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Les grenouilles de Transylvanie, Richard Sennett

Publié le par Jean-Yves Alt

Non, il ne s'agit pas d'un inédit de Jean Rostand ni même d'une étude spectaculaire de Konrad Lorenz mais d'un roman curieux, drôle et grave à la fois, sur Tibor Grau, un juif hongrois né en 1893, penseur et théoricien marxiste.

Ce livre serait d'une austérité mortelle si ne s'ajoutait pas toute une machination délirante faite de morceaux de journaux intimes, de lettres, de fiches et autres rapports de police que l'on se surprend à dévorer avec appétit.

Ce brave Tibor n'est pas un saint mais sa vie professionnelle est aussi ambiguë que l'est sa propre intimité.

Dragueur et homosexuel torturé qui passe ses nuits dans un parc municipal, Tibor Grau – sous le couvert de l'histoire métaphorique des gentilles grenouilles de Transylvanie – aurait pu être un héros de Vladimir Volkoff.

Les grenouilles de Transylvanie, Richard Sennett

■ Les grenouilles de Transylvanie, Richard Sennett, traduit de l'Américain par Philippe Mikriammos, Editions Fayard, 240 pages, 1984, ISBN : 9782213013480

Quatrième de couverture (extrait) : A travers ce portrait d'un personnage complexe chez qui grandeur et imposture, idéal et compromis se superposent plus qu'ils ne s'opposent, Richard Sennett réinvente un temps de révolution et de réaction en Europe centrale, les années de la Seconde Guerre mondiale et du stalinisme, avec une maestria, un sens de l'orchestration dignes du musicien professionnel qu'il fut avant de devenir sociologue et romancier.

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Oscar Wilde conté par Edmond de Goncourt par Guillot de Saix

