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Une forme sur la ville, William Goyen

Publié le par Jean-Yves Alt

Dans les trois nouvelles qui composent « Une forme sur la ville », William Goyen, écrivain sudiste par excellence, y retranspose un univers clos, fermé au monde extérieur, empreint d'une mystique chrétienne.

Les deux premières nouvelles, « L'infirmier » et « Le sauvetage », s'attachent à décrire les fascinantes relations qui s'installent entre un jeune blessé, Chris, et son infirmier, Curran.

Dans un hôpital de la province anglaise arrive un jeune Américain soutenu par un homme et une femme, tous deux d'une troublante beauté. Il est estropié à la suite d'une chute qui restera mystérieuse.

Son opération et sa convalescence se déroulent dans un lieu qui peu à peu devient une véritable arche de Noé, vaisseau qui accueille les rescapés d'une inondation, villageois et animaux échappés d'un zoo. Atmosphère étrange, confinée, d'une nouvelle humanité dont le narrateur se fait chroniqueur. Infirmier, il s'occupe du corps inanimé de son patient mais surtout tente d'établir un contact avec lui qui va bien au-delà des gestes et des mots, essai de communication totale, de création dans lequel l'individu se dépasse, sauvetage qui s'appelle l'amour.

Une forme sur la ville, William Goyen

La dernière nouvelle, « Une forme sur la ville », est une superbe parabole : pendant quarante jours, un étrange personnage, Jean de la Hune, s'installe en haut d'un mât, surplombant une petite ville, déclenchant la curiosité, le désir et la haine des concitoyens. Ironique analyse sociale, cette nouvelle voit aussi son narrateur rentrer dans le songe en symbiose avec ce personnage mystérieux et marginal.

Ces trois courtes nouvelles subjuguent par les tentatives de fusion qui y sont ébauchées et par le don d'un conteur qui sait mener le lecteur avec pudeur au cœur des émotions les plus intimes.

■ Une forme sur la ville, William Goyen, traduit de l'anglais par Patrice Repusseau, Editions Rivages, 113 pages, 1988, ISBN : 978-2869301733


Du même auteur : Arcadio


Lire aussi : William Goyen par Patrice Repusseau

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Cigarettes, Harry Mathews

Publié le par Jean-Yves Alt

Ce roman raconte des histoires de passions dans les milieux d'affaires et d'art du New York des années 60, mettant en scène treize personnages, sept femmes et six hommes, pris chaque fois deux par deux : chaque couple homme/femme, homme/homme, femme/femme, parent/enfant... composant un des quinze chapitres de ce livre. Obéissant à la théorie des ensembles et aux lois de la poétique des nombres, ce roman clair et simple est, à y regarder de plus près, plus riche qu'il n'y paraît.

Le chapitre VII met plus particulièrement l'accent sur deux amants sadomasochistes, Lewis et Morris :

« Sixième visite : 23 mai. En entrant dans la cuisine à quatre pattes. Lewis trouve Morris occupé à mélanger avec un manche à balai de la pâte noire lourde et mouillée dans cinq bassines de plastique. Morris tend le bâton à Lewis. Il est plutôt pâle : les efforts qu'il a faits, sans doute. A présent, il ajoute de l'eau pendant que Lewis remue et apprend que les bassines contiennent du ciment prompt. A la demande de Morris, Lewis les transporte dans le salon et les installe autour d'un espace recouvert de plusieurs couches de papier journal. Lewis se déshabille et se tient au centre de cet espace. Se servant d'un pinceau de peintre en bâtiment, Morris enduit de graisse la tête et le corps de Lewis. S'agenouillant, il commence à le recouvrir de ciment qu'il entasse d'abord généreusement autour des pieds et des chevilles, pour former un socle massif, puis applique sur une épaisseur d'un centimètre et demi sur les membres, le tronc et la tête. Morris laisse une ouverture pour le nez et les yeux et d'un coup sec, fore un passage en face de chaque oreille. Quand il a fini, suant et soufflant fort, Morris est visiblement satisfait de sa statue grossière, dont les bras sont déployés horizontalement comme ceux d'un épouvantail, lui donnant à la fois un air de solidité et d'impuissance. Pendant que le ciment durcit, Morris va se laver et dîner. Quand il revient, il demande à Lewis de bouger ses bras et ses jambes. Les larmes et la sueur dégoulinent déjà du nez de Lewis et ses yeux clignent avec effort : il ne peut pas faire un geste. Morris marche de long en large devant lui tout en déblatérant son habituel monologue d'insultes.

