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Amour en devenir ? par Emile Friant

Publié le par Jean-Yves Alt

Deux jeunes gens sont arrêtés sur le parapet d'un pont métallique. La rivière et le paysage urbain au loin ne semblent intéresser ni l'un, ni l'autre.

Autant la femme a une allure distinguée, autant l'homme montre sa quotidienneté avec son habit d'ouvrier.

Au gris de sa veste s'oppose la ceinture rouge carmin de la jeune femme qui valorise le bleu de Prusse de sa robe, accentuant ainsi l'étroitesse de sa taille.

L'homme par sa position dans le tableau occupe la plus grande partie du tableau. Cherche-t-il avec sa main droite à capter l'attention de la jeune femme ?

Mais les yeux de sa voisine marquent une absence, une vie en sursis. Si bien que le geste de l'homme et son regard deviennent stériles, vains.

Comment lire la nature arborescente au-dessus d'eux ?

En haut du chapeau de l'homme se déploie un arbre vert et vigoureux alors qu'au-dessus de la femme un arbre fluet aux couleurs automnales a du mal à occuper l'espace.

Le couple de ces deux arbres fait-il écho à celui des deux jeunes gens ?

Emile Friant a donné comme titre à ce tableau « Les Amoureux ». Les deux arbres différents symbolisent-ils l'amour impossible entre les jeunes gens ou l'arbre aux couleurs de feu reflète-t-il les pensées de la jeune femme, encore toute étonnée de l'effet que produit le jeune homme en son cœur ?

Amour en devenir ? par Emile Friant

Emile Friant – Les amoureux – 1888

Huile sur toile, 111 cm x 145 cm, Musée des Beaux-Arts de Nancy

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L'Amazone sombre : vie d'Antoinette Lix, de Françoise d'Eaubonne

Publié le par Jean-Yves Alt

Antoinette Lix, née en 1839, morte en 1909, a participé – en homme – aux deux plus grandes guerres du XIXe siècle : à l'insurrection polonaise de 1863 et en 1870, avec les francs-tireurs des Vosges, au combat contre l'invasion allemande.

Cette biographie, qui a le charme d'un roman, se lit avec passion : s'y mêlent la vie intime de la femme qui se ressentait différente (mal à l'aise dans ses atours et ses contraintes de femme) et les exploits du guerrier (une occasion de se transformer en homme, évacuant par ce changement d'identité un lesbianisme qu'elle ne savait pas nommer).

Ce qui domine c'est certainement la nécessité pour cette femme attirée par les femmes de prendre l'habit d'homme, de parler d'elle au masculin, et surtout de se reconnaître dans des activités qui sont habituellement réservées aux hommes.

Un homme attiré par les hommes n'a pas forcément besoin d'assimiler les « fonctions » féminines. Ce que l'auteur a parfaitement traduit c'est que l'exclusion, le racisme est toujours contre la femme : homosexualité masculine et féminine en sont à jamais marquées.

L'Amazone sombre : vie d'Antoinette Lix, de Françoise d'Eaubonne

Dans cette biographie, il y a la tragique histoire d'amour entre Michel/Micha (autre nom d'Antoinette) et Wanda la belle polonaise délaissée par son mari, mère et déjà vieillissante, coquette et musicienne, légère et lucide : au-delà de la profonde connivence féminine, il y a ce lien secret et puissant qui peut exister entre deux femmes très différentes quand elles admettent qu'elles peuvent s'aimer.

Tony (c'est aussi son prénom masculin) finit par s'habiller en jeune homme auprès de gens qui la savent femme. Militaire, elle est connue sous le nom de Michel le Sombre. Dans toutes les étapes de cette vie d'aventures et de gloire, elle reviendra toujours vers Wanda qu'elle aime charnellement et avec qui elle reste totalement femme.

Le livre de Françoise d'Eaubonne s'appuie sur une sérieuse documentation. L'imagination de l'écrivain n'intervient que pour recréer des épisodes que ses sources ne pouvaient que suggérer.

Au-delà des péripéties et de la solitude profonde d'une existence à la recherche de son authenticité, la biographie de Françoise d'Eaubonne pose cette question : dans quelle mesure la société des hommes interdit-elle aux femmes d'être des individus à part entière ?