Publié le par Jean-Yves Alt

Edmond de Goncourt, dans la récente édition complète en 22 volumes du Journal des Goncourt, se montre curieux de toutes les questions sexuelles et particulièrement de l'homophilie.
En 1883, Oscar Wilde était venu, riche de ses seuls poèmes, faire la conquête de Paris. Sur le conseil de son ami Pierre Louys, il a envoyé un exemplaire de son recueil à Edmond de Goncourt.
De l'hôtel Voltaire il écrit : « J'envoie une copie de mes poèmes à l'auteur de Faustine en tribut d'admiration. »
Il est, comme lui, un fervent de l'art japonais. Il écrit à M. Duret (rédacteur du Gil Blas) : « Je serai très charmé d'avoir le plaisir de visiter M. de Goncourt avec vous mercredi prochain. »
A la date du samedi 27 avril, Goncourt note : « Le poète anglais Wilde me disait, ce soir, que le seul Anglais qui avait lu Balzac à l'heure actuelle était Swinburne, et ce Swinburne, il me le montre comme un fanfaron du vice qui avait tout fait pour faire croire ses concitoyens à sa pédérastie, à sa bestialité, sans être, le moins du monde, pédéraste ni bestialitaire. »
Quand cette page du journal parut dans L'Echo de Paris en décembre 1891, Oscar Wilde s'effara, et le grand quotidien publia sa réplique en le représentant comme « une des plus curieuses personnalités de la littérature anglaise contemporaine qui est en ce moment notre hôte et le greatevent des salons littéraires parisiens ». Mr. O. Wilde s'excuse de ne point parler suffisamment notre langue. On verra du moins qu'il l'écrit en toute élégance.
« Cher monsieur de Goncourt,
« Quoique la base intellectuelle de mon esthétique soit la philosophie de l'irréalité, ou peut-être à cause de cela, je vous prie de me permettre une petite rectification à vos notes sur la conversation où je vous ai parlé de notre cher et noble poète anglais, Mr. Swinburne, et que vous avez insérée dans ces mémoires qui ont, non seulement pour vos amis mais pour le public entier, une valeur psychologique si haute.
« Les soirées qu'on a eu le bonheur de passer avec un grand écrivain comme vous l'êtes sont inoubliables, et voilà pourquoi j'en ai gardé un souvenir très précis. Je suis surpris que vous en ayez reçu une impression assez différente.
« Vous proposiez, ce matin, d'extraire l'hydrogène de l'air pour faire de notre atmosphère une terrible machine de destruction. Ce serait un chef-d'œuvre, sinon de science, au moins d'art. Mais extraire de ma conversation sur Mr. Swinburne une sensation qui pourrait le blesser, voilà qui m'a causé quelque peine. Sans doute c'était de ma faute. On peut adorer une langue sans bien la parler, comme on peut aimer une femme sans la connaître. Français de sympathie, je suis Irlandais de race et les Anglais m'ont condamné à parler le langage de Shakespeare.
« Vous avez dit que je représentais Mr. Swinburne comme un fanfaron de vice. Cela étonnerait beaucoup le poète qui, dans sa maison de campagne, mène une vie bien austère entièrement consacrée à l'Art et à la Littérature.
« Voilà ce que j'ai voulu dire : il y a aujourd'hui plus de vingt-cinq ans, Mr. Swinburne a publié ses « Poèmes et Ballades », une des œuvres qui ont marqué le plus profondément dans notre littérature une ère nouvelle.
« Dans Shakespeare et dans ses contemporains, Webster et Ford, il y a des cris de nature. Dans l'œuvre de Swinburne on rencontre pour la première fois le cri de la chair tourmentée par le désir et le souvenir, la jouissance et le remords, la fécondité et la stérilité.
« Le public anglais, comme à l'ordinaire hypocrite, rude et philistin, n'a pas su trouver l'Art dans l'œuvre d'art, il a cherché l'homme. Comme il conforme toujours l'homme à ses créations, il pense que, pour créer Ham let il faut être un peu mélancolique, pour imaginer Lear, absolument fou.
« Ainsi l'on a fait autour de Mr. Swinburne une légende d'ogre et de mangeur d'enfants. Mr. Swinburne, aristocrate de race et artiste de tempérament, n'a fait que rire de ces absurdités. Une telle attitude me semble assez éloignée de celle qu'aurait eue un fanfaron de vice. Pardonnez-moi cette simple rectification : je suis sûr, puisque vous aimez les poètes et que les poètes vous aiment, que vous serez heureux de la recevoir. J'espère que lorsque j'aurai l'honneur de vous rencontrer de nouveau, vous trouverez ma manière de m'exprimer en français moins obscure que le 21 avril 1883. Veuillez agréer, monsieur de Goncourt, l'assurance de toute mon admiration. »
Evidemment Algernon-Charles Swinburne, qui, comme Oscar Wilde, étudia dans Oxford, appartient à l'école sensuelle.
Guy de Maupassant se plaît à citer ces vers :
Il y a, peut-être, des péchés à découvrir ?
Il y a, peut-être, des actions délicieuses ?
Dis, que trouveras-tu de neuf par ton amant ?
Quelle passion neuve pour le soir ou la nuit ?
Le poète, dit-il, est plein du souffle antique, du souffle grec et en même temps, inextricablement compliqué, à la façon toute moderne de Verlaine.
Swinburne écrit encore :
O tous les beaux amants qui vivez par le monde,
Il n'est aucun de vous qui me consolera...
Il chante aussi :
Les lys et la langueur qu'on respire à Lesbos...
Il célèbre Hermaphrodite :
Choisis ses deux amours et garde le meilleur
Les deux amours, à chaque fleur de ta poitrine
Luttent pour que l'un soit dessus, l'autre dessous.
Il s'écrie :
Amour, ô doux amour, que sera-t-il de toi ?
Toi, fils de la douleur engendré par la joie,
Peux-tu, étant sans sexe, être fille ou garçon ?
Swinburne a, par ses vers, profondément influencé Wilde et lui a donné le goût de Théophile Gautier, de qui Mademoiselle de Maupin l'a passionné.
Le samedi 5 mai 1893, Goncourt écrit, et l'on verra qu'il n'est pas tendre :
« Dîner chez les de Nittès (le peintre) avec le poète anglais Oscar Wilde. Cet individu au sexe douteux, au langage de cabotin, aux récits blagueurs, nous fait un tableau amusant d'une ville du Texas avec sa population de convicts, ses mœurs au revolver, ses lieux de plaisir où l'on lit sur une pancarte :