─ […] T'es qu'une foire, un défaut, un invalide... et ainsi de suite à perpète. Et ne me dis pas que tu bats des naseaux. Excuse-moi ! Pas besoin d'éponger tes faux cils, ce n'est qu'la tournée de province. Le seul pour qui tu pinces le banjo, c'est ton self à la con et ça changera jamais. Tu t'imagines pas que je vais me carier à attendre que tes meringues dévissent. Et pourquoi ? Pour continuer à ratisser tes bourgeons ? Tu peux courir Berthe. Bonjour et bonsoir. Souviens-toi d'une chose pourtant. Peu importe ce que je t'ai dit, peu importe comment je t'ai décapé, la vérité, c'est... :

Cigarettes, Harry Mathews

Les yeux de Morris se mouillent ; son visage prend une teinte d'un rouge surprenant.

─ La vérité, c'est, j'te la chante sur trois notes : je t'a_ _ _

Morris fixe un point à côté de Lewis, à ce moment sa voix se tait. S'est-il interrompu à cause de la sonnerie du téléphone ? Sa couleur vire du rouge au gris. Il se tourne pour s'appuyer au dos d'une chaise, sauf qu'il n'y a pas de chaise là où il s'appuie : il ploie sur ses genoux, avant de s'allonger sur le sol, face contre terre. »

Exit Morris qui succombe à une crise cardiaque sous les yeux horrifiés de son amant coulé dans le ciment.

Un livre à tous égards surprenant !

■ Cigarettes, Harry Mathews, traduit par Marie Chaix, Edition P.O.L, 352 pages, 1988, ISBN : 978-2867441295

Quatrième de couverture : « Cigarettes » est une affaire de passions. S'y côtoient et s'entrecroisent les jalousies sexuelles, les déboires issus des chocs entre parents et enfants, les rivalités professionnelles, dans le monde des courses et dans celui de l'art, au début des années 60 à New York. Treize personnages, sept femmes et six hommes, animent le récit. Au centre, la mystérieuse Elizabeth qui aime les chevaux, le jeu, les bains de boue et dont le portrait devient le nœud d'intrigues multiples. Chacun des quinze chapitres dévoile un rapport intime – de famille, d'amitié, d'amour, de sexe et souvent d'argent – entre deux des personnages qui se déchirent et se réassemblent, impliquant le lecteur dans un jeu d'échecs plein de malentendus et de rebondissements, à la vie, à la maladie, à la mort.


Du même auteur : Plaisirs singuliers

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Concours d'écriture « Prenez la Parole », Edilivre/Le Refuge

Publié le par Jean-Yves Alt

Edilivre et l'association Le Refuge s'associent et lancent le premier concours d'écriture autour du thème de l'homosexualité.

L'objectif de ce concours est d'apporter un regard nouveau sur ce sujet. Ainsi, homosexuels, transgenres, mais également hétérosexuels, familles, amis ou même voisins, tous sont invités à participer !

L'idée du concours est de partager les expériences de chacun à travers une nouvelle, un témoignage ou une fiction.

Les participants ont jusqu’au 23 juin pour rédiger et poster leur texte de 10 000 caractères maximum.

Concours d'écriture « Prenez la Parole », Edilivre/Le Refuge

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L'objet perdu de l'amour, Michel Braudeau

Publié le par Jean-Yves Alt

Dans ce roman, l'auteur brosse le portrait d'un écrivain, homme à femmes, qui s'éprend à Venise d'un jeune garçon de 16 ans, l'adopte pour neveu, et ne se souvient pas si, après des nuits de beuverie, il a eu – oui ou non – des relations sexuelles avec lui.

