dorian Gray pouvait prendre à son compte : comme le héros de son roman, ne fréquentait-il pas les lieux les plus mal famés du Londres ou du Paris nocturnes ? Mais Wilde n'était pas assez sot, il avait une trop haute conscience de lui-même pour souscrire jusqu'au bout à une œuvre littéraire qui, si elle promet au début, est finalement décevante et va à l'encontre les buts esthétiques qu'il s'était fixé.

Le récit de « Teleny » est assez bien troussé en ce sens que les parties de jambes en l'air alternent dans une juste proportion avec celles de pure psychologie. Camille Des Grieux fait la connaissance d'un pianiste hongrois de talent, René Teleny au cours d'un concert de charité. Ils ont tous deux un peu plus de vingt ans.

Inexplicablement, un échange télépathique se produit entre le musicien et Camille. Les deux jeunes gens font connaissance et c'est une espèce de coup de foudre réciproque mais l'Anglais fait tout ce qu'il peut pour combattre ce penchant. Amoureux-fou, pourtant, sans oser se l'avouer et jaloux de surcroît, il a suivi le pianiste plusieurs fois après ses récitals. Tantôt le Hongrois raccompagne chez lui des garçons, tantôt c'est une femme qui vient le relancer à domicile. Toujours par cet étrange pouvoir de double-vue, Camille assiste – en pensée – aux scènes les plus osées qui, en réalité, se déroulent dans le secret de l'alcôve. Le pauvre garçon n'en peut plus. En pleine dépression, il se résigne au suicide et se dirige un soir vers la Tamise...

Or, comme les choses sont bien faites, Teleny est là, lui aussi dans le même but. Il n'est plus question de mourir, il vaut mieux s'abîmer dans la volupté et c'est un roman d'amour déchaîné qui commence. Quand, au bout de quelques temps, les deux amants ont apaisé d'un peu leur incommensurable fringale d'amour, ils pensent à sortir de nouveau dans le monde et on ne les voit plus l'un sans l'autre. Ils sont ainsi conviés chez un ami commun qui donne en leur honneur une grande soirée assez spéciale où les jupons de l'assistance sont portés par des travestis.

L'écriture devient alors un véritable exercice de style. Sorte de pendant à l'admirable description du jardin et de l'atelier du peintre Basil dans « Dorian Gray ». Sauf qu'il y manque le génie, et, ce n'est pas faute de descriptions. Tout l'attirail wildien est déballé, baigné de la lourde senteur de parfums d'une Arabie mythique :

« Sur des sofas de vieux damas aux teintes pâles garnis d'énormes coussins faits de chasubles brodées d'or et d'argent, sur des divans de Perse et de Syrie, sur des peaux de lion ou de panthère, sur des matelas recouverts de peaux de chats sauvages, des hommes jeunes et de belle mine, presque tous nus, s'allongeaient par groupes de deux ou trois, dans des attitudes de lascivité que l'imagination conçoit à peine et telles qu'on peut seulement en voir dans les lupanars d'hommes de la voluptueuse Espagne ou dans ceux du vicieux Orient. […] D'énormes vases de Chine émergeaient de coûteuses fougères, d'admirables palmiers des Indes, des plantes parasites grimpantes, des fleurs des forêts d'Amérique à l'aspect cotonneux et des cactus du Nil dans des vases de Sèvres. Tandis que d'en haut, une averse de pétales de roses rouges et roses pleuvaient de temps à autre, mêlant leur enivrant parfum à celui qui s'élevait en blanches spirales des encensoirs et des plats d'argent. » (pp. 191-192)

Malgré ce décor de rêve, le cauchemar est dans l'air. L'un des invités, un spahi, sans doute pour donner aux autres une idée de son pouvoir d'absorption, s'empale délibérément sur une bouteille… jusqu'à ce que la bouteille se brise. S'il veut éviter la gangrène, le malheureux doit être transporté et opéré d'urgence. Pour ne pas avoir à subir les sarcasmes des carabins, le spahi préfère se donner la mort. La partouze se termine en tragédie. Le livre aussi, du reste. Je me garderai bien d'en conter ici le dénouement.

■ Teleny, attribué à Oscar Wilde (1893), Éditions Le Pré aux Clercs, Bibliothèque Libertine, 1996, ISBN : 2842280172


Du même auteur : De profundis

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Les Dames de France, Angelo Rinaldi

Publié le par Jean-Yves Alt

"Les Dames de France", c'est le nom du magasin de mode et de mercerie qu'Alida la mère du narrateur tenait en Corse. C'est aussi le titre du roman que Léna, la tante du narrateur, plus vieille que lui de deux ans à peine, a publié. C'est enfin le titre du roman de Rinaldi.

Appelé par l'éditeur qui le prévient que les invendus du roman de Léna vont être mis au pilon, le narrateur, installé dans ce bureau devant un homme qui parle beaucoup, revit ce que furent les "Dames de France".

Ainsi se découvrent peu à peu son enfance et son adolescence, son amour complice et partagé avec Léna qui s'est suicidée avant trente ans, elle qui était la vie. Car elle était la seule qui pouvait revivre ses souvenirs avec lui, la seule à comprendre la difficulté d'être dans cette étouffante société provinciale et la difficulté d'aimer lorsqu'on est homosexuel.

Ce roman, longue rêverie du narrateur où ressurgissent sans ordre apparent, souvenirs et personnages de son passé, sous la désinvolture brouillonne et soigneusement agencée de la forme, possède une construction, extrêmement rigoureuse. Par strates successives, s'amoncelle peu à peu tout le poids des amours coupables, puisque tout interdit, au narrateur d'aimer les garçons comme d'aimer Léna.

Rinaldi fait revivre avec une étonnante acuité l'atmosphère oppressante de cette bonne société de province, créant en quelques phrases des personnages qu'il me semble avoir connus, des situations vécues avec leur parfum, leurs joies et leurs peines tout juste esquissées : tout ce qu'il me semblait ne pouvoir jamais dire de sensations fragiles et de souvenirs volatils.

Un roman remarquable servi par un style d'une magnifique précision qui s'étire en longues phrases cherchant à cerner l'impalpable, la fragrance improbable du passé.

■ Les Dames de France, Angelo Rinaldi, Éditions Gallimard, 1977, ISBN : 2070298418, ou Éditions Gallimard/Folio, 1980, ISBN : 2070371964


Du même auteur : Les jardins du Consulat - La dernière fête de l'Empire - Les roses de Pline

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