« PRIÈRE DE NE PAS TIRER SUR LE
PIANISTE. IL FAIT DE SON MIEUX. »
Il vous parle de la salle de spectacle qui, comme étant le plus grand local de la ville, sert aux Assises, et où l'on pend sur la scène, après le théâtre, et où il a vu, dit-il, un pendu qui se raccrochait aux montants des coulisses et sur lequel les spectateurs tiraient de leurs places.
Dans ces pays, il paraît aussi que, pour les rôles de criminel, les directeurs de théâtre sont en quête d'un vrai criminel, et quand il s'agit de jouer Macbeth, on fait des propositions d'engagement à une empoisonneuse qui est au moment de sortir de prison, et l'on voit des affiches ainsi conçues :
« LE RÔLE SERA REMPLI PAR MME X...
DIX ANS DE TRAVAUX FORCÉS. »
Le 2 juin 1894, ce tableau d'époque :
Déjeuner chez Jean Lorrain.
Il y a là Maurice Barrès, Goncourt, le peintre des élégances La Gandara et sa femme.
On attend la baronne Deslandes.
— Qui est-ce ?
— Celle qui fut la comtesse Fleury.
— Ce nom-là lui convenait mieux !
— Hélas, les fleurs se fanent, il n'y a pas que les landes.
— Elle est en retard.
— Ilsée est toujours en retard.
— Comment dites-vous ?
— Ilsée. C'est un nom de légende. Elle s'est baptisée ainsi.
— Elle a bien fait car, je crois, nul autre ne l'a baptisée.
— Son grand nez couvre, dit-on, son origine.
— C'est une petite femme à grande réputation.
La Gandara soupira :
— Elle va me faire manquer ma séance de pose.
— Antonio va encore avoir une de ces migraines qui l'empêchera de déjeuner.
— Avez-vous vu le portrait d'elle qu'il expose au dernier salon ?
— Elle y est presque nue.
— C'est d'un osé ! Le décolletage s'arrête sous les aisselles.
Le peintre gémit :
— Elle m'en a fait perdre, du temps ! Elle reçoit le plus souvent le soir dans des robes couleur de chair qui la fait paraître toute nue. Elle a la taille mince, le corps souple d'une élasticité toute animale. C'est la femme la plus coquette que je connaisse. Tenez, j'ai dîné un soir chez elle. Un dîner d'hommes. Elle avait ce jour-là un bouton à la lèvre. Elle est descendue avec une rose qu'elle tenait devant sa bouche, elle n'a pas dîné, l'a gardée, cette rose, jusqu'à minuit.
Enfin la voici : elle s'avance en cadence.
— Oh ! mon cher Lorrain, excusez-moi devant vos amis qui vont devenir les miens, ou plutôt excusez-vous, car c'est un peu votre faute si je suis en retard.
— Ma faute ?
— Oui, je ne savais quelle robe choisir pour venir à ce déjeuner et pour être en accord avec votre décor si spécial, spécial et disons le mot : un peu morbide, ce qui ne doit pas déplaire à notre ami Maurice Barrès que j'aperçois : du sang, de la volupté, de la mort. Oh, que j'aime votre livre !... Finalement je me suis résignée à cette robe noire toute simple dont le deuil se corrige dans le bas, voyez, par ce semis de pois d'or où j'ai fait coudre de petites turquoises.
— La baronne ne marche pas, elle danse.
— C'est ce que disait hier mon grand ami Oscar Wilde qui est, je le déclare, l'Anglais le plus spirituel que j'aie entendu.
— Oh ! Oh !
— Quoi : Oh ! Oh !
— D'abord ce n'est pas un Anglais mais un Irlandais, ce qui est tout différent.
— En tout cas, il a le charme, quand il est quelque part, de ne parler jamais qu'à une seule personne après avoir cherché dans l'assistance des yeux qui savent écouter. Quand je suis là, ce sont toujours les miens qu'il choisit et il me conte alors les plus charmantes choses.
C'est apparemment qu'il les lit dans vos yeux.
— Mais, ma chère amie, je dois vous en avertir, personne ne se répète plus que lui.
— Personne ? Oh ! je ne l'ai vu encore que six fois. Alors j'éviterai de le voir une septième. »
A la fin de sa vie, la baronne Deslandes avait été tellement envoûtée par Oscar Wilde qu'elle le voyait toutes les nuits lui apparaître, et, spirite, elle écrivit tout un livre sous sa dictée.
Le dimanche 30 avril 1893, on parle, chez Goncourt, d'Oscar Wilde.
A ce nom, le poète Henri de Régnier sourit étrangement.
— Pourquoi souriez-vous, demande le maître de maison ?
— Ah ! répond Henri de Régnier, vous ne savez pas ? du reste, il ne s'en cache pas. Oui, il s'avoue pédéraste.
— Pédéraste ?
— Oui, c'est lui-même qui a dit un jour : J'ai fait trois mariages dans ma vie, un avec une femme et deux avec des hommes !
— Des hommes ?
— Oui, le jeune poète John Gray, puis le non moins jeune Lord Douglas.
— Vous ne savez pas qu'à la suite du succès de sa pièce à Londres, Une Femme sans importance, il a quitté sa femme et ses deux enfants. Sa femme n'est plus pour lui justement qu'une femme sans importance. Il s'est établi dans le plus grand hôtel de Londres, au Savoy, où il vit maritalement avec ce jeune lord, le fils du marquis de Queensberry. Un de mes amis qui a été le voir m'a décrit la chambre où il n'y a qu'un seul lit, très large avec deux oreillers, et, quand il était là, est arrivée en pleurant sa femme, qui lui apporte tous les matins son courrier.
— C'est du snobisme. Un homme aussi plagiaire que lui, qui a imité Swinburne et Shelley, s'est cru obligé de plagier Verlaine, au moins pour la pédérastie.
— Peut-être. En tout cas, l'éloge de Verlaine est toujours dans sa bouche. »
En avril 1895, au cours d'un dîner chez Alphonse Daudet, il est question du procès d'Oscar Wilde. Le poète Georges Rodenbach s'exclame :
— Oh ! la pédérastie, c'est bien démodé !
— Démodé ?
— Mais oui. Ainsi j'ai voulu faire au Figaro un article sur Verlaine, et Magnard s'est écrié :
— Non ! Non ! celui-là, il porte trop la pédérastie en bandoulière ! »
Le dimanche 7 avril, Edmond de Goncourt se répète :
— La pédérastie d'Oscar Wilde ne me semble pas de la pédérastie bien individuelle, mais de la pédérastie à l'imitation de Verlaine, de Swinburne, de mon Anglais dans mon roman La Faustine. »
Le dimanche suivant (le dimanche est le jour où l'écrivain reçoit), le chroniqueur Duret, du Gil Blas, parle à son tour d'Oscar Wilde. Il y a là Frantz Jourdain, Henri de Régnier, Paul Alexis.