■ L'Amazone sombre : vie d'Antoinette Lix, de Françoise d'Eaubonne, Editions Encre, 309 pages, 1983, ISBN : 978-2864181569


Du même auteur : A la limite des ténèbres - Une femme nommée Castor - Louise Michel, la Canaque

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« Tristan et Isolde », opéra de Wagner à Lyon

Publié le par Jean-Yves Alt

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Face à un homme armé, Mauricio Wacquez

Publié le par Jean-Yves Alt

Voir plus loin, c'est traverser d'un regard affamé le temps : le présent et la mémoire inventée. « Face à un homme armé » est un exceptionnel et étonnant récit.

Juan de Warni, un adolescent retrouve en 1946 la propriété familiale du Périgord.

Dans le château, surgissent les personnages de 1848 et Juan (l'écrivain ?) les associe à ses délires oniriques.

« Face à un homme armé » est un roman érotique de la meilleure veine qui aborde de front l'obsession sexuelle d'un jeune garçon, ce qui donne d'admirables images troublantes, servies par une écriture somptueuse, riche, baroque (merci le traducteur).

« Mais la nudité d'Alexandre était presque parfaite. Sous ses vêtements sans apprêt se cachait un corps lisse et bronzé qui repoussait tout ce qui était superflu. L'un à côté de l'autre, nous différions grandement par la couleur de notre peau, mais non par la nature élancée des jeunes corps, minces et admirablement élastiques. Il n'avait pas honte, en revanche, de la seule chose qui fût vraiment différente entre nous : le balancement exaspérant de son sexe, gros et pesant comme du plomb entre ses jambes. Ce corps robuste lui descendait jusqu'au milieu des cuisses qu'il altérait de sa belle disproportion, seule zone insane au milieu de tant d'harmonie. » (pp. 183-184)

« Alors, tandis que Juan regardait le chien courir en flairant le terrain et en poursuivant des proies imaginaires, il sentit les mains d'Alexandre qui de cette position incommode essayaient de saisir son corps, choisissant peut-être cette position, qui rendait impossible tout affrontement face à face, pour palper le corps que le respect ou la crainte lui avaient interdit de toucher. Juan ne dit rien, laissant ces mains se dénoncer elles-mêmes en cherchant ce qu'elles désiraient, il permit même à l'une d'elles de le retourner et de se brûler contre son objectif. Attrapé par ce contact flagrant, Juan avait désormais la preuve d'un délit irréfutable, que son serviteur n'aurait pas l'audace de nier. Et donc, se laissant complètement tomber sur l'herbe et approchant par-derrière son visage de celui d'Alexandre, qui avait toujours les yeux fermés, il lui dit : Tu vois ? tu te rends compte ? Sens-tu le contact de tes mains ? Tes mains cherchent et je les sens, je sens ce qu'elles cherchent et veulent obtenir, je le sais parfaitement. Bien que ce qui importe, ce soit que tu le saches, toi. Et que tu le dises. Par exemple, je sais que tu m'espionnes, la nuit, n'est-ce pas ? Oui, dit Alexandre. Tu m'espionnes la nuit pour voir si tu peux obtenir ce que tu es en train de toucher de tes mains ; plein du désir d'être différent, continua Juan tout en sentant que les mains qui le cherchaient s'étaient arrêtées, mais sans cesser de le toucher, comme s'il s'agissait d'un délinquant subjugué par son propre crime, tu as cru qu'en cherchant ce que tu es en train de chercher tu deviendrais un autre être, en quelque sorte tu crois que tu deviendras comme moi si tu me dépouilles de quelque chose qui m'appartient, ce que tu veux, c'est me dépouiller de ce que j'ai, tu veux détruire le monde de mon père en me détruisant. » (pp. 185-186)

Face à un homme armé, Mauricio Wacquez

Juan aime les hommes, leur sexe : vision d'un valet, Alexandre, serviteur et maître de toutes les débauches, scène luxuriante et désespérée où le garçon possède sa mère alors que lui-même est sodomisé.

