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Les poneys sauvages, un téléfilm de Robert Mazoyer (1982)

Publié le par Jean-Yves Alt

« Les Poneys sauvages » (1), téléfilm ordinaire, présente pourtant un moment intéressant : celui où Horace Mac Kay (Yves Beneyton) n'oublie pas l'ami de collège Cyril (Marc Delsaert) qu'il a chéri et qui est mort à la guerre.

Caractère un peu froid, assez snob, très british, Horace est marqué à fond par la blessure romantique, atroce, de cette jeune mort. Et cela – sa dérive –, la caméra de Mazoyer la montre excellemment.

(1) d'après le roman de Michel Déon

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Accointances, connaissances et mouvances, Denis-Martin Chabot

Publié le par Jean-Yves Alt

Aimer malgré l'adversité d'un handicap, d'une religion contraignante et d'une homophobie toujours latente, tel est le défi des personnages du dernier opus de la série Les Chroniques du Village.

Dans cette chronique, le lecteur comprend très vite qu'il n'y a pas de « bonheur ». Dès les premières pages existe une tension – intérieure ou interpersonnelle – insupportable chez et/ou entre tous les personnages. Lu comme la peinture d'une vaste « névrose », ce roman m'est apparu d'un extrême intérêt psychologique.

Tous les personnages – comme tous les êtres humains – sont possédés par des conflits. Ils sont d'abord des victimes de l'homophobie, des carcans familiaux, de la religion, de l'éducation, des clichés qui circulent…

Chacun, à sa façon, jouera sans chercher forcément à tricher et réussira à se faire aimer. En acceptant de gagner et de perdre en même temps.

♦ Bertrand Leblanc, acteur américain, est un veuf « honorable » depuis qu'il a perdu successivement ses deux hommes : Roger Marchand, dans un accident de voiture, Patrick Rivard, dans les tours du World Trade Center. La solitude peut-elle s'apprivoiser ?

♦ Marcel Cantin, jeune hémiplégique, se déplace dans un fauteuil roulant ; il drague sur internet en faussant son profil ; il se fait appeler Martin. Peut-on être aimé quand on est handicapé ?

♦ Ginette Clavet et Lucie Rivard sont deux lesbiennes. Elles élèvent leurs deux fils, Mathieu et Patrick. La première effectue des missions militaires en Afghanistan tandis que sa conjointe reste à la maison. Comment ressouder un couple quand la parole a disparu et que l'alcool s'est invité comme un tiers ?

♦ Ahmed Hassan, algérien, aime les hommes mais sa religion le lui interdit : comment être gay et amoureux dans un pays musulman ? Il rêve de Paris et de Montréal. Aussi de Martin qu'il a rencontré sur le net. Ahmed découvre le monde de l'argent et de la prostitution. Tout doit-il se monnayer ?

♦ Karim Zénouda, algérien d'origine, avocat parisien, veut bien aider Ahmed à rejoindre le Canada. Mais comment accorder ses principes avec ses désirs ?

♦ Imonfri Sanou, malien, a été l'amant de Roger Marchand. Séropositif, il a contaminé plusieurs partenaires occasionnels ; culpabilisé, il ne sait plus ni où ni comment vivre sa vie. Le pardon des victimes est-il possible ?

♦ Alexandre Trottier vit avec la veuve de Mathieu Rolland, mort en Afghanistan. Peut-on élever, avec la mère, le fils de son amant décédé ?

♦ Frédéric Dupire, étudiant, drague sur le net. Il a été quelques temps en contact virtuel avec Martin. Frédéric mourra suite à une agression homophobe.

♦ Il y a aussi le couple de policiers, André et Damien. Qui est le « Supergai » qui a vengé la mort de Frédéric Dupire ? Faut-il dénoncer un justicier aux autorités ?

Le style adopté, qui fait se dérouler l'action dans un continuel présent contribue à donner vie à chacun des personnages.

La présence, tout au long du roman, d'une autre narration (formée de très courts chapitres – imprimés en italique) permet un dévoilement progressif du dénouement. Loin d'être un artifice, cette seconde narration apporte de la curiosité et du piquant.

Un peu moins de polissonnerie n'aurait pas, à mon goût, déparé ce récit ; mais les jeunes adultes apprécieront et sauront bien y reconnaître une histoire très humaine.