— A Londres, les rapports étaient impossibles avec lui. On ne pouvait se trouver avec lui dans un restaurant ou un café, tellement il était ostentatoire.
Henri de Régnier confirme cet avis :
— Un de mes amis, Pierre Louys, qui l'avait fréquenté à Londres, lui a demandé à Paris, en le revoyant :
— Avant de renouer des relations annoncées à Londres, quelle espèce d'amis avez-vous donc là-bas ?
Et Oscar Wilde lui a répondu carrément :
— Oh ! je n'ai pas d'amis, je n'ai que des amants.
Edmond de Goncourt intervient :
— Il s'agirait de savoir si c'est un actif ou un passif !
— Oh ! déclare Duret, ce doit être un passif.
— Qui vous le fait penser ? demande Goncourt.
— Parce que, comme passif, l'homme rencontre dans la pédérastie le plaisir qu'il ne goûte pas avec une femme. »
En quoi Duret se trompait. Oscar n'était ni actif, ni passif. En tout être jeune, c'était sa jeunesse à lui qu'il aimait.
Le mardi 28 mai, au diner chez Alphonse Daudet, on parle encore d'Oscar Wilde qui vient d'être condamné.
— Moi, dit Daudet, j'ai eu les confidences de Sherard qui est allé le retrouver à Londres. Il voyait Oscar Wilde tous les jours. Le malheureux, à ce qu'il m'a dit, était dans l'impossibilité de coucher à Londres. Retourné au Savoy, l'hôtel de ses amours, le maître d'hôtel vint lui dire : « Nous ne pouvons plus vous loger, Mr. Wilde. Le marquis de Queensberry est en bas avec des boxeurs. Cela, je le crains, pourrait amener du scandale. Et il ajouta, narquois : Il faut partir, Mr. Wilde, par la porte de derrière. »
Le poète alors s'est grimé, travesti, et s'est rendu dans un autre hôtel. Mais une heure ne s'était pas passée que le maître d'hôtel paraissait :
— Vous êtes Mr. Oscar Wilde. En conséquence, je me vois obligé de vous prier de sortir.
Il allait alors frapper à la porte d'un autre hôtel. En dépit de l'offre de trois cents francs, le propriétaire se refusait à le recevoir.
Enfin il s'est décidé à se rendre chez son fière William qui, lui, n'est pas un pédéraste, mais un alcoolique pratiquant, et auquel il dit d'un ton suppliant :
— Willie, mon cher Willie, accordez-moi pour cette nuit une place où reposer ma tête.
William consentit à le recevoir, mais en buvant et en le sermonnant toute la nuit.
Triste famille où la mère des deux frères, en bonne irlandaise, est toujours ivre de gin, dont les bouteilles vides ou pleines remplissent sa chambre, et où la belle-sœur d'Oscar, une pauvre créature chez qui l'indignation est morte, disait à Robert Sherard :
— Tous ces Wilde sont des fous ! »
Le 11 avril 1895, Goncourt passe la soirée chez son ami Daudet. A la fin de la soirée, au moment où il passe dans l'antichambre pour prendre son paletot, Robert Sherard, ivre à froid, lui dit :
— Vous avez lu dans le Figaro un article signé Tet, paru dans la rubrique Au jour le jour, où l'on traite mon ami Oscar Wilde de « simple fumiste » et, anticipant sur la sentence du procès, parle de ce « triste personnage qui vient de si tristement finir » ?
J'ai écrit à de Rodays pour lui demander quel est le drôle qui a fait cet article, afin de lui casser les reins. Je m'indigne qu'on traite ainsi un homme qui n'est pas condamné ! Et sa pauvre mère qui est à l'article de la mort, et sa femme qui l'adore, et ses deux enfants qu'il chérit !
Goncourt demande :
— Vous ne le croyez donc pas coupable de ce dont on l'accuse ?
Sherard a un haut-le-cœur :
— Monsieur, je ne m'occupe pas de ce que mes amis font dans les water-closets ! Ah ! ce procès me cause un profond chagrin. J'en suis malade. Je ne puis plus ni manger ni fumer.
Mais, remarque Goncourt, il fume un gros cigare. Et il note : L'étrange et sympathique toqué me passe mon paletot en me disant :
— Je vous en prie, vous qui savez quel artiste il est, envoyez-lui un témoignage de sympathie. »
Le jeudi 25 avril, autre grand dîner chez Daudet. Après le repas, on parle par petits groupes. Dans un coin, ce sont des blagues sur Oscar Wilde, au milieu desquelles j'entends Léon Daudet jeter dans un rire :
— Oh ! celui-là, sa mère, quand elle le regardait s'agiter dans son berceau, a dû penser : « En voilà un qui saura se retourner ! »
Le samedi 6 juillet, Edmond de Goncourt prend à la gare Saint-Lazare le train pour Carrières-sous-Poissy pour aller, avec Léon Daudet et Henri de Régnier, rendre visite à Octave Mirbeau.
Celui-ci, après avoir fait admirer son domaine à ses invités, les accueille dans sa maison.
Il parle du roman d'Oscar Wilde, Le Portrait de Dorian Gray.
— C'est un livre que je trouve très supérieur aux livres de Huysmans. Et le nom d'Oscar Wilde amène la conversation sur la pédérastie.
— A ce propos, figurez-vous qu'un marchand de Poissy avec lequel ma femme est en rapport pour la vente de ses œufs exotiques, car, comme vous avez pu le voir, elle s'amuse à faire de l'élevage, a un fils qui, en se rendant à sa pension a rencontré un monsieur qui lui a dit : « Ça doit vous embêter, n'est-ce pas, la pension ? Si vous voulez venir avec moi, je vous ferai la vie très agréable. Vous aurez même une chambre algérienne ! »
A ce qu'il paraît, la chambre algérienne est d'une séduction irrésistible et, après deux ou trois entretiens le garçonnet a suivi le monsieur. Or ce monsieur n'est pas un pédéraste mais un employé du Gagne-Petit qui, trouvant qu'il gagnait trop petitement sa vie, augmente ses revenus en se faisant courtier en pédérastie.
Octave Mirbeau poursuit :
— Un oncle du jeune garçon s'étant aperçu du trafic, est venu me consulter et me demander : « Ne croyez-vous pas que le père de mon neveu devrait faire un procès ? » J'ai confessé le gamin. Il m'a cité tout un monde parmi lesquels vous-même. Vous avez deux ou trois connaissances, sans compter de Segonzac qui, dans ses transports amoureux, crie à son jeune amant au moment de la jouissance :
« Ah ! je t'égorge, je te tue ! »
Edmond de Goncourt, après ces notations, ne parla plus jamais d'Oscar Wilde.