Le lecteur découvre à la page 464 ce terrible aveu :

« Dans le fond de la salle, des machines à sous, des billards multicolores, clignotants, d'où sort une voix artificielle qui se mêle aux chansons du juke-box, des autels électriques, rutilants, devant lesquels s'agglutinent quelques garçons en blue-jeans, la chemise ouverte, des tennis élimées aux pieds. Ils ont treize, quinze, dix-sept ans. Ils sont mobiles, se bousculent, sautillent, un bras sur les épaules de l'autre. Tout en sirotant son alcool, un verre après l'autre, de bar en bar, il les compte, les compare de dos. Il y en a toujours, dans chaque établissement. Personne ne s'étonne de son regard fixe. Il sait bien qu'il est venu voir cela, ces silhouettes minces dans la pénombre, ces hanches étroites, ces corps déliés, ces visages qui se retournent une seconde, lui jettent un œil de côté ; tout le monde le sait, les gosses et les vieux. Il lui suffirait d'un peu d'audace.

Mais c'est trop tard. Il est trop fatigué. Il n'a jamais osé, ce n'est pas pour cette fois, il sort, change de café dès qu'il a repéré dans un groupe celui qui pourrait le retenir. Il se sent vieux. Il n'a plus le droit. Il est le père.

(...) la permanence d'un désir inaccompli pour cette jeunesse sans souci, disponible, plus hardie que lui, ces adolescents tôt initiés par un oncle, un ami du frère. Il les aimait sans comprendre, quand il avait leur âge, ça ne l'a pas quitté malgré les femmes.

Eux s'en moquent, ils sont moins chers qu'une fille. Pourquoi pas ce soir ? Il a vu le visage indifférent de sa femme, le petit être langé, endormi, qui vient de naître, son fils. N'est-il pas libre, aujourd'hui qu'il est un homme ? »

L'objet perdu de l'amour, Michel Braudeau

Objet perdu de l'amour ? Ou objet honteux ? Qui peut en juger ?

■ L'objet perdu de l'amour, Michel Braudeau, Editions du Seuil, Cadre Rouge, 535 pages, 1988, ISBN : 978-2020102810

Quatrième de couverture : Depuis quand nous a-t-il quittés ? Depuis hier et depuis toujours, il est comme le furet, passé par ici, repassé par ailleurs et jamais reparu. Est-il homme ou femme, livre, enfant, souvenir de cendre ou de papier, a-t-il un âge, un nom, une forme, une couleur ? Comment se fait-il si bien, si souvent sentir à nous par son absence, plus vivement que toutes les affections dont nous sommes sûrs ? Parfois on peut le cueillir du bout de la plume au détour d'une page ou d'un regard sur une plage. C'est une silhouette inachevée qui obscurcit le soleil, c'est un peu d'encre qui noue les fils d'un récit. C'est en tout cas le seul et beau souci d'un vieux romancier, Axel Balliceaux, qu'on a connu très jeune dans « Naissance d'une passion », amoureux de sa cousine.


Du même auteur : Le livre de John

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Des nouvelles des éditions Pierre Mainard

Publié le par Jean-Yves Alt

Thierry Metz, « POÉSIES 1978-1997 », 184 pages, ISBN : 978-2913751606, 18€

La présente édition rassemble les poèmes de Thierry Metz (1956-1997) jamais parus en livre et, pour la majorité, extraits de la revue Résurrection qu’animait Jean Cussat-Blanc. Il fut le premier à reconnaître le poète, au point d’alerter Jean Grosjean alors lecteur chez Gallimard – maison où seront publiés Le Journal d’un manœuvre (1990) et Lettres à la bien-aimée (1995). Les poèmes présentés courent sur deux décennies durant lesquelles l’écriture façonne une œuvre à travers laquelle une voix observe, « attend quelque chose qui ne viendra pas... », et fait résonner un chant intensément intime.

Thierry Metz (1956-1997) est né à Paris. Il vécut dans le Lot-et-Garonne à Saint-Romain-le-Noble, fut manœuvre, maçon puis ouvrier agricole. De 1995 à 1997, il résida à Bordeaux.