Le lecteur trouvera aussi dans le roman de Denis-Martin Chabot une quantité de formules, de réflexions, qui pourraient passer pour des aphorismes, des clichés : est-ce par volonté de rester dans une morale « politiquement correcte » ? J'aurais aimé plus d'audace dans les idées : pourquoi ne pas avoir envisagé, par exemple, des vies à trois, avec le mari, la femme et l'amant du premier ?

Je regrette la fin tragique de ce récit, non pas pour l'absence d'un happy end mais parce qu'elle rend difficile la mise en valeur des chemins parcourus par chacun. Même si les identités personnelles ont volé en mille morceaux, même si certains contacts les plus intimes n'ont créé aucune relation véritable, ces chemins n'auraient pas conduit à rien. Plutôt que la mort finale de nombreux protagonistes, j'aurais aimé lire qu'il ne peut y avoir de vérités en conclusion, que l'inquiétude demeure, mais que cette dernière peut se faire joyeuse : car tous ces chemins mènent au cheminement lui-même, à cet effort constamment renouvelé pour laisser aux choses le goût étrange qu'elles ont, et aux autres le goût très étranger qu'ils ont. Il serait dommage que les lecteurs concluent que la vie manque de sens. Ce qui manque en général, c'est la puissance de se réjouir.

Les dernières lignes du roman montrent heureusement que Bertrand et Marcel sont sur la voie de cette compréhension.

Marcel est un personnage que j'ai trouvé particulièrement attachant : le no man's land, où il vit en dehors de toute humanité, crée une impression d'immatérialité, accentuée par son refus de tout contact humain et son retranchement dans une communauté virtuelle. Auto-défense contre les tentatives de l'extérieur pour violer son moi. Sa panique irréfléchie devant les avances audacieuses d'internautes, son besoin encore puéril de reprendre sans cesse contact, tout cela fait de lui un être de chair et de sang, muré seulement en lui-même. Rien à voir avec un orgueil démesuré.

Un récit distrayant pour cet été et un tableau violent d'une société à la recherche d'un souffle.

■ Accointances, connaissances et mouvances, Denis-Martin Chabot, Éditions Popfiction, collection Homonyme, mai 2010, ISBN : 978-2923753133

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1790 : L'Ordre de la Manchette, en assemblée, décrète

Publié le par Jean-Yves Alt

L'Ordre de la Manchette, et tous les Chevaliers dudit, épars dans les soixante Districts de Paris ; ensemble ceux de Versailles, constitués en Assemblée législative et souveraine, ont décrété et décrètent ce qui suit :

ARTICLE I :

L'Assemblée des Bougres, Bardaches, Bardachins, Bardachinets et Tribades, à laquelle, pour grâce spéciale, sont annexées les Chevalières de la Pantoufle, Tribades et Croquaneuses, qui ont prononcé le serment de se prêter à tout, et de présenter aux Chevaliers de notre ordre, ce qu'il leur plaira de découvrir ; a arrêté, dans sa séance, que, d'après le rapport à elle fait par son Comité de Vérification, sur l'étendue et la prospérité des Droits de l'Homme, il sera permis à tout Chevalier de la Manchette d'user de sa personne, pour donner ou recevoir, comme bon lui semblera, soit dans les avenues de Sodome, dites des Feuillans, au jardin de l'Amitié, sous les auspices du Comte de Rouhault, au Panthéon et à la Loge des neuf Soeurs, même dans les allées du Luxembourg, quoi qu'en puisse dire son véritable Propriétaire, sans qu'il soit permis à aucuns d'y apporter le moindre obstacle.

ART. II :

Tout perturbateur, c'est-à-dire, tout ennemi-né des prérogatives annoncées dans l'Article premier, sera déclaré infâme et rayé du Catalogue que nous donnerons à la suite de ces articles, afin de n'être plus reconnu dans notre Ordre, et être poursuivi comme les Louveteaux dans les Loges de Francs-Maçons.

ART. III :

Tout Chevalier de la Manchette, soit que les circonstances l'aient engagé à se ranger sous les lois de l'hymen, pourra cependant renoncer à son parti, pour se ranger du parti de l'opposition ; comme il sera libre à tout individu, de celui de l'opposition, d'embrasser le parti des Chevaliers de la Manchette.

ART. IV :

Dorénavant, Bicêtre, Avènes, et généralement tous les lieux destinés à traiter les maladies Anti-Sociales, seront également destinés à recevoir toutes personnes attaquées de la maladie désagréable Anti-Physique ? ce que nous ne décrétons cependant qu'à regret, attendu qu'elle n'est qu'une suite des incommodités gagnées par ceux qui abandonnent le Cul pour courir après le Con.