Arcadie n°91/92, Guillot de Saix, juillet/août 1961 (pp. 390 à 398)


Lire aussi : Le bimétallisme d'Oscar Wilde par Guillot de Saix

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Babel des mers, René de Ceccatty

Publié le par Jean-Yves Alt

Harriet Norman est une vieille dame, anglaise, romancière. Elle a connu la gloire, l'oubli, la notoriété à nouveau. Elle regarde le monde, elle écrit.

Dans ce roman, il est question de la vieillesse, plus exactement de ce qu'est vieillir. Harriet Norman vit-elle réellement ses dernières aventures, a-t-elle vraiment rencontré ces jeunes hommes et ces jeunes femmes, lors d'une croisière au Japon ? Ces jeunes gens sur ce paquebot isolé ne sont peut-être qu'une de ses créations. Elle les fait naviguer sur sa mer mémoire.

Harriet n'a jamais édulcoré sa vie qui est cette force vive où se déchirent les passions, se greffent les espoirs, se consument, fragiles, les jours. Quel plaisir pour elle, d'écouter, de voler la vie des autres, de percer l'apparence, de veiller, au soir de l'existence, pour capter le moindre indice du mystère de vivre !

Harriet est celle qui prolonge en mots les états furtifs et les rencontres inabouties. Elle est celle qui emprunte aux autres le sang qui la tient allègre.

Adrian, Olivier, Georgina aiment, se confient. Les garçons sont homosexuels, Georgina aime un homme impossible. Harriet mesure la précarité de leurs passions, se souvient et sait par cœur le temps réduit de l'amour qu'on imagine éternel.

Babel des mers, René de Ceccatty

Les voix de ces jeunes gens permettent à Harriet, la romancière, de vivre sa vie avec toute l'ambiguïté des romans, des traquenards et des roueries des écrivains qui donnent plus de vie réelle que le lecteur n'oserait le faire.

Harriet est une femme heureuse car sans attente du bonheur. Elle ne tend ses bras à personne. Elle permet à chacun de devenir des personnages superbes de solitude.