Sylvain & Ludovic Massé, « LAM, LA TRUITE », 160 pages, ISBN : 978-2913751613, 16€

Tout au long de ce conte parabolique « livre de nature et poème de la rivière », Sylvain et Ludovic Massé nous font vivre de l’intérieur le corps d’un torrent. Dans les eaux montagneuses et tempétueuses du Vallespir en Catalogne, Lam, une jeune truite, mène une vie pleine de péripéties. Chaque moment de son existence, où se mêlent chasses, dangers, plaisirs, amours..., fournit aux auteurs l’occasion de personnifier le vivant qui abonde dans ces eaux profondes : façon de nous rendre, sans doute, plus familière cette nature sauvage. Lam, la truite est un récit profondément original, né d'un regard, nourri par un savoir, écrit avec l'intensité d'un poème lyrique.

Ludovic Massé (1900-1982) s’est imposé comme un conteur hors pair sachant tout à la fois témoigner pour les humbles et les rebelles, dévoiler les profondeurs de l’âme humaine et chanter cette terre catalane où s’inscrivent tous ses romans. On lui doit notamment : Le Mas des Oubells (1933), Le Vin pur (1944) ou encore Les Grégoire (1944-1948). Sylvain (1888-1971), l’aîné des Massé, était un amoureux de la nature ; grand observateur, ses connaissances du terrain en faisait un exemple pour Ludovic. Pêcheur émérite, c’est lui qui soumettra à l’écrivain le manuscrit de ce qui deviendra Lam, la truite.

Des nouvelles des éditions Pierre Mainard

Marie-Élisabeth Caffiez, « SOUS LES YEUX DES AÏEUX », 60 pages, ISBN : 978-2913751583, 12€

Marie-Élisabeth Caffiez (épouse Bournois), qui suivit de loin dans sa jeunesse les activités du groupe surréaliste animé par Ivar Ch’Vavar, compose Sous les yeux des aïeux à la fin de 1998. Elle y évoque son enfance et son adolescence au village. Plusieurs de ces poèmes ont paru dans l’anthologie Cadavre grand m’a raconté (éditions du Corridor bleu).

Marie-Élisabeth Caffiez est née à Wambercourt (Pas-de-Calais), en février 1951. Au collège-lycée de Montreuil, elle suit de loin les activités du groupe surréaliste animé par Ivar Ch’Vavar, elle devient vendeuse dans un grand magasin du centre-ville jusqu’à sa rencontre avec Étienne Bournois en 1973. Elle épouse ce quadragénaire qui écrit des poèmes, trouvant cela ridicule elle se met à la poésie « pour le taquiner, lui faire honte ». Elle ne tarde guère à remporter des succès qui rendent son époux fou de rage...


Juan Sánchez Peláez, « FILIATION OBSCURE », 86 pages, ISBN : 978-2913751590, 14€

Son premier livre, Elena y los elementos (1959) annonce la couleur de toute son œuvre : « l’imprévisible logique du désir » (Gustavo Guerrero), à la fois dans le flux érotique qui traverse le contenu de sa poésie et dans le jeu métamorphique continuel qui la fait danser. Dans ses recueils, se donne à lire un va-et-vient incessant entre flot torrentiel et parole resserrée, raréfiée, célébrant « l’amour, l’aimée et le langage ». L’expérience qui le marquera est la fréquentation du groupe de la revue surréaliste La Mandrágora, au Chili, où il se rendit en 1940. De là, il ira en Argentine et deviendra l’ami du poète Enrique Molina.

L’ignorance européenne à son sujet est paradoxale : il a passé une grande partie de sa vie loin de chez lui, à Bogotá et à New York, mais aussi à Madrid et à Paris dans les années cinquante. Cette édition bilingue, Filiation obscure (Filiación oscura) traduite par Jean-Yves Bériou et Martine Joulia, devrait contribuer à lui rendre justice.

Présenté comme celui qui libéra la poésie du Venezuela de la « vieillerie poétique », Juan Sánchez Peláez (1922-2003) est, en Amérique du Sud, considéré comme l’un des plus grands poètes du siècle passé.


Pierre Mainard éditeur... une aventure charpentée par l’urgent désir de faire émerger une littérature exigeante et en recherche !

Pierre Mainard éditeur

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