ART. V :

Tous Médecins, Chirurgiens, déclarés ou non, assassins par brevet de la Faculté, seront tenus de prêter leur ministère à la guérison de la Cristaline (1), sous peine d'être poursuivis extraordinairement, et par toutes voies autorisées, possible ou non, ainsi qu'il est aperçu à l'Article II, comme perturbateur, et contraire à l'affermissement de l'Ordre.

ART. VI :

Il sera mis incessamment sous presse et dans le plus court délai possible, un manuscrit, sauvé de l'embrasement de Sodome, ayant pour titre : Traité élémentaire de l'Anti-Physique, ou Abrégé théorique de cette manie, à l'usage des Prétendants et des jeunes Bardaches : quatre des plus anciens de l'Ordre seront tenus d'en soigner l'impression ; savoir, Bateau de Girac, Evêque de Rennes ; Bourdeilles, Evêque de Soissons ; le Comte de Montrevel, Maréchal-de-Camp, et le Marquis de Visé, Lieutenant-Général des Armées du Roi.

ART. VII et dernier :

L'Ordre sera partagé en partie civile, partie législative et partie militaire ; et comme on peut être Bougre et Citoyen, et que les affaires de Cul n'empêchent et ne peuvent empêcher de se montrer ardent pour les affaires de la Patrie, il sera nommé, avant la séance levée, les principaux Commandants, Législateurs et Bourgeois du Tiers, dont nous présenterons le tableau à l'Assemblée nationale, afin de lui rendre hommage de nos présents décrets, pour en obtenir sa sanction.

De Noailles, Président

Signés : L'Abbé Aubert, Vice-Président - Duviquet, Secrétaire


(1) Nom donné à la blennorragie


Lire aussi : 1790 : Révolte chez les sodomites

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Corps interdits, Maurice Périsset (1954)

Publié le par Jean-Yves Alt

Ce court roman est rédigé en trois parties : la première et la troisième se déroulent sur quatre jours (du lundi au jeudi) ; chaque jour donnant son nom aux chapitres. La seconde partie constitue un retour en arrière qui explique le drame vécu par François et son attitude pendant les quatre jours.

La première partie montre François, jeune homme grenoblois de 18 ans qui a fui sa famille précipitamment ; il n'a ni projet ni destination précis. Il a pris plusieurs cars. Le roman débute dans l'un d'eux, entre Orange et Avignon. François fait connaissance avec Raymond, le chauffeur. François n'est pas insensible à ce jeune homme mais la peur l'empêche de se dévoiler :

« "Ça sera toujours comme ça, pensait-il, je n'aurai jamais le courage de dire les mots qu'il faut, de faire les gestes qu'il faut."

Le chauffeur eut un rire qui ne se prolongea pas, parce que François restait le visage fermé, crispé. Une idée flotta dans sa tête et son regard, quelques secondes, devint pesant. L'adolescent eut envie de s'arrêter tellement la fatigue lui sciait les jambes.

"Si je parle, si je fais le moindre geste, cet homme va me casser la figure !" » (p. 14)

Au terminus, comme tous les hôtels sont complets, Raymond propose à l'adolescent de l'héberger.

Raymond vit seul depuis le décès de sa mère. Il ne possède qu'un grand lit. Les deux hommes se couchent ainsi ensemble.

« Je me couche nu, ça ne vous dérange pas ? On est entre hommes... » (p. 20)

Raymond reste pourtant très respectueux avec François. Aucun geste équivoque que François n'aurait d'ailleurs pas supporté.

« Parfois, François jetait un regard à Raymond. Le grand diable dormait, un coude replié sur la poitrine. L'aimait-il ? Il se disait que s'il devait aimer Raymond, c'était surtout à cet instant où il était désarmé et pourtant si dangereusement présent. Malgré lui, sa main épousait la forme d'une caresse, brûlait de saisir la chair ferme du bras et de s'y appesantir, ou bien encore de glisser sur le front, de relever la mèche blonde que la sueur y avait collée. Il n'osait, saisi par une sorte de crainte, comme si le rêve dans lequel il vivait depuis la veille allait d'un seul coup prendre fin, et le restituer à son angoisse, à ses souvenirs. » (p. 23)

François est terriblement inquiet, sans parvenir à se confier à Raymond. Il surveille les faits divers dans le journal redoutant de découvrir un titre comme « Crime d'un jeune déséquilibré » ou bien « Un adolescent perverti a assassiné ».