■ Babel des mers, René de Ceccatty, Editions Gallimard, 324 pages, 1986, ISBN : 978-2070707355


Du même auteur : Une fin - L'extrémité du monde - L'or et la poussière - Esther - L'étoile rubis - La princesse qui aimait les chenilles

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Hollywood : un monde tristement gai

Publié le par Jean-Yves Alt

La censure de toute allusion directe à l'homosexualité sur le grand écran durant près d'un demi-siècle et, en corollaire, la destinée de nombre de stars homosexuelles avant le libéralisme culturel des sixties, n'incite guère à la nostalgie de la clandestinité.

Le mâle américain, dès avant l'avènement du parlant, s'assurait la maîtrise totale de son image sur les écrans. Il ne lui suffisait pas, au cinéma, de cantonner les actrices dans des rôles de victimes un peu niaises ou de garces dangereuses : il lui fallait aussi imposer aux spectatrices de ne pas le rêver différent de ce qu'il voulait paraître.

La fin du muet n'y changea rien. Hollywood, à l'instar du pays tout entier, s'installe dans la réaction. Les USA sortent exsangues de la Grande Dépression, à peine sûrs de toujours exister en tant que puissance mondiale. Pour renforcer leur unité, se ressaisir, se réaffirmer et prospérer, il leur faut miser sur le patriotisme, les valeurs traditionnelles, et les « bons sentiments » qu'ils suscitent toujours chez le citoyen moyen. Hollywood, alors, devenue, avec les chaleureux encouragements du gouvernement et de l'Eglise, le miroir de la société américaine qui lutte pour sa survie, commence à faire véhiculer par la plupart de ses films, une philosophie fondée sur le culte de l'argent, de l'ordre, de la légitime défense, de la foi, de l'homme fort et de la femme soumise, c'est-à-dire de la famille.

La contrepartie ? Accepter de fonctionner sous influence, en état de perpétuelle surveillance... Ainsi, longtemps, dans les studios, les plus grands producteurs ont-ils tremblé devant le bureau de censure de l'Eglise catholique, devant la Légion pour la décence. Au début des années 50, les quelques éléments gauchisants qui tenteront d'y changer quelque chose, ou qui se borneront à en critiquer l'establishment, se heurteront, à la fameuse Commission des activités anti-américaines de McCarthy ; mais ce ne sera là que l'aboutissement explosif, en pleine guerre froide, d'une longue période de conflit larvé, où auront régné, avivées par l'ambition professionnelle, la suspicion et la délation. La Seconde Guerre mondiale, peu avant, avait, elle, déjà agi comme un révélateur. Les stars étrangères, à peine débarquées à Hollywood, y avaient découvert que non contente d'être devenue un outil de propagande aux mains de la bourgeoisie, de ses « bonnes mœurs » et de son ordre public, elle abritait un tout autre monde que celui des dessins animés rose bonbon de Walt Disney. C'était une jungle.

Le climat, donc, encourageait les maisons de production à faire primer sur toute autre une représentation de l'homme belliqueuse, conforme, ce n'est pas un hasard, à l'esprit des pionniers du Far West. Vu l'idée qu'on s'en faisait alors – des êtres dégénérés, foncièrement passifs, obsédés sexuels, asociaux, corrupteurs et traîtres en puissance – l'évocation des homosexuels, à Hollywood, était à peu près aussi taboue que celle du communisme. Gérée par des nababs comme Goldwyn et Mayer (MGM), Harry Cohn (Columbia), Warner (Warner Brothers), Zanuck et Selznick (Twentieth Century Fox) ou bien encore de Mille (Paramount), qui tous étaient autant de caricatures du producteur tyrannique et libidineux amateurs de starlettes, la capitale du cinéma nourrit une écurie de réalisateurs dans le genre de Lang, Hawks, Hathaway, Fleming ou King, qui eurent pour mission implicite de fixer et d'exalter, dans des films violents et machistes, une image exemplaire du mâle américain, exclusive de toute ambiguïté. Le filon du western allait être désormais avidement exploité ; et « naturellement », cette image hostile, imperméable, boursouflée et assombrie par l'instinct de mort qui la générait, devait trouver le repoussoir idéal dans celle, complexe et troublante (troublante parce que toujours érotisée) qu'offre en général de lui-même l'homosexuel sans masque... De ce dernier, on ne laissa affleurer qu'une vision fondamentalement négative et stérile.

Tout d'abord, la vision comique, parfaitement apte, insidieusement, à frapper les homosexuels d'un discrédit définitif dans les esprits bornés. Rien n'exorcise mieux, en effet, chez l'hétéro fruste que travaille son malaise devant la honteuse tendance, que l'humour exercé aux dépens de celle-ci.