« Tu me désires et tu ne peux le nier. Dis-moi au moins que tu le sais, que tu me désires. Oui, dit Alexandre en fermant les yeux très fort. Chaque fois que tu m'espionnes lorsque je suis à ma fenêtre, dans la galerie ou dans la cour pavée, et que tu me montres la seule chose que tu aies à part ta stupidité, que tu exhibes une arme inutile contre moi, uniquement efficace avec les femmes, que cherches-tu ? Non, ne me le dis pas, c'est moi qui vais te le dire : n'est-ce pas que tu me cherches comme tu chercherais une femme, et que tu veux me faire ce que les hommes font aux femmes ? Oui, dit Alexandre. » (p. 187)

Le projet, pourtant, n'est pas d'exciter le lecteur. C'est un luxueux roman sur le temps, le désir et la quête sans issue d'un amour qui arracherait à la terre, à la mort.

■ Face à un homme armé, Mauricio Wacquez, traduit de l'espagnol par Jean-Marie Saint-Lu, Editions Presses de la Renaissance, 231 pages, 1986, ISBN : 978-2856163627


Du même auteur : Maintenant méprisez-moi


Quatrième de couverture : La prose étincelante du grand écrivain chilien Mauricio Wacquez ne doit rien au baroquisme d'un Garcia Marquez. Comme Borges, Sabato ou son compatriote José Donoso, il trouve davantage ses racines littéraires dans la culture européenne. Aussi provocateur et audacieux soit-il, Wacquez relève du classicisme dans le sens où, chez lui, le raffinement de la forme épouse la subtilité de la pensée.

Qui est Juan de Warni, son héros et narrateur ? Un traître, un assassin, un mercenaire, un sodomite... ? Ou plus simplement un jeune homme de bonne famille qui, à la fin de la dernière guerre, rentre au manoir ancestral de Périer en Périgord, prince déchu en proie aux assauts d'une imagination trop douloureuse ? Aux souvenirs de sa propre enfance se mêlent ceux de son père et de son grand-père. Couvrant plus d'un siècle, le récit se divise et se ramifie, ponctué de scènes de chasse et de guerre d'une force d'expression, d'une passion verbale peu communes.

Juan chasse en compagnie d'Alexandre, son jeune serviteur. Qui des deux est le maître ou l'esclave, le possesseur ou le possédé ? Tel est l'enjeu d'un combat « monstrueux » où, en définitive, le narrateur s'oppose d'abord à lui-même.

Recherche de soi, méditation sur la personnalité déchirée de l'homme moderne, « Face à un homme armé » est aussi une parodie de feuilleton romantique, une chronique stendhalienne, une sonate pathétique et intemporelle...

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Les ailes de Julien, Denis Belloc

Publié le par Jean-Yves Alt

Comme un avion sans aile : Un petit texte simple et tendre de Denis Belloc : récréation.

Juju a tout juste treize ans. Âge délicat. Juju est amoureux de sa sœur Sheila et veut devenir pilote de ligne. Sa mère est visiteuse médicale et son père rate affaire sur affaire. Autant dire qu'un parfum tenace de renfermé règne sur cette famille. Mais pour Juju tout va encore pour le mieux puisque sa sœur est là qui le couve et lui achète ses revues d'aviation.

Il suffit pourtant que Sheila décide de quitter le foyer pour que la vie se rappelle à son bon souvenir. Juju la suit, se perd dans Paris, se retrouve à Orly et rencontre Mick qui sent mauvais, passe son temps à se gratter et lui fait un peu peur.

Les ailes de Julien, Denis Belloc

Mick connaît Triche et l'histoire bascule. Pour tout dire, Triche n'est pas quelqu'un de fréquentable et si elle s'habille le soir de guêpières ajustées ce n'est pas pour courir les cocktails mais pour battre le pavé de Pigalle. Elle est d'autant moins fréquentable que ce n'est pas une "vraie" mais, comme dit Mick :

« Il se met face à Juju, pointe son index sur la poitrine :

─ Tu vois, là, Triche, c'est d'la triche.

Son index sur son sexe :

− Là, Triche. Enfin... Presque. » (p. 54)

Le texte de Belloc ressemble au titre qu'il lui a donné : tendre comme le prénom de l'adolescent, aérien comme ses rêves d'avions de ligne. A lire tout simplement.

■ Les ailes de Julien, Denis Belloc, Michel de Maule Editions, 144 pages, 1994, ISBN : 978-2876230668


Du même auteur : Képas - Néons - Suzanne

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