La seconde partie est constituée d'un retour sur les jours qui ont précédé la fuite de François : les retrouvailles de François avec Michel, qui avait été l'amant de la sœur de ce premier ; la relation amoureuse entre les deux garçons sans que François arrive à exprimer ce qu'il ressent ; la découverte par François que les autres peuvent se jouer de lui (Michel, Nathalie et sa mère) :

Michel : — Ce n'est pas de ma faute si je suis beau gosse et si je ne sais pas résister à qui a envie de moi...

François : — Tu me dégoûtes

— Tu te répètes.

— Je ne le dirai jamais assez !

— Si ça t'amuses ! Moi, tu sais, ce que je m'en fous ! Au fond tu es un petit imbécile. Ce qu'on faisait ensemble, ça te plaisait. Au lieu de faire la grande scène du II quand tu as su que je couchais avec la Boisroseau, tu n'avais qu'à te taire, et on aurait continué...

— Et Gilles ?

— Oh ! celui-là... Le premier jour, je me suis dit que je l'aurais. Un pari comme ça. Ça n'a pas été bien difficile...

Il ferma les yeux. Son corps bronzé et luisant me fascinait.

— Et l'amour, dans tout cela, dis-je. Qu'est-ce que tu fais de l'amour ?

— Je n'en fais rien, je le fais, ce qui n'est pas la même chose.

— Tu n'as jamais aimé ?

— T'es pas un peu sonné ? La plupart du temps, parler d'amour ça veut dire : j'ai envie de coucher avec vous. La sauce pour faire passer le poisson. Il me semblait que les mots ne sortiraient jamais de ma gorge et c'est un peu étonné que je m'entendis répondre :

— Je t'ai aimé, moi...

Il ne réagit pas, n'ouvrit même pas un œil. Mon cœur battait à grands coups. Les cigales crissaient dans les saules, des libellules dansaient sur les iris sauvages.

— Comme tu as aimé Nathalie, sans doute ? Je détournai la tête. Jamais il ne saurait ce que Nathalie avait représenté pour moi. Le savais-je seulement moi-même ?

— Ta Nathalie, parlons-en, reprit-il. Une putain comme toutes les autres ! Quand je pense que c'est elle qui a tout raconté à sa mère... Elle était un peu plus gentille quand elle voulait que je couche avec elle.

— Ce n'est pas vrai ! J'aurais voulu rester impassible pour que Michel continuât ses confidences, mais je n'avais pu m'empêcher de protester.

— Ce n'est pas vrai ? Pauvre idiot ! Elle s'est moquée de toi comme elle s'est moquée de moi. La vérité, c'est qu'elle s'est doutée la première de ce qu'il y avait entre nous.

>Je pensais que Michel mentait. Dans quel but ? Je ne l'interrompis pas, tendant une oreille avide à ses propos complaisants :

— Tu as cru qu'elle s'intéressait à toi, qu'elle t'aimait peut-être ? Elle voulait seulement savoir comment tu faisais l'amour ! Et toi, tu t'es laissé prendre au piège ! (pp. 138/139)

Epouvanté, François découvre le rôle joué par Michel dans sa vie : ce dernier a tout sali, bafoué, tué ; son amour pour lui, son affection troublée pour Nathalie. François en arrive à rêver que le lac, où les deux garçons se baignent, engloutisse à tout jamais Michel.

« De toutes mes forces, je pesai en pensée sur ses épaules quand il monta sur le plongeoir.

— Fais attention !

Je le provoquai, sûr de son haussement de tête méprisant. "Il va rater son coup et se tuer en tombant, il ne peut pas ne pas se tuer... Je veux qu'il se tue..." Il n'y avait aucune raison pour que mon vœu se réalisât. Michel fit un signe de la main, plongea. Il tomba à plat-ventre sur l'eau. Il ne devait pas remonter à la surface. » (p. 140)

La troisième partie montre l'attachement de Raymond pour François. Sans que cela se traduise dans les faits puisque François – culpabilisé par la mort de Michel – décide de partir pour se dénoncer à la gendarmerie. Dans le bus, François lit dans un journal oublié sur une banquette que la mort de Michel est reconnue – par les autorités judiciaires – comme accidentelle.