La seconde vision de l'homosexualité que tolérera Hollywood, ce sera celle du film noir – lequel, toutefois, n'en prononcera jamais le nom. Les exemples, de ce côté-là, ne manquent pas non plus, comme Le Faucon maltais, Laura, Gilda, etc., qui associent complaisamment aux femmes fatales, pour les montrer eux aussi s'attaquant à l'intégrité des « vrais » hommes, de très inquiétants pédés refoulés et impuissants, toujours capables, bien sûr, des crimes les plus odieux ! Hitchcock était à peu près aussi friand de ce genre de personnage que des belles héroïnes BCBG, très blondes et frigides : La corde, de L'inconnu du Nord-Express ou de La mort aux trousses.

Il était encore loin, le temps qui verrait un jour le cinéma américain faire une place à la représentation impartiale de l'homosexualité par des hétéros. On n'en était même pas, encore, à imaginer qu'un beau matin surgirait sur les écrans une œuvre comme Le cavalier noir, de Roy Baker (1960) – sans doute le premier film américain à avoir subi des coupes pour excès d'indulgence à l'endroit d'un personnage d'« inverti ».

Durant son âge d'or, donc, Hollywood vouera ses plus grands acteurs homos à faire carrière en panoplie d'hétéro pur et dur. De temps à autre, comme Montgomery Clift dans La rivière rouge, avec J. Wayne, ils auront la joie vengeresse de voir pousser jusqu'à l'équivoque, bien involontairement, la célébration de la franche amitié virile, ou comme Cary Grant, à plusieurs reprises, d'être innocemment invités à risquer dans une comédie une ou deux scènes en travesti. Mais la plupart du temps, leur choix de poursuivre coûte que coûte leur carrière dans le star-system les condamne à une sorte de dédoublement permanent de la personnalité, dont on imagine bien que les effets sur le psychisme ne peuvent qu'aboutir, en fin de parcours, à un naufrage irrémédiable. Il y aura certes des contrevenants radicaux à cet ordre établi, comme James Whale, auteur de films fantastiques qui préféra cesser complètement de tourner plutôt que de continuer en se reniant dans l'autocensure de ses allusions habituelles. Il y eut aussi des chanceux, comme Burt Lancaster, qui se vit sur le tard confier en Europe des rôles iconoclastes comme jamais il n'avait pu en espérer plus tôt aux USA.

Ce qu'on sait maintenant de ce que fut la vie d'acteurs comme Tyrone Power, Cary Grant ou Rock Hudson, a de quoi attrister. Beauté, triomphes, notoriété, fortune, rien de tout ça n'arriva durablement à leur tenir lieu de bonheur, et la détresse de leurs dernières années jette sur l'ensemble de leur existence une lumière telle, qu'aujourd'hui, si brillante qu'elle ait pu paraître par le passé, leur destinée fait figure de gâchis. Ces hommes, leur vie durant, ont été la propriété et le faire-valoir de leurs producteurs. Ces derniers ne se sont pas seulement contentés d'enrichir leur firme à leurs dépens ; ils leur ont imposé des contrats draconiens qui les leur livraient pieds et poings liés pour sept ans d'exclusivité absolue ; ils leur ont imposé un rythme de tournages quasi-stakhanoviste et, souvent (le cas de Cary excepté), de mauvais rôles, de lugubres galas de soutien et des campagnes promotionnelles à travers tout le pays, plutôt que de bons scénarios et des réalisateurs novateurs.

Cary Grant, grâce à Hitchcock, put abandonner la comédie galante sophistiquée pour un genre moins léger, n'eut jamais véritablement l'occasion d'offrir une autre apparence de lui-même que celle du col-blanc au charme british, flegmatique et un peu gauche. Quant à Rock Hudson, il ne dut la faveur d'Hollywood qu'à son allure de bon vrai Yankee du terroir, avenant, bien bâti, propre sur lui, certes plus physique qu'intello, mais si bien élevé et donc doué de la saine aura du gendre idéal... Un camouflage désespérément vide.

Peut-on vraiment s'étonner, alors, que de pareilles carrières se soient achevées sur le déclin ? Standardisées à ce point, elles ne pouvaient que s'essouffler comme la mode se démode, et ces acteurs finir usés, rongés par l'amertume, le dégoût d'eux-mêmes et de la presque totalité de leurs films, tout autant que par l'alcool et la drogue.

Hollywood a interdit à ses stars galeuses de vivre au grand jour une vie privée conforme à leurs désirs profonds. On aura poussé la mascarade jusqu'à leur recommander, aux fins publicitaires qu'on imagine, de convoler en justes noces : Rock une fois, Tyrone trois, Cary quatre !... et l'histoire de ces mariages – surtout dans le cas de Cary Grant – accumule les horreurs. Le mépris, les infidélités les plus lâches, les insultes, l'incitation à la débauche, les coups et la torture morale : tout y est. On voudrait pouvoir trouver des excuses à un tel sadisme, mais tout ce à quoi l'effort de compréhension arrive à se raccrocher, c'est à ce seul constat, qui tient bien mal lieu de circonstances atténuantes : leurs femmes, au début, ces hommes les ont aimées, mais ce que leur ignoble comportement conjugal exprimait, c'était sans doute bien moins la haine du deuxième sexe, que celle d'une logique qui leur niait le droit d'assumer pleinement, librement, leurs préférences sexuelles...

Hollywood : un monde tristement gai

Cette atmosphère hollywoodienne, le lecteur la retrouvera dans le magnifique roman de Gilles Leroy : « Dans les westerns » (Editions Mercure de France, 313 pages, janvier 2017, ISBN : 978-2715243934).

Quatrième de couverture : 1948, Arizona. Quand Paul Young rencontre Bob Lockhart sur un plateau de cinéma, l’évidence saute aux yeux de tous : les deux hommes seront bien plus que de simples partenaires de jeu. Espionnés par les studios, la police des mœurs et la presse à scandale, les amants vivront sept années de passion, jusqu’à ce que Paul regagne le rang.

Le voici cinquante ans plus tard, devenu sénateur et patriarche, qui joint sa voix à celles de deux autres inconditionnels : l’actrice Joanne Ellis, longtemps éprise de Bob, et Lenny Lieberman, l’agent presque frère. Émus, émerveillés encore, ils tissent à eux trois la légende de Lockhart.

Toute histoire d’amour est aussi l’histoire d’un monde, nous dit Gilles Leroy : ici, une Amérique brillante, convulsive, déchirée entre avant-garde et cynisme, soif de liberté et répression.

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Rivage des intouchables, Francis Berthelot

Publié le par Jean-Yves Alt

Allégorie de la peste des temps modernes, « Rivage des intouchables » parle du sida. Francis Berthelot n'en fait pas une banale transposition futuriste, mais invente une fiction pleine de sens : c'est pour mieux parler d'ici et maintenant qu'il choisit de parler d'ailleurs et demain, d'utiliser le détour de la SF.

Son récit se déroule en un temps indéterminé par rapport au nôtre, sur une planète mystérieuse récemment colonisée. Dans ce monde-là, appelé Erda-Rann, deux races s'opposent et se haïssent : les Gurdes, issus des terres désertiques de la planète, et les Yrvènes, produits des eaux de la Loumka, l'élément liquide.

Après une guerre récente, qu'on devine inexpiable, une paix précaire règne. Mais une loi interdit tout contact physique entre ces deux espèces dissemblables : écailles dures d'un côté et peau pigmentée de l'autre. Jusqu'au jour où les « transvers », ceux qui se mêlent en refusant le dogme au grand dam des dirigeants se révoltent et brisent publiquement les interdits.

Arthur, le jeune Gurde, n'a pas la force psychologique de son ami Cassian, le jeune Yrvène révolté. Comment réagir face aux insultes qui jaillissent : « Frottard, Poiscailleur, Lècheur de Couennes » ? Comment, dans ces conditions, les « transvers » pourraient-ils avoir une bonne estime d'eux-mêmes ?

Sur Erda-Rann, le neuf ne procède pas de l'ancien : il faut tout réinventer sans points de repères. Mais un jour la maladie, l'« épidermie », surgit et bouleverse des acquis fragiles et contestés. Le mépris, la haine et l'incompréhension rôdent avant de se déchaîner : c'est le temps des pogroms, de la répression et de l'exclusion.

Rivage des intouchables, Francis Berthelot

Léonore, l'un des personnages principaux, est de ceux qui s'insurgent, même si la peur la fait hésiter un moment : « Je ne comprends même pas ce que ça veut dire : transvers. On trouve la peau du voisin agréable ou repoussante, et voilà. Pourquoi coller un nom à ceux qui préfèrent le salé au sucré ? »

« Rivage des intouchables » est un récit de transgression, de régression et d'agression, où se reflètent des vies d'hommes qui peuvent s'exclamer, comme Arthur : « Je suis cousu de plaies, à l'intérieur. Depuis tout petit ! »

Métaphore du sida, « Rivage des intouchables » est une forte réflexion sur la difficile construction d'une identité sans points de repères stables et reconnus.

Le roman évoque sans fausse pudeur ces « nuits transvers » « dans lesquels les corps se frôlent et se happent, se prennent et se quittent, atteignent ensemble à des extases forcenées, qui fleurent parfois l'amour, parfois seulement le caniveau ».

Ce livre s'achève sur l'esquisse d'un futur supérieur où pourraient dominer les « fauteurs de paix ».

■ Rivage des intouchables, Francis Berthelot, Editions Gallimard, Folio/SF, 320, pages, 2001, ISBN : 978-2070417735


Du même auteur : La lune noire d’Orion

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