« François replia le journal. Plus rien n'avait d'importance désormais. » (p. 158)

Le roman se termine sur ces mots. François retourne-t-il chez Raymond ? Rien ne le dit.

Ce roman permet de prendre conscience de ce qui pouvait peser sur l'homosexualité dans les années 50/60. Il témoigne sur la culpabilité fondamentale et sur la tourmente avec lesquelles se sont débattus beaucoup d'homosexuels de province. Un passage du livre est explicite :

« Je ne me sentais pas perverti. J'étais le prisonnier d'une nature semblable à tant d'autres, et au fond, il n'avait fait que me révéler à moi-même. Je ne crois pas que ce qu'il avait fait avec moi avait réellement compté pour lui. J'avais été l'objet d'un désir sans lendemain, qu'il n'avait eu aucune raison de ne pas assouvir. Le sourcier est-il responsable de l'eau du puits qu'il découvre ? Beaucoup de garçons ont fait l'amour entre eux en pension et, ensuite, ils se sont mariés et ont été de très pot-au-feu pères de famille. » (p. 97)

■ Corps interdits, Maurice Périsset, avec 7 illustrations de Jean Boullet, Imprimerie Subervie, [collection (?) La Salamandre], Rodez, 1954, 158 pages


Lire les première et troisième parties du roman


Du même auteur : Deux trous rouges au côté droit - Les collines nues - Les tambours du Vendredi Saint - Soleil d'enfer - Le ciel s'est habillé de deuil - Laissez les filles au vestiaire - Les noces de haine - Avec vue sur la mort - Les grappes sauvages - Gibier de passage

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La princesse qui n'aimait pas les princes, Alice Brière-Haquet et Lionel Larchevêque

Publié le par Jean-Yves Alt

Parce que la fille du roi vient de réussir une superbe mayonnaise, tout le monde, dans le royaume, s'entend pour affirmer qu'il faut la marier. La difficulté, c'est qu'aucun prince ne trouve charme à ses yeux. Pas plus les courageux pleins de bleus que les prudents qui vont à pas lents. Ni le prince qui débarque en Harley en faisant crisser les pneus sur le beau tapis offert par tante Zoé. Pas plus le superman qui a inventé l'eau froide à réchauffer et qui met le feu au salon en utilisant une bouteille de Chamelle n°9 offerte par Tante Zoé. Le roi, vexé dans son amour propre, fait appel à La fée. Dès que la princesse la vit, elle rougit, elle pâlit. Était-ce donc cela l'amour tant attendu par tout le royaume ? En une seconde, elle comprit que c'était Elle.

Le monde des contes classiques est bien présent dans cette histoire puisque le lecteur retrouve les royaumes, les princes, la princesse, les citrouilles, les crapauds, les grenouilles et la baguette magique. S'ajoute à ce monde merveilleux, tout ce qui fait le rêve des enfants d'aujourd'hui : la moto, les beaux habits, les animaux, internet, le foot…

Tous les prétendants, s'ils ne sont pas parfaits, sont loin d'être caricaturaux : ce n'est pas parce qu'ils sont laids ou parce qu'ils ont mauvais caractères que la princesse les écarte (même si certains en font trop) mais parce que - le lecteur le découvre à la fin - la princesse préfère les filles.

Ce conte est magnifique car il aborde l'homosexualité féminine sans contrefaire ce que peuvent être les hommes.

Lionel Larchevêque ne s'est pas contenté d'illustrer le texte : il apporte dans chaque image, un petit plus, qui invite à enrichir la lecture de ce conte. Présence du chat de la princesse avec sa physionomie qui en dit long sur ce qu'il pense des différents prétendants. Références à d’autres histoires : tel personnage évoque Harry Potter, tel autre le Petit prince, tel autre un dandy d'Oscar Wilde…

Les trois portraits de tante Zoé peuvent aussi être la source d'une nouvelle lecture de ce conte : et, si cette tante représentait la bonne fée au pied du berceau qui savait dès le début les préférences de sa nièce…

La fin du conte ouvre en plus sur des questions polémiques très actuelles :

« Elles ne purent pas vraiment se marier, et pour faire des bébés, ce fut un peu plus compliqué… » (p. 37)

■ La princesse qui n'aimait pas les princes, Alice Brière-Haquet et Lionel Larchevêque, Éditions Actes Sud Junior/Benjamin, 14 avril 2010, ISBN : 9782742789450


Lire aussi la chronique de Lionel Labosse sur son site altersexualite